Les enseignants bientôt évalués sur entretiens ?

Un courrier adressé en début d'année par le ministère aux chefs d'établissement laisse entendre que l'actuel système de notation des enseignants pourrait être remplacé par des entretiens professionnels.

Le « Pacte de carrière », présenté par Luc Chatel à la rentrée dernière, prévoyait déjà l’instauration d’entretiens destinés à favoriser la mobilité des enseignants, après deux et quinze ans de carrière. Le dernier document du ministère fait état d’entretiens après deux et vingt ans. Le premier doit permettre de vérifier si l’enseignant maîtrise son métier pour « définir, si nécessaire, un éventuel accompagnement ». Le second doit « l’aider à se projeter sur la deuxième partie de sa carrière ».

Mais un point inquiète les syndicats. A terme, précise le courrier, ces entretiens pourraient être pris en compte dans un nouveau système d’évaluation, articulé autour d’entretiens d’appréciation annuels menés par le chef d’établissement ou, dans le primaire, par un conseiller pédagogique. Il remplacerait le système actuel : une note globale résultant pour 60% de l’inspection et pour 40% de la note administrative décernée par le chef d’établissement.

Un système obsolète

« La procédure se déroule en dehors de toute concertation avec les syndicats », déplore Thierry Cadart, le secrétaire général du Sgen-CFDT. Co-secrétaire générale du Snes-FSU, Frédérique Rolet avoue être choquée par la méthode. « Le dossier est extrêmement complexe et la nouvelle DRH (1) ne vient pas de l’Education nationale. Tout le monde reconnaît la spécificité des missions des enseignants. Leur évaluation et la gestion de leur carrière ne peuvent dès lors être menées de la même manière que pour d’autres agents de la Fonction publique. On ne peut pas traiter cette question à la hussarde ! ».

Thierry Cadart admet pourtant sans difficulté que l’évaluation des enseignants a besoin d’être réformée. « Le système est à bout de souffle, terriblement daté et en décalage avec ce qu’est le métier aujourd’hui. Malgré quelques tentatives d’évolution, l’évaluation s’articule encore complètement autour de ce moment particulier et infantilisant qu’est la visite de l’inspecteur. Quant à la note administrative, elle se résume souvent à pinailler sur des quarts de quarts de points autour de notions aussi ubuesques que le rayonnement ou la ponctualité ».

Thierry Cadart milite donc pour une évaluation collective de ce qui se passe dans l’établissement, véritable outil de pilotage qui permettrait d’en définir le projet. « L’évaluation individuelle ne porterait alors plus que sur la situation personnelle de l’enseignant. Elle se focaliserait sur les formations à mettre en œuvre pour l’aider à venir à bout des difficultés rencontrées, sur les évolutions de carrière qui peuvent être attendues et encouragées. Mais, si on veut avancer, il faut renoncer à la connexion entre l’avancement dans la carrière et l’évaluation ».

De simples aménagements

Frédérique Rolet ne va pas aussi loin. « Le système actuel souffre de nombreuses imperfections. Mais nos collègues sont assez attachés à la double évaluation, l’une par le chef d’établissement, l’autre par l’inspecteur pédagogique national ». Elle réclame donc une amélioration de ce qui existe, plutôt qu’un bouleversement fondamental. « Les inspections pédagogiques devraient, en particulier, être plus fréquentes. Une tous les sept ans, en moyenne, ce n’est pas assez et cela pénalise la carrière de certains enseignants. »

Elle souhaite toutefois également que cette inspection pédagogique soit conçue différemment, « qu’elle débouche davantage sur des conseils, des propositions de formation continue, plutôt que sur un simple rapport aboutissant à une note, sans possibilité de recours ». Concernant la note administrative, la représentante du Snes se borne à souhaiter que le chef d’établissement reste dans son rôle, « que l’appréciation porte sur le comportement du collègue dans l’établissement, son investissement, sa ponctualité, et pas sur sa façon de mener les cours ou d’évaluer les élèves. »

Pour l’heure, le ministère a organisé une consultation sur internet, afin de recueillir l’opinion des enseignants qui souhaitent s’exprimer sur le sujet. « Nous n’avons aucune idée du nombre de collègues qui ont répondu à cette sollicitation », regrette Thierry Cadart. « Ce que nous craignons beaucoup, c’est le développement d’une évaluation très individuelle, qui irait exactement à l’encontre de ce qu’il faut faire ». Les premiers éléments de réponse devraient être donnés dans les semaines ou les mois qui viennent.

Sommaire Hors-Série Evaluations

CE1, CM2 et bien­tôt au col­lège… L’avis des ensei­gnants (1/3)
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Moda­li­tés de l’évaluation des enseignants-chercheurs (2/3)
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Note(s) :
  • (1) Contacté à de nombreuses reprises, le ministère n'a pas donné suite aux demandes d'interview sur le sujet.

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