Evaluations CE1, CM2 et bientôt au collège… L’avis des enseignants

Encore largement critiquées dans le primaire, les évaluations des élèves pourraient être étendues au second degré. Que leur reproche-t-on précisément ? Comment pourrait-on les rendre plus efficaces ? Le point de vue de la communauté enseignante.

« L’évaluation du système éducatif est légitime, de même que celle des élèves qui fait partie intégrante du travail quotidien de tous les enseignants. Mais celles que l’on mène à l’école primaire correspondent-elles à un vrai besoin ? » En une interrogation, Christian Chevalier, le secrétaire général du SE-Unsa n’est pas loin d’avoir résumé le point de vue général : les évaluations menées en primaire servent davantage à juger l’efficacité du système éducatif qu’à donner des outils aux enseignants. « Faire chaque année une évaluation bilan permettant de piloter le système, pourquoi pas ?, s’interroge Christian Chevalier. Mais alors, mieux vaudrait procéder, comme par le passé, par sondages ». C’est également l’avis de Thierry Cadart, du Sgen-CFDT : « Il y a d’ailleurs un tas d’évaluations qui se font sans que l’on ait besoin de toute cette mécanique, qui mettent en outre l’accent sur le suivi à la lettre des nouveaux programmes ».

Haro sur le CM2

Au centre des critiques, les évaluations de CM2, dont le calendrier fait l’unanimité… contre lui ! « L’organisation de ces tests en milieu d’année, regrette ainsi Thierry Cadart, ne permet pas aux enseignants d’avoir un diagnostic précis de la situation des élèves qui leur sont confiés et, donc, de mettre en place un système  de remédiation. A cet égard, les évaluations telles qu’elles étaient mises en œuvre jusque dans les années 2000 en CE2, 6ème et 2nde étaient beaucoup plus intéressantes. » A la tête du premier syndicat d’enseignants du primaire, Sébastien Sihr ne dit pas autre chose :« placées en milieu d’année, elles ne sont ni un outil permettant de remédier aux difficultés des élèves, ni un bilan de leurs acquis à la fin du cycle 3 ».

« Du fait du calendrier, les évaluations du CE1 posent moins de problèmes, reconnaît le secrétaire général du SNUipp-FSU. Placées en fin d’année, elles permettent au moins de mesurer les acquis des élèves à la fin du cycle 2. Ceci étant, nous préfèrerions quand même qu’elles soient organisées en début de CE2. D’autres tests pourraient être mis en place en début de 6ème, ce qui améliorerait aussi la collaboration entre enseignants des premier et second degré. »  Dans un autre registre, Sébastien Sihr exprime ses craintes par rapport à l’instauration d’une prime individuelle de 400 € aux professeurs de CE1 et de CM2 qui font passer les évaluations :  « je crains que cette prime ait nui au travail d’équipe qui pouvait être mené dans beaucoup d’écoles ».

L’extension au collège

C’est dans ce contexte que la DGESCO vient d’annoncer aux organisations syndicales son intention d’étendre les évaluations au cycle central du collège. « Pour nous, la priorité des priorités au collège, remarque Christian Chevalier, c’est déjà que les enseignants, les équipes pédagogiques, les établissements, s’approprient le livret de compétences. Y ajouter des évaluations nous semble très prématuré ! »

D’autant que l’intérêt du livret de compétences ne semble pas encore évident à tout le monde. « Quand on y regarde de plus près, regrette par exemple Jean-Michel Léost, on s’aperçoit qu’il promeut une conception utilitariste de l’enseignement au détriment de ce que nous appelons une conception humaniste ». Le président de la Société des agrégés refuse également que, par delà les compétences disciplinaires, certains aspects concernent également la personnalité des adolescents. Quant à l’extension des évaluations telles qu’elles sont pratiquées dans le primaire, « s’il s’agit de remédier aux difficultés des élèves, pourquoi pas ? Si c’est pour établir de nouvelles statistiques, cela ne servira pas à grand chose ! »

« Essayons de ne pas faire de procès d’intention, conclut Thierry Cadart, avant de connaître la nature et le moment de l’évaluation qui sera mise en place. Mais, compte tenu des expériences du premier degré, nous sommes quand même un peu sceptiques et inquiets ».

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