Un directeur d’école plein d’humour fait un livre sur son métier

Parents révoltés, blessure à soigner, problème de ravitaillement à la cantine, course poursuite pour couper l’alarme-incendie… rien n’est épargné au directeur d’école primaire Yann Bloyet, qui témoigne dans « Chut ! le journal d’un directeur d’école » aux éditions Jacob-Duvernet. Portrait d’un directeur qui garde un sens de l’humour en toute circonstance.

Yann Bloyet a eu la fibre enseignante très tôt, son hobby après l’école étant de… donner des cours à ses frères et sœurs ! « Même en voyage, c’est plus fort que moi, je ne peux m’empêcher de faire le prof ! », s’amuse-t-il. Néanmoins il attendra quelques années après le bac pour passer le concours, se passionnant pour ses études de biologie et la radio. « J’ai commencé dans les radios pirates, devenues les radios libres ». Il débute également sur les planches dans une troupe amateur. « Le théâtre a été très formateur, car j’ai réinvesti tout à l’école », explique Yann Bloyet, qui en a gardé un sens du projet.
Sur un coup de tête, il quitte l’Essonne pour sa Bretagne natale. Formé à l’école normale de St-Brieuc, il se souvient avec précision de sa première salle de classe : « C’était une classe d’enfants du voyage. Je suis entré accompagné du directeur, de la conseillère pédagogique, et deux profs étaient présents : cela n’empêchait pas les 11 enfants de courir sur les tables ! ». S’il manque de démissionner au bout de 2 jours, Yann Bloyet tient finalement bon, s’accrochant à ses expériences heureuses avec les enfants en centres de vacances. Il est ensuite confronté à des élèves en grandes difficulté au sein d’IMP (1), « à 10 ans ils étaient non-lecteurs », se souvient l’enseignant, qui demande à quitter le poste qui peuple ses nuits de cauchemars.

Sur 10.000 enseignants, 2.500 demandent à partir chaque année !

En 1988, il doit rejoindre Paris, et obtient la Seine-St Denis, ne pensant pas qu’il serait si dur d’en partir : « Sur 10.000 enseignants, 2.500 demandent à en partir chaque année ! ». Il lui faudra 2 années pour s’habituer « à la pédagogie du 93 ». Après une première expérience comme Zil(2), Yann rejoint l’école de Vaujours où il s’épanouit dans la réalisation de projets d’envergure avec ses élèves. Spectacles avec des musiciens, réalisation de films avec la cinémathèque dans le cadre du dispositif « le Cinéma 100 ans de jeunesse » : Retrouvailles ; La grande aventure … Il emmène même ses élèves au Stade de France l’année du Mondial (98).  L’enseignant, seul homme de l’école Vaujours, s’y plaît beaucoup : « l’équipe était formidable, j’étais un peu materné par mes collègues féminines, et l’école était riche à tous points de vue ». Lorsque la directrice part, on lui propose de la remplacer, ce qui lui donne à réfléchir : « Pour travailler sur des projets, j’avais besoin d’autonomie, un poste de direction m’ouvrait ces portes ». Finalement le poste fut pourvu, et c’est à l’école de Romainville que Yann Bloyet fit ses premiers pas de directeur : «  Je ne savais pas où j’arrivais, et j’envoyais des mails à mes anciennes collègues pour rire avec elles de mes aventures ».
Ses mails, truffés d’anecdotes croustillantes, sont plébiscités par ses collègues qui les transmettent à d’autres enseignants… Au fur et à mesure, ses mails sont de plus en plus travaillés. « Chaque mail est devenu un chapitre de mon livre ! »  se réjouit Yann Bloyet, qui a envoyé ses exemplaires aux maisons d’édition et a reçu une réponse positive de la maison Jacob-Duvernet dès le lendemain !

