Laïcité : « Il faut être ferme sur le fond, et souple sur la forme »

Depuis la loi de 2004 sur la laïcité, le consensus règne dans les établissements scolaires. Et pourtant, la loi sur le voile intégral fait bouger les lignes, un mois après sa promulgation. Deux chefs d’établissements répondent aux questions de Vousnousils.

« Globalement, à quelques exceptions près, la loi de 2004 a posé les règles et apaisé les esprits. Ce n’est plus aussi vrai depuis 6 mois. » C’est le constat dressé par Gwenaël Surel, principal du collège nantais Ernest Renan et membre du SNPDEN en charge de la laïcité. A en croire l’affaire du collège de l’Hérault (voir encadré), la loi sur le niqab, promulguée en avril, semble se télescoper avec celle de 2004, du moins dans les esprits. Avec en filigrane le débat sur la laïcité et la place de l’islam lancé par l’UMP à l’automne.

Une profusion de lois sur la laïcité

Pourtant, les deux lois ne se chevauchent, a priori, pas. La loi de mars 2004 sur le port de signes religieux concerne spécifiquement les établissements scolaires et les élèves. Elle interdit le port de signes ou tenues « par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse ». Et la loi sur le niqab ? C’est une initiative du ministère de l’Intérieur qui s’adresse aux usagers sur la voie publique. Elle proscrit ainsi le port d’un voile couvrant tout le visage, ou niqab dans l’espace public, et a fortiori à l’école. La loi sur le niqab vise d’autant moins les établissements scolaires que les forces de l’ordre sauront, sans doute, faire respecter la loi, avant que le problème ne se pose aux portes de l’établissement. Il n’y a donc a priori pas de motif d’inquiétude valable pour les chefs d’établissement. Comment expliquer alors cette confusion ? C’est peut-être justement cette profusion de lois promulguées sur un  sujet si sensible qui sème le trouble. D’autant que la circulaire d’application de la loi de 2004 devrait être prochainement complétée afin de s’appliquer aussi aux parents accompagnateurs lors des sorties scolaires.

Faire preuve de pédagogie

Face à cet imbroglio, comment réagir en tant que chef d’établissement? Pour Gwenaël Surel, il faut faire preuve de pédagogie « y compris à l’égard des équipes de l’établissement », en travaillant par exemple avec le monde associatif. « La laïcité et la mixité sont essentielles dans un établissement », et elles doivent rester « au cœur des préoccupations », même si les circonstances diffèrent d’un établissement à l’autre, selon que l’on soit ZEP, établissement de campagne, de centre-ville… L’exemple du collège de l’Hérault est à cet égard un signal envoyé au gouvernement : l’Etat, semble-t-il, doit encore répondre à certaines questions sur la laïcité.
Ancien proviseur du lycée Dumont D’Urville à Toulon, Joël Olive a dû régler en 2004 l’affaire de l’aumônier en soutane (1) dans son établissement (2). Et pour lui, la réponse est très claire : « Il faut absolument éviter l’escalade ! Il faut chercher à tout prix le compromis, quitte à entrer en contradiction avec les interprétations de ses collaborateurs. » S’il ne conteste pas le fait qu’une mère d’élève ait le droit d’entrer dans l’établissement voilée,  il revendique le droit, en tant que chef d’établissement « de la recevoir où il veut, par exemple dans un endroit proche de l’entrée, afin qu’elle ne traverse pas tout l’établissement voilée ». En fait, conclut-il, « lorsque les marges de manœuvre sont extrêmement étroites, il faut être ferme sur le fond, et souple sur la forme ».

Marie Pairault

L’affaire du collège de l’Hérault

Au collège Via Domitia dans l’Hérault (34), une mère voilée d’un hijab s’est vu refuser l’entrée du collège de son fils par la concierge de l’établissement, au nom de la loi d’avril 2011, qui proscrit le port du niqab (voile intégral) dans l’espace public, révélait récemment Rue89. La chef d’établissement a finalement fait entrer la mère de l’élève… par une porte située à l’arrière du collège.

Note(s) :
  • (1) Les aumôniers de l’enseignement public sont des prêtres chargés de l’instruction religieuse, qui dépendent de l'Aumônerie de L'Enseignement Public (AEP), un service de l'Église catholique de France à destination des jeunes de collèges et lycées scolarisés dans l'enseignement public.
  • (2) Fin 2004, la présence d’un aumônier portant la soutane dans le collège Dumont D’Urville (Var), quelques mois après l’adoption de la loi sur les signes religieux ostensibles dans les établissements scolaires, avait provoqué la colère de la communauté éducative de l’établissement.

1 commentaire sur "Laïcité : « Il faut être ferme sur le fond, et souple sur la forme »"

  1. akenaton  28 mai 2011 à 6 h 19 min

    Il n’y a pas de mon point de vue « d’imbroglio ». Il y a interprétation de la loi de 2004 et de celle plus récente relative au port du voile intégral. La 1re s’applique dans l’espace scolaire qui est constitué de l’espace géographique et de l’espace temporel (soit l’établissement scolaire et l’emploi du temps de l’élève). La seconde s’applique dans l’espace public qui comprend et tous les lieux qui relèvent des services publics (postes, administrations, services municipaux) et tous les lieux dans lesquels circule le public ( rues, trottoirs, « jardins publics », magasins) Tous ces lieux dans lesquels la personne ne doit pas dissimuler son visage afin d’apparaitre comme reconnaissable, dévisageable, à quiconque la croise. C’est d’une simplicité déconcertante n’est ce pas.Signaler un abus

    Répondre

Partagez votre avis

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée .

Modération par la rédaction de VousNousIls. Conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. Pour exercer ce droit adressez-vous à CASDEN Banque Populaire, VousNousIls.fr, 91 Cours des roches, Noisiel, 77424 Marne La Vallée Cedex 2.