« Devenir professeur ? La question ne se posait même pas : petite déjà, je faisais la classe à mes poupées », sourit Bianca Marion, 45 ans, qui enseigne l’anglais en lycée professionnel depuis 1988. Débutant comme maître auxiliaire, la professeure donne ses premiers cours en lycée professionnel. Un public qu’elle ne quittera plus. « Ce sont des jeunes majoritairement défavorisés. Souvent en difficulté scolaire, ils ne sont pas toujours bien dans leurs baskets. Justement mon métier ne s’arrête pas à la transmission de connaissances, l’objectif est de les accompagner vers un métier, de les aider à réussir, s’épanouir… », précise-t-elle. Diplômée du CAPLP2, Bianca Marion rejoint en 1998 le lycée Fernand Léger (450 élèves, de la troisième au Bac Pro), où elle poursuit ces objectifs avec la même passion.

« Quitte à y être, autant tirer profit de ce dispositif ! »

« Lorsque nous avons appris que le lycée était classé ECLAIR (1), l’ensemble du personnel s’est élevé contre ce programme. Le volet DRH notamment, avec le recrutement sur poste à profil a soulevé des inquiétudes, et nous regrettons de ne pas être dotés de moyens supplémentaires depuis sa mise en œuvre », souligne Bianca Marion, qui a néanmoins décidé de tirer profit de cette situation pour les élèves comme les équipes de son établissement. « Comme nous n’avions pas le choix, quitte à être dans le dispositif ECLAIR, autant agir au niveau local ! », a décidé la professeure. En découvrant les missions du « préfet des études » inscrit au programme ECLAIR, « Je me suis dit, c’est tout ce que j’aime faire ! C’est comme être un maxi professeur principal pour 3 classes de secondes, même si chacune a son prof principal. Ensuite j’interviens, en essayant d’être un petit « plus » par rapport aux professeurs principaux, aux CPE, comme aux personnels administratifs. Le tout sans jamais empiéter sur leur travail ! », souligne Bianca Marion, qui avoue que ce nouveau rôle requiert un grand sens de la diplomatie comme un excellent relationnel. Autant de qualités que l’enseignante a développées au cours de sa carrière.

Coordinatrice de sa discipline dès 1998, elle est devenue représentante des personnels au CA et a même créé une amicale des personnels. « Ce rôle de préfet des études m’apparaissait comme une suite logique, c’était plus facile car je connaissais bien toutes les équipes et le fonctionnement de l’établissement. ». Et contrairement à d’autres préfets des études de son académie, qui « ont eu des représailles directes ou des insultes dans leur casier », c’est avec l’adhésion d’une majorité de ses collègues qu’elle mène à bien ses missions. Son implication lui a permis d’endosser cette nouvelle casquette en toute légitimité.

«  Faire ce qu’on peut avec ce qu’on a »

Seule volontaire pour le poste, Bianca Marion s’est vue attribuer des heures supplémentaires (1) pour mener à bien ses 3 missions. « J’organise des sorties pour remotiver des élèves, je me charge de ceux qui sont en décrochage, absentéistes, explique Bianca Marion. Un élève était inscrit en travaux publics alors qu’il voulait connaître le métier de cuisinier ; de concert avec le conseiller d’orientation, je l’ai aidé à trouver un stage, accompagné dans ses démarches : aide à la rédaction de lettre, préparation de l’entretien… ».
Second axe de ses missions : le travail sur l’accompagnement personnalisé. « L’objectif est d’apporter mon regard de professeur au proviseur adjoint qui pilote le projet ». Au lycée Grand Couronne, un travail important est réalisé avec la période d’intégration au lycée, puis la connaissance de soi avant d’apprendre à démarcher les entreprises. « Il y a un travail mené en soutien -souvent les élèves ont des difficultés dans les matières générales- et des projets culturels sont également menés », explique l’enseignante toujours impliquée. Le préfet des études est un appui pour le suivi des projets innovants. « Nos élèves sont intervenus sur des chantiers extérieurs comme le château du Champs de Bataille où ils ont fait des relevés topographiques pour Jacques Garcia », fait-elle remarquer.
Dernier volet de son poste : l’appui au chef d’établissement, avec la participation aux réunions de direction, jusque-là fermées aux professeurs. « J’apporte ma vision, mon regard pédagogique, pour l’organisation des examens blancs par exemple ». Même si Bianca a parfois l’impression de « marcher sur des œufs » à ce poste hybride, elle a réussi à conserver de bonnes relations avec ses collègues comme les CPE et la direction.  « Mon objectif n’est pas de les remplacer, mais de travailler avec eux », explique le préfet des études, qui espère plus pour l’avenir. « Si j’ai réussi à débloquer certaines situations, cela reste précaire car c’est un public si difficile et délicat. Dans ce relationnel où il faut ménager toutes les susceptibilités, rien n’est jamais totalement acquis», regrette l’enseignante. « J’avance à tâtons. Il y a encore trop d’incertitudes autour du programme ECLAIR. Il y a tant de projets à mener, mais ce qui arrête c’est soit le manque d’adhésion des élèves, soit le manque de moyens.»