« La série Kaamelott offre une excellente réflexion sur la bêtise », en cours de philo

Avec Philosophies en séries (t.2), Thibaut de Saint Maurice illustre les textes de philosophes renommés avec des exemples tirés de séries américaines ou françaises à succès. Accessible au grand public, le livre fournit en outre aux lycéens une excellente initiation à la méthode de la dissertation.

Quelle a été votre motivation pour écrire « Philosophie en séries » ?

L’idée qui a inspiré le premier tome de Philosophie en séries, était, en utilisant les séries télévisées comme exemples, de faire entrer la culture de masse dans les salles de cours. C’est la culture partagée par le plus grand nombre, et donc par les élèves, mais aussi par leurs professeurs – sans qu’ils aient forcément conscience que ce soit bien de la culture.

Cela ne fait pas l’unanimité, mais ceux à qui ça déplaît sont les mêmes qui grinçaient déjà les dents quand on a mis Warhol dans les musées, quand on a dit que les rockers étaient des artistes… Le problème de la légitimité culturelle des séries ne se pose plus, ce sont aujourd’hui des objets de recherche universitaire. Les séries fonctionnent comme n’importe quelle œuvre d’art, à partir du moment où elles offrent plusieurs interprétations.

Quels changements avez-vous apportés dans ce deuxième tome ?

Le premier tome était inspiré par l’idée de « faire cours » à partir de ces exemples, donc il avait une tonalité assez pédagogique. Tous les thèmes abordés provenaient du programme de Terminale, et tous les textes étaient assez « classiques ». C’était un livre qui pouvait à la fois fonctionner comme un livre pour passionné de série, pour aller plus loin, ou comme un manuel scolaire atypique pour les élèves de Terminale ou de fin de Première.

Dans ce nouveau tome, j’ai voulu partir de ce que les séries nous montraient, pour développer leur arrière-plan théorique sans être tenu par les thèmes du programme officiel. Par exemple, la série Kaamelott offre à mon sens une excellente réflexion sur la bêtise. C’est une série dont on peut ne pas voir toute la portée. On peut trouver que c’est bien écrit, que ça fait rire, qu’il y a de l’humour de situation… Mais Alexandre Astier, le réalisateur, avait un projet global, une histoire « complète » qui tenait la distance au fil des saisons. Et c’est finalement une fable politique, sur la difficulté de gouverner des hommes bêtes.

Alors que le bac de philo approche, qu’est-ce que votre livre peut apporter à des élèves de lycée ?

Mon livre n’est pas aussi rigoureux qu’une dissertation, mais il suit les mêmes principes. Pour chaque chapitre je suis parti d’une question au sujet d’une série, que j’ai problématisée, et j’offre une résolution en deux ou trois parties. C’est une illustration du cheminement d’une dissertation.

Encouragez-vous vos élèves à utiliser des exemples tirés de séries au baccalauréat ?

J’encourage mes élèves à s’appuyer sur leur culture pour trouver des exemples, parce que c’est quelque chose qu’ils connaissent bien. Et il n’y a pas de culture autorisée ou de culture interdite. Sinon, ça voudrait dire que la philosophie ne s’intéresse qu’à un certain type de réel. La philosophie s’intéresse à tout le réel. Par exemple, on peut très bien avancer qu’un match de foot est une métaphore de l’affrontement, de la guerre…

Mais l’exemple ou la référence culturelle, quel qu’il soit, ne doit pas se substituer à la réflexion philosophique. L’épreuve de philosophie au baccalauréat reste une épreuve de philosophie et pas une épreuve de culture générale. Elle comporte des exigences assez classiques de contrôle de connaissances et de maîtrise de la méthode. On peut s’intéresser à tout – tant qu’on le fait avec méthode, et qu’on développe une réflexion à partir de l’exemple.

Allez-vous continuer à utiliser les séries pour illustrer vos cours ?

Je l’ai beaucoup fait en 2008-2009, 2009-2010… Il était temps de changer un peu. Cette année je m’appuie davantage sur l’actualité, qui est toujours hyper-riche. Par exemple, la mort de Ben Laden est intervenue alors que je faisais un cours sur la Justice. Je suis parti de cet événement, et de cette phrase incroyable d’Obama : Justice has been done (« La justice a été rendue »), pour travailler sur le concept de la vengeance.

Propos recueillis par Quentin Duverger

Philosophie en séries

Philosophie en séries de Thibaut de Saint Maurice, aux éditions Ellipses (12,50 €)
Tome 1 paru en juin 2009
Tome 2 paru en décembre 2010
Cliquez sur une couverture pour l’agrandir et consulter la liste des séries.

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