Suite à votre rapport d’étape sur la masterisation de la formation initiale des enseignants, quel est votre constat ?

Le sentiment global face à cette réforme c’est qu’elle n’est pas aboutie et qu’il n’y a pas de processus de suivi. Les ministères à son initiative n’ont pas suffisamment travaillé main dans la main. Il y a la problématique du formateur, régi par l’enseignement supérieur, et celle de l’employeur géré par l’Education nationale, or les deux se confrontent. Conséquence : il n’y a pas eu de consensus et l’on se heurte maintenant à des questions qui auraient dû se poser avant. Certaines idées de cette réforme ne sont pas mauvaises sur le fond, mais dans la mise en œuvre, elles impliquent l’échec de beaucoup d’étudiants. Je pense notamment au calendrier du concours d’admissibilité, unanimement reconnu comme inadapté et à son contenu, beaucoup trop disciplinaire, qui laisse de côté la pratique, soit l’aspect professionnel du métier d’enseignant.

Comment les étudiants que vous avez rencontrés vivent-ils cette réforme ?

Très mal parce qu’ils sont hyper motivés. Au-delà de leur projet professionnel, devenir enseignant est, pour eux, un projet d’ordre personnel. Cette réforme a placé la barre très haute. Entre le concours introduit en tout début d’année, l’admission en fin d’année, le fait d’avoir à valider un master en cours de route, la gestion des stages… Cette réforme ajoute un nombre de contraintes inimaginable.

L’aspect professionnalisant de la formation des enseignants a-t-il été pris en compte par cette réforme ?

Pas autant que nous l’aurions souhaité. Le concours n’ayant pas évolué, l’admissibilité reste très théorique. Il aurait été bien que certaines épreuves fassent appel à des expériences professionnelles, acquises lors de stages… Il n’en n’est rien. En conséquence, dans certaines filières, on a clairement expliqué aux jeunes qu’ils n’avaient pas besoin de faire des stages. « Le stage n’est pas obligatoire ».  Le concours de recrutement ne prend donc pas en compte le métier. A titre d’exemple, un jeune qui a travaillé durant deux ans comme assistant en éducation, qui a suivi des stages en responsabilités, qui a un mémoire sur son activité professionnelle n’a aucun moyen de le valoriser dans le concours. En définitive, on invite l’étudiant à préparer ce concours, comme on préparerait un concours en classe préparatoire.

Qu’en est-il de l’alternance ?

L’alternance intéresse les rectorats car sa pratique leur permet de constituer un vivier dans lequel elle peut puiser. Ensuite très concrètement on ne fait pas de l’alternance sur un ou deux mois. Le temps de l’alternance doit véritablement s’inscrire dans le cursus. Or avec des jeunes qui ne sont admissibles qu’en janvier, les rectorats s’interrogent sur la période où positionner l’alternance. On ne peut pas la faire commencer à partir de février. De février à juin, ça ne s’appelle plus de l’alternance mais un stage. Pour cette raison, l’idéal serait de positionner le concours d’admissibilité à la fin du M1(1). Cela permettrait de proposer aux jeunes une vraie expérience d’alternance.

Quels sont les points positifs de cette réforme ?

L’admissibilité à partir du niveau master est une bonne chose tout comme l’initiation à la recherche. Cependant cette recherche gagnerait à être liée au métier. Actuellement, on est trop dans une recherche de discipline qui n’est pas en adéquation avec la profession d’enseignant.

Gérald Dudouet