« L’entrée en sixième : un moment difficile pour les élèves »

La « Sixième Viaduc » sera présentée aux Journées de l’Innovation les 31 mai et 1er juin prochains à l'Unesco. Son objectif ? Faciliter l’intégration des CM2 au collège. Alain Desender, le Directeur de l’école primaire Terre-Saint-Blaise à Bondy, à l’origine de ce projet avec quelques enseignants, répond à nos questions.

Comment est né le projet « Sixième Viaduc » ?

L’entrée en sixième est un moment difficile pour tous les élèves car il y a un saut à faire dans un monde inconnu. Nos élèves venant de quartiers difficiles sont encore plus vulnérables que les autres. Nous avons essayé d’atténuer les effets de cette rupture. Le point de départ du projet, ce sont des discussions avec des professeurs du collège, notamment des professeurs référents qui sont intervenus dans le cadre du « Réseau ambition réussite » et qui ont été chargés de travailler sur la liaison école-collège. Nous nous sommes réunis, à la fin de l’année scolaire 2007, pour réfléchir ensemble à ce que l’on pourrait faire pour améliorer les choses et nous avons écrit le projet. Il a démarré en 2008-2009. Le groupe classe constitué en CM2 reste identique lors de l’entrée au collège. Une fois par semaine, un professeur des écoles du CM2 se rend au collège pour donner des cours de soutien en mathématiques tandis qu’un professeur de mathématiques du collège va faire cours à l’école.

Cette expérimentation pourrait-elle être généralisée au niveau national dans les années à venir ?

On s’aperçoit que sans le vouloir, nous sommes dans une préoccupation qui dépasse largement le cadre de l’expérimentation que nous menons ici. Je pense notamment au rapport du député Frédéric Reiss dans lequel il pointe la difficulté du passage école-collège. Nous sommes dans l’actualité, et en cela, c’est un projet qui peut intéresser. Je souhaite qu’il soit généralisé au niveau national car il y a un moment où il faut passer de l’expérimentation à l’institutionnalisation. Mais peut-être pas sous sa forme actuelle car le projet est extrêmement complexe. Sa mise en place induit une réflexion sur le travail pédagogique des uns et des autres.

Pouvez-vous d’ores et déjà établir un premier bilan de cette expérimentation ?

Le projet en est à sa quatrième année d’existence. Il a été proposé aux écoles du « Réseau ambition réussite » : 5 écoles élémentaires et un collège. La première année, une « Sixième Viaduc » a été mise en place. La deuxième année : trois. La troisième année : une. Nous sommes en train de travailler sur l’année prochaine, et le projet devrait concerner quatre « Sixièmes Viaduc » sur les huit classes de sixième du Collège Jean Zay. Le bilan est très positif. On constate qu’en sixième « classique » les résultats déclinent. Les élèves en fin de sixième ont des résultats moins bons qu’en début de sixième. Il y a une déperdition qui s’installe et qui est assez inexplicable. Chaque année, dans la « Sixième Viaduc », la déperdition est moindre, c’est-à-dire que les résultats des élèves restent stables.

Comment est-elle perçue par les élèves ? Et par les enseignants ?

Cela a un effet positif sur le comportement des élèves. Ils sont plus calmes, plus assidus. Ils ont leur propre classe, connaissent le professeur principal car c’était le professeur référent qui venait travailler avec eux l’année précédente et ils revoient leur enseignant de CM2 qui vient les aider sur des activités de soutien…  Tout cela a tendance à les stabiliser. Le cahier de leçons de l’élève en sixième est également le même que celui qu’il avait en CM2. Il y a une véritable continuité qui s’installe.
Quant aux enseignants, ils ont toujours été motivés pour participer à ce projet. L’intérêt de l’école, c’est de faire réussir les élèves.

La Circulaire de rentrée 2011 esquisse les grandes lignes d’une future réforme du collège. S’oriente-t-on selon vous vers la fin du collège unique ?

J’en ai peur. Si on revenait au système du collège unique mis en place par René Haby en 1975,  à la fin du CM2, tous les élèves n’iraient pas dans la même sixième. Certains iraient dans la sixième « noble » avec des professeurs certifiés dans les matières… et d’autres iraient dans quelque chose qui s’apparenterait aux sixièmes et cinquièmes de transition et dans lesquelles on mettait tous les élèves en difficultés avec un professeur du premier degré qui enseignait le français et les mathématiques, un professeur d’anglais et un professeur d’EPS. Quand on met des élèves en difficultés ensemble, cela ne peut pas donner un niveau scolaire ascendant. Pédagogiquement et même socialement, c’est entériner un état de fait qui est insupportable. Le fait de sélectionner des élèves de 10 ans n’a aucun sens. Il faut donner aux élèves en difficultés les moyens d’acquérir un bon niveau scolaire. En les faisant travailler en petit groupe, par exemple.

Stéphanie Marpinard

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