Pour aborder ce thème d’actualité en classe, consultez notre fiche pédagogique sur « L’énergie nucléaire ».

Environ 80% de l’électricité produite en France provient du nucléaire. Peut-on envisager de faire un jour l’impasse sur cette énergie ?

Monique Sené : Dans l’immédiat, non, évidemment, sauf pour les équipements vieux ou douteux. Mais rien n’empêche d’imaginer une sortie du nucléaire à plus long terme. A condition de prendre le problème à bras le corps, de développer la recherche sur les énergies renouvelables et de se doter d’un programme pour satisfaire les besoins du pays en électricité. Il faut aussi réduire le gaspillage : isoler les maisons, offrir aux usines des technologies moins énergétivores… En équipant les toits de capteurs solaires, on réduit déjà la dépense énergétique de moitié pour chauffer l’eau. En dix ou vingt ans, on peut changer de cap. Le nucléaire ne représente que 20% de la consommation totale d’énergie en France, avec le gaz, le pétrole… Et n’oublions pas que l’uranium n’est pas renouvelable : il est amené à se raréfier, à devenir plus cher, voire à disparaître.
Francis Sorin : La France n’a rien à gagner à sortir du nucléaire mais beaucoup à perdre. Cela la conduirait à un recul stratégique économique et environnemental. Dans la mesure où nous n’avons ni charbon, ni pétrole, ni gaz, cette énergie garantit notre indépendance. Elle nous met à l’abri des crises et des aléas du marché. D’autant plus qu’Areva, qui bénéficie de stocks d’uranium pour plusieurs années, dispose de droits de propriété dans plusieurs pays pour la production de ce minerai. Le nucléaire nous permet aussi de produire de l’électricité à un coût raisonnable, 30% moins cher que la moyenne européenne, qui comprend les frais de démantèlement et de stockage des déchets. Autre avantage : le nucléaire n’émet pas de gaz à effet de serre, d’oxyde d’azote, de dioxyde de soufre ou de particules fines, ce qui nous place, avec la Suède, en tête des pays industriels les plus performants pour la préservation de l’environnement.

Quelles seraient les conséquences économiques de l’arrêt du nucléaire pour notre pays ?

Francis Sorin : Il nous obligerait à des achats massifs de gaz à l’étranger, pour des montants de 10 à 25 milliards d’euros par an ! Conséquence : les Français paieraient leur électricité beaucoup plus cher. Et il nous priverait de l’exportation d’équipements et de services nucléaires qui rapportent, en moyenne, 6 milliards d’euros par an.
Monique Sené : On n’estime pas à son juste prix la production électrique nucléaire. Elle semble moins chère que les autres types d’électricité. Mais cela est faux, car on ne prend pas en compte le coût réel du démantèlement des centrales. Les imprévus font exploser les budgets. Par ailleurs, l’arrêt des centrales et leur démantèlement représente un gisement non négligeable de nouveaux emplois pour vingt à trente ans.

N’existe-t-il pas des pistes prometteuses en termes de diversification énergétique ?

Monique Sené : Beaucoup de choses sont possibles mais il faut le vouloir. Avec des commandes à l’appui, pour faire baisser les prix et renforcer la fiabilité des produits. Je pense qu’il faut raisonner globalement, en envisageant le passage d’une énergie vers l’autre, et localement, en exploitant les possibilités spécifiques de chaque territoire : soleil dans le sud, lisier et éoliennes en Bretagne, ordures ménagères et panneaux voltaïques dans les grandes villes, bois et géothermie ailleurs… On ne peut pas récupérer la même énergie partout. Il faut faire feu de tout bois. Il existe des marges de progression importante en termes de rendement. Mais, en France, la quasi-totalité des budgets de recherche pour l’énergie sont dévolus au nucléaire. Essayons de rattraper les choses… Il y a eu des tentatives de ce type à la fin des années 70, puis le nucléaire s’est imposé et les recherches alternatives se sont arrêtées.
Francis Sorin : L’apport des énergies renouvelables (ENR) est souhaitable mais largement surestimé. De même que les possibilités d’économie d’énergie. La plupart des ENR ne peuvent être que des énergies d’appoint en raison de leur intermittence. Ce n’est pas avec des éoliennes et des panneaux solaires que l’on fait fonctionner le réseau SNCF ! Le potentiel de ces ENR est certes important – elles pourraient fournir 30% de l’énergie mondiale en 2050 -, mais il serait illusoire de les considérer comme la panacée qui va régler tous les problèmes. Il est absurde d’opposer ENR et nucléaire. C’est l’addition des deux qui peut permettre de résoudre le problème énergétique et climatique mondial.

Propos recueillis par Nadia Gorbatko