Directeur, point de convergence d’intérêts divergents

Si sa plus grande frayeur reste d’avoir cru perdre un élève lors d’une sortie -«  en fait, il était dans l’école »- Yann Bloyet aime son métier envers et contre tout.  « Le moment le plus magique est quand mes élèves de CP commencent à lire et écrire ». Sans cesse sollicité entre son rôle d’enseignant et de directeur, Yann avait surtout peur de ne pas être à la hauteur des tâches administratives. « Je venais très tôt, partais très tard… submergé la première année, heureusement j’étais épaulé par le directeur de l’école voisine », explique Yann, qui aimerait qu’un tuteur soit instauré pour tout directeur débutant. Il aime la citation d’un inspecteur : « Un directeur est le point de convergence d’intérêts divergents ». Car pour ce poste où il faut s’improviser tour à tour plombier, psychologue, secouriste voire policier… il recommande une grande patience et un excellent relationnel, pour s’entendre avec son équipe, les élèves , les parents… : « Le directeur récolte les gros soucis de toutes les classes. Il faut aussi représenter l’école auprès des collectivités et nouer de bonnes relations avec les parents, beaucoup débarquaient en hurlant dans mon bureau ! ». De plus en plus organisé, Yann déclare désormais « lorsque je suis dans ma classe, on ne me dérange pas, sauf extrême urgence sur mon portable ».
Son souhait pour l’avenir de l’école ? Un meilleur  remplacement des enseignants absents et un statut mieux défini. Là encore, c’est du vécu : « Nous avons dû un jour répartir 100 élèves dans les classes, faute de profs ! Et notre liste des missions s’allonge sans cesse : PPMS (3), diverses évaluations (CM2, CE1, sciences, langues…), navettes de courrier avec les parents, réunions avec les instances publiques… Toutes ces activités sont chronophages. Sans compter les soucis qui surgissent au quotidien, l’ensemble ne tient pas en une semaine ! ». Alors, à quand une revalorisation du statut de directeur, et une prime s’il est capable de traverser l’école en un temps record pour éteindre l’alarme-incendie et reprendre son cours où il en était ?

Yann Bloyet en 5 dates

mars 1959 : naissance en Bretagne au bord de la mer
janvier 1986 : Ecole normale à Saint-Brieuc (Côtes d’Armor)
16 juin 1998 : Adieux à la scène à l’Olympia : dernière représentation avec la compagnie des Caramels fous pour « un zeste of Caramels fous ». (comédie musicale)
septembre 2009 : premier poste de directeur à Romainville
décembre 2010 : signature du contrat chez l’éditeur Jacob-Duvernet pour « Chut! Le journal d’un directeur d’école »

Note(s) :
  • (1) Les Instituts Médico-Pédagogiques (IMP) se nomment désormais SEES Section d'Education et d'Enseignement Spécialisé, sont des centres de soins et éducation spéciaux (enseignement et pratique) qui accueillent des enfants et adolescents handicapés de 3 à 14 ans, présentant une déficience à prédominance intellectuelle liée à des troubles neuropsychiatriques (troubles de la personnalité, moteurs et sensoriels, de la communication... ).
  • (2) Dans le 1er degré, les fonctions de remplacement sont assurées par des instituteurs et des professeurs d’école remplaçants. Ceux-ci sont appelés ZIL s’ils sont affectés sur une ZIL (Zone d'Intervention Localisée). Ils ont pour vocation d'assurer des remplacements de courte durée. Ceux qui assurent des remplacements plus longs sont Brigades (zone départementale).
  • (3) L’objectif du Plan Particulier de Mise en Sûreté (PPMS) est de mettre en place une organisation interne à l’établissement scolaire permettant d’assurer la sécurité des élèves et des personnels, en attendant l’arrivée des secours. Son élaboration est de la responsabilité de l’Education Nationale. Il doit être réalisé par le chef d’établissement ou le directeur d’écoles.

3 commentaires sur "Un directeur d’école plein d’humour fait un livre sur son métier"

  1. andré-henri  14 mai 2011 à 17 h 39 min

    il y a longemps, jai ete « Directeur d’ECOLE » . Je découvre que la fonction ne s’est pas améliorée et qu’il faut de fortes convictions pour l’exercer : ce qui explique la pénurie de candidats. Bravo Collègue! et merci pour ton dévouement. Il faut sauver l’Ecole Publque. Tu y contribues .Bien amicalement.Signaler un abus

    Répondre
  2. Jessica M  23 septembre 2011 à 2 h 37 min

    Yann Bloyet un excellent professeur, en tout point de vue! Bravo pour sa fonction de directeur 🙂
    Une de ses anciennes élèvesSignaler un abus

    Répondre
  3. ydill  25 octobre 2011 à 9 h 21 min

    Comment peut-on faire l’éloge de ce bouquin farci de fautes grammaicales , fade et si loin de la réalité de la vie des écoles de ZEP?Signaler un abus

    Répondre

Partagez votre avis

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée .

Modération par la rédaction de VousNousIls. Conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. Pour exercer ce droit adressez-vous à CASDEN Banque Populaire, VousNousIls.fr, 91 Cours des roches, Noisiel, 77424 Marne La Vallée Cedex 2.