Avant d’évoquer son avenir, quel état des lieux dresseriez-vous de l’enseignement technologique aujourd’hui ?

On prétend souvent que la voie technologique a du mal à se positionner entre les voies générale et professionnelle. En fait, elle l’est parfaitement. Plutôt que d’apprendre des gestes professionnels ou des savoirs souvent universitaires, elle doit permettre d’acquérir des outils d’analyse, de conception, de production ou de recyclage des systèmes techniques pour, ensuite s’ouvrir sur une professionnalisation dans l’enseignement supérieur : en BTS, école d’ingénieur ou même dans le tertiaire avec les écoles de commerce. Les enseignements technologiques sont donc complexes, au sens noble du terme, et nécessitent l’emploi d’outils pédagogiques spécifiques. Or, aujourd’hui, la réforme généralise les enseignements, et les séries mises en place ne correspondent plus à des secteurs de l’activité industrielle. En la dénaturant, on fait donc perdre sa raison d’être à la voie technologique.

La réforme du Capet (1) vous semble, à cet égard, emblématique…

Elle va effectivement tout à fait dans ce sens. Il y a d’abord le fait de mettre un seul Capet en place, mais il n’y a pas que cela. Quand on regarde son contenu, il ne permet plus d’interroger les candidats sur leur connaissance des champs technologiques. C’est devenu un concours complètement transversal, où des questions aussi importantes que les problèmes de sécurité ne sont même plus du tout abordées.

Vous êtes pourtant partisan d’une réforme de l’enseignement technologique. Que conviendrait-il donc de faire ?

Il y a deux choses. Il faut d’abord reprendre cette réforme et reconstruire les programmes autour de champs technologiques attractifs et pertinents, susceptibles d’attirer les jeunes vers ces séries : la production et la gestion de l’énergie, les systèmes mécaniques de l’automobile et des transports, le génie civil, l’électronique et l’informatique… Il faudrait ensuite donner le temps aux jeunes d’acquérir, dans ces domaines, des connaissances approfondies. Au lieu de cela, on leur impose un tronc commun qui ne vise qu’à économiser des postes et deux heures hebdomadaires d’accompagnement personnalisé qui ne servent à rien, puisque l’on sait très bien que, dans les formations technologiques, le suivi des élèves est, par essence, individuel.

N’y a-t-il vraiment rien à sauver de la réforme ?

Si. La réforme de la série STD2A, Sciences et technologies du design et des arts appliqués, a été très bien menée. A partir d’une simple spécialité, on a créé une série spécifique qui n’existait pas auparavant. Les enseignements généraux y ont notamment été construits en synergie avec les champs technologiques étudiés, de manière à ce qu’ils se répondent, s’alimentent et se donnent sens. Le modèle de ce qui a été fait pour les arts appliqués aurait dû être pris pour quatre ou cinq autres séries industrielles et pour les séries STG. Il prouve en tout cas que c’est possible, et que ce que nous proposons n’est pas totalement utopique !

En attendant, pour l’heure, comment voyez-vous l’avenir de l’enseignement technologique ?

Compte tenu de la communication catastrophique qui entoure cette réforme, nous redoutons d’abord un désintérêt des jeunes pour la voie technologique. Or, s’il y a moins de jeunes, des sections vont fermer, ce qui ne pourra qu’accroître la désaffection… Nous craignons donc de nous retrouver dans une spirale infernale. Pour ce qui est des contenus, même si ce qui est écrit sur le papier est extrêmement inquiétant, nous connaissons suffisamment les enseignants des séries technologiques pour savoir qu’ils vont modifier les programmes de façon à maintenir ce qui en fait l’âme.