Enseignements d’exploration en seconde : la place des SES

Dès les premières présentations de la réforme du lycée, les professeurs de sciences économiques et sociales ont protesté contre le sort réservé à leur discipline, exclue du tronc commun de seconde et reléguée au rang d'enseignement d'exploration. Quels ont été les effets de cette évolution ? Cinq questions à Marjorie Galy, présidente de l'Apses.

Avec quelques mois de recul, quel regard portez-vous sur la place des SES en seconde (1) ?

Les programmes « rénovés », pour reprendre les termes du ministre et du groupe d’experts, marquent un affaiblissement des sciences économiques par rapport à leur statut d’avant la réforme du lycée. Au niveau des horaires, d’abord, les élèves des séries ES perdent 25% des heures de SES entre la seconde et la terminale. Sur la seule seconde, nous sommes tombés de 2 heure 30 à 90 minutes par semaine. Ces changements d’horaires entraînent également une modification des conditions d’enseignement. Les dédoublements sont désormais répartis établissement par établissement. Or, le statut secondaire d’enseignement d’exploration en seconde fragilise la situation des professeurs de sciences économiques. Nous avons mené une enquête, qui révèle que 60% d’entre eux ne bénéficient plus de dédoublements de classes et enseignent devant des effectifs compris entre 30 et 35 élèves.

Vous déplorez également d’autres effets…

Toujours selon l’enquête que nous avons menée auprès des collègues, dans un tiers des établissements, les proviseurs interdisent de mettre des notes pour les enseignements d’exploration. Ailleurs, les collègues peuvent mettre des notes, mais elles ne sont pas prises en compte dans le calcul des moyennes trimestrielles. Les élèves perçoivent immédiatement cette asymétrie de traitement, qui place les sciences économiques au rang de matière de second ordre. Il en résulte des difficultés de tenue de classe, de motivation des élèves, entraînant frustration et souffrance au travail pour des professeurs, même expérimentés, qui ne parviennent plus à enseigner leur discipline comme ils le faisaient jusqu’à présent.

Vous évoquez le comportement des élèves. Ils se prononçaient pourtant massivement, dans un récent sondage, en faveur de cours d’économie en seconde ?

Bien sûr, et cela ne nous paraît nullement incompatible avec la situation que je viens de vous décrire. Seules les injonctions sont contradictoires ! La garantie que tout lycéen ait étudié les sciences économiques et sociales au moins une fois dans sa scolarité est évidemment une bonne chose. Mais la façon dont cet enseignement est dispensé, compte tenu des contraintes que je viens de vous expliquer, n’est pas satisfaisante. La réforme nous met dans une telle situation qu’il est compliqué de répondre correctement au désir que manifeste effectivement la majorité des élèves.

Vos critiques portent également sur le contenu des programmes. Que leur reprochez-vous ?

En seconde, le programme de SES est resté extrêmement dense et classique, avec beaucoup de chapitres et de notions. Les autres enseignements d’exploration s’appuient le plus souvent sur une matière dans le tronc commun. C’est le cas, par exemple de « Littérature et société » qui s’adosse aux cours de français. Leurs programmes sont donc construits de façon beaucoup plus souple, facilitant la mise en place de projets avec les élèves, où les évaluations traditionnelles ne sont pas forcément indispensables… Ce n’est pas possible pour nous. Là encore, nous sommes confrontés à une contradiction, qui ne nous permet aucune forme d’exploration. Le ministère n’a pas voulu choisir, en conservant un programme très dense, mais sans donner les horaires qui permettraient de le traiter convenablement.

Pourquoi avoir quitté le groupe d’experts où vous auriez peut-être pu faire part de ces remarques ?

Quand mon prédécesseur a pris cette décision, en avril l’année dernière, il y siégeait depuis trois ans. Pour tenter d’infléchir ce qui était en train de se passer, il a participé aux travaux sur les programmes de seconde et, aussi longtemps que possible, à la réflexion sur les premières. Mais son avis n’était absolument pas pris en compte et nous ne nous pouvions pas cautionner les nouveaux programmes par notre présence. Depuis, on nous a proposé de revenir. Mais les membres du groupe d’experts et la philosophie de leurs travaux ne changeant pas, nous n’avons aucune raison de le faire. Un seul représentant de l’Apses, c’est vraiment trop peu pour peser face à la volonté ministérielle.

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