Les cantines scolaires américaines au secours des élèves démunis

Plusieurs actions fédérales visent à réduire le taux d’obésité -très élevé chez les plus démunis- par la restauration scolaire aux Etats-Unis. La tradition d’une restauration scolaire gratuite pour les plus pauvres, instaurée depuis 1946, a également pour objectif d'aider à réduire leurs carences.

12,5 millions d’enfants et d’adolescents sont en surpoids aux USA. Dans le même temps, 16,7 millions d’enfants vivent dans des foyers en situation d’insécurité alimentaire. La restauration scolaire semble un bon levier pour lutter contre ces deux problèmes, comme l’explique Carol Kramer-Leblanc, chef économiste, directrice du Développement durable au ministère américain de l’agriculture : « plusieurs initiatives ont vu le jour pour résoudre ces deux problèmes de l’excès et du manque comme le programme de Michelle Obama Let’s move qui comporte un volet sur l’alimentation en milieu scolaire, ou les projets pour rapprocher la ferme de l’école tels que Farm-to-school. Il est difficile de connaître précisément l’impact de ces programmes car ils sont assez récents. Au total, l’administration a proposé d’investir 10 milliards de dollars de plus sur les 10 ans à venir pour améliorer la qualité des menus et l’environnement sanitaire des écoles. »

Le programme Farm-to-school, lancé en septembre 2009, ne dispose cependant pas de ressources dédiées, mais est géré par l’équipe du ministère de l’agriculture en charge de l’ensemble des programmes destinés à soutenir une alimentation plus saine à l’école (USDA’s Food and nutrition service), qui jongle avec l’ensemble des ressources pour disposer de moyens spécifiques. Il propose notamment aux écoles intéressées un ensemble de ressources sur internet pour faire le lien entre les écoles et les producteurs locaux, aider les écoles à accéder aux marchés locaux et aider les producteurs à réellement fournir les écoles de leur territoire.
L’USDA a lancé une action intitulée « know your farmer, know your food » (1) pour privilégier l’approvisionnement de proximité et ouvrir des opportunités économiques locales pour les exploitations agricoles. Mais aucune obligation de fourniture en produits locaux n’est jamais imposée aux restaurations scolaires. Les menus restent donc dans leur immense majorité très concentrés sur des propositions classiques « pizza, hamburger, sandwich » avec des « à-côtés » qui évoluent entre les crudités à la mayonnaise et les frites.

Des repas gratuits depuis 1946

Depuis le National School Lunch Act, signé par le président Harry Truman en 1946, de nombreux programmes différents ont pourtant été mis en place pour faciliter l’accès des enfants à une alimentation plus saine. L’Etat fédéral aide les différents Etats à subventionner les repas gratuits ou à prix réduit pour les familles à bas revenus (en versant 2,32 à 3,37 $ aux Etats pour les déjeuners dans les collèges et les lycées). Cette distribution de déjeuners gratuits dépend de règles propres à chaque communauté mais tourne autour de la notion de seuil de pauvreté. Evoluant selon un panier moyen de biens de base et le nombre de personnes dans la famille, ce dernier s’établissait en 2010 à 17378 $/an pour une famille de trois personnes (12162 €/an).
Ainsi, dans les écoles publiques du Comté de Wake (Caroline du Nord), les enfants de familles dont le revenu est inférieur à 130% du seuil de pauvreté ont droit à un déjeuner gratuit. Le prix du déjeuner à l’école primaire, habituellement de 2 $ (soit environ 1,4 €) y est également réduit à 0,4 € (0,27 €) pour les familles dont le revenu s’établit entre 131 et 185 % du seuil de pauvreté.
Au total, un quart des enfants mangeraient gratuitement ou à prix réduit dans les cantines américaines. « Les dépenses alimentaires des ménages pauvres mais aussi de ceux à revenus moyens se sont réduites entre 2000 et 2007, l’insécurité alimentaire s’est donc accrue dans ces familles, il est particulièrement important de leur apporter au moins un repas correct par jour » insiste Carole Kramer-Leblanc.
Le « fresh fruit and vegetable program » vise quant à lui à donner l’occasion aux enfants de goûter des produits qu’ils n’ont pas, par ailleurs, les moyens de consommer. Lancé en 2002 à un stade pilote, il concerne désormais des écoles de zones défavorisées dans les 50 Etats. Chaque élève sélectionné, dans les écoles qui postulent, reçoit des produits frais représentant entre 50 et 75 $ pour l’ensemble de l’année scolaire 2010/2011. Le programme « lait à l’école » entre aussi dans cet ensemble. Il est destiné aux écoles qui ne bénéficient d’aucun autre programme alimentaire. Enfin, certaines écoles sont aidées pour servir des petits déjeuners aux enfants de famille démunie. Un programme qui existe depuis 1966.

Yanne Boloh

Matériels adaptés et jardins

La loi américaine « Recovery act » a déjà fourni 100 millions de dollars d’aide au matériel des cantines en trois ans, un effort accentué l’an dernier avec 25 millions pour la seule année 2010. Car disposer de matériels adaptés à la mise en œuvre de produits frais permet déjà de franchir un pas vers l’augmentation de la consommation de fruits et légumes. Quoique sans modification profonde de l’approche nutritionnelle, cette mission soit vouée à l’échec.« Aux côtés de la restauration, le programme pilote « people’s garden » est doté d’un million d’euros pour financer des jardins dans les écoles situées en zone de grande pauvreté. Son objectif est d’apprendre aux élèves à produire des aliments pour les consommer et à mieux connaître la nutrition » complète Carole Kramer-Leblanc.

Hors-série cantines scolaires

Les cantines jouent la carte du bio (1/3)
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