Quel regard portez-vous sur les dernières réformes de l’Education nationale (« masterisation », recrutement à Pôle emploi…) et les coupes budgétaires qui les accompagnent (suppression de postes…) ?

Je suis très inquiet. Il me semble que nous parvenons au point de rupture, au moment où la colère et le découragement risquent de mettre en péril l’institution de manière grave. Les cadres de l’Education nationale le sentent bien : ils tentent d’éviter l’explosion en augmentant les contrôles et en accentuant la pression. Le libéralisme et la mise en concurrence des individus et des institutions s’accompagne ainsi d’une caporalisation toujours plus grande des personnels. A la fois pour contenir les forces centrifuges et pour fournir aux « consommateurs d’école » les indicateurs les plus pertinents pour s’orienter dans le « marché scolaire ». L’hégémonie des évaluations quantitatives décourage toute velléité vraiment éducative. Le « pilotage par les résultats » encourage la sélection en proposant d’arroser systématiquement là où c’est déjà mouillé. La technocratie ambiante – qui envoie les élèves en difficulté vers l’échec – met hors-la-loi la pédagogie qui cherche comment faire réussir chacun dans un travail à la fois personnalisé et coopératif.