Pierre Mathues : « pour être un bon prof, il faut bien dormir ! »

« Faut-il être fou pour être prof ? » : tel est le fil rouge du one-man-show loufoque de Pierre Mathues qui répond : ce n’est pas nécessaire, mais ça aide ! Au cours de cette conférence pseudo-pédagogique « Silence dans les rangs », l’ancien prof de français choisit l’humour décapant pour passer l’école à la moulinette et redonner le sourire aux enseignants.

« Osez surprendre les élèves et apporter un peu de folie dans les rangs ! » : c’est ainsi que Pierre Mathues envisage l’enseignement. Par provocation, il a intitulé son spectacle « Silence dans les rangs », titre qui reflète bien l’ironie du personnage, où il campe un vieux professeur désabusé qui se livre à une conférence pseudo- pédagogique. « Je prône exactement l’inverse. Si le silence est nécessaire, il faut être audacieux. Car c’est bien de se plaindre et rire ensemble de ce qui ne va pas à l’école, mais il faut aussi oser, partager ses passions, afin que les élèves sachent qu’ils ont face à eux  un être humain, pas une machine ! ».  Durant son one-man-show, devenu un succès en Belgique comme en France, tout passe à la moulinette du rire : la rentrée des classes, l’impénétrable salle des profs, les réformes, les classes vertes, les parents, les bulletins, les congés… Avec en filigrane, une question : « faut-il vraiment être fou pour être prof ?  Ce n’est peut-être pas nécessaire, mais ça aide », répond-il !

Pour que l’école décolle, il faut des idées folles !

Dans la « vraie » vie, Pierre Mathues est lui-même prof… et ça se sent. « Le plus beau compliment qu’on m’ait fait c’est que mon spectacle sonne vrai », précise-t-il. Durant plus de 30 ans, Pierre Mathues a exercé le métier de professeur de français dans des lycées professionnel et technique de Belgique. Après avoir débuté dans une école de filles, le jeune enseignant se trouve confronté à 20 ans à de « grands gaillards de 18, 19 ans, qui se destinaient à être plombier, maçon, électricien…pas facile de tenir sa classe, surtout pour enseigner le français. Il faut savoir faire son trou, trouver son style ! », se remémore-t-il.

Sa première arme sera l’humour et son alliée sa passion pour le théâtre. « J’ai fait de l’improvisation avec mes élèves, des spectacles de marionnettes, des sketchs pour le côté ludique, afin de leur montrer qu’ils pouvaient apprendre à leur insu des textes par cœur et avoir confiance en eux, oser être sur scène ! ». Pierre Mathues réussit à captiver des hordes d’ados, à leur donner le goût de la lecture, de l’expression orale et écrite. Ses digressions, ainsi que sa préférence assumée pour l’apostrophe ironique plutôt que l’imparfait du subjonctif, l’orientent rapidement des cours de français vers les ateliers de théâtre. Dès 1992, l’homme de café-théâtre crée, interprète et anime en trio « Speculoos » et se produit au festival d’Avignon (1). Parallèlement, il pilote la revue satirique de l’actualité insolent.be, qui écume des lieux et centres culturels de la Communauté française de Belgique « C’est un genre de fou du roi où nous recevons les personnalités qui font l’actualité ».

De l’enseignement au théâtre

Petit à petit, le trio « Speculoos » passe au duo (2) et Pierre Mathues se lance seul : « J’avais très peur de me retrouver seul sur scène jusqu’à ce que j’ai le déclic en lisant ‘Petit manuel de savoir vivre l’usage des enseignants’ (3)». Le livre est vite lu, relu, puis annoté, surligné… « J’ai commencé par adapter de petits morceaux pour m’amuser, puis en complétant avec mon expérience personnelle de prof, j’ai vite eu plusieurs sketchs, chansons, textes… » . C’est ainsi que naît en décembre 2008, Silence dans les rangs à La Fabrique de Théâtre (4), avec l’autorisation et l’approbation des auteurs. Reconnu par les Tournées Art et Vie de la Communauté française de Belgique, le spectacle tourne en séances tous publics et scolaires (journées pédagogiques, débats..) en France comme en Belgique. « J’approche la 100e , mais je n’ai jamais envisagé de lâcher mon métier, je prends des congés sans soldes ou je joue les week-ends », précise Pierre Mathues,  aujourd’hui conseiller pédagogique.

Acharné de la pédagogie de projet

« Sous l’autorité de l’académie, je suis chargé de former des comités de pilotage, une équipe pour mettre en place la gestion participative dans les établissements afin que le pouvoir et les objectifs soient partagés. Nous souhaitons que le directeur d’établissement devienne un pilote » explique le conseiller pédagogique, qui espère que 50% des établissements acceptent cette stratégie de cogestion d’ici 1 an et demi. Pierre Mathues anime les journées pédagogiques dans les écoles et proposent notamment des journées de formation pour les enseignants débutants. «  Pour être un bon prof, il faut d’abord être en bonne santé : s’il ne faut pas oublier de préparer ses cours, il faut d’abord bien dormir ! » prodigue-t-il aux novices. Ou encore un « truc » : «  ne pas hésiter à dire bonjour aux anciens profs dans la cour de récré, afin que les élèves se disent, ouh là, le nouveau a déjà des alliés… ».
Pierre Mathues se décrit avant tout comme un « acharné de la pédagogie de projet ». « Dans des régions et établissements très défavorisés, certains élèves ont eu des déclics, avec un spectacle de marionnettes, un projet d’écriture de journal… », se réjouit-il. Reprochant au système scolaire actuel de creuser les écarts entre élèves, Pierre Mathues souhaiterait,« rendre la liberté aux chefs d’établissement afin qu’ils puissent mener plus d’expériences pilotes ». Pour lui, l’ascenseur social ne fonctionne pas. Mais il garde l’espoir :«  L’école va mal mais il suffit d’un prof pour changer une vie, pour remettre un ado debout ! ».

Pierre Mathues en 5 dates

1960 : naissance à La Louvière (Belgique)
1980 : devient professeur de français en établissement professionnel et technique 1992 : se produit avec Les Speculoos à Avignon
2000 : devient conseiller pédagogique
2008 : crée Silence dans les rangs à La Fabrique de Théâtre (La Bouverie, Belgique)

Note(s) :
  • (1) Spectacles La couscoussière n’était plus sur la table du salon, Massacre à la Pome à gueuze, Salade de Navets.
  • (2) Spectacle Les Speculoos sortent de leur réserve
  • (3) Petit manuel du savoir vivre à l’usage des enseignants, de Boris Seguin et Frédéric Teillard, éditions Points, 2007.
  • (4) La Bouverie, Belgique

3 commentaires sur "Pierre Mathues : « pour être un bon prof, il faut bien dormir ! »"

  1. akenaton  12 mars 2011 à 7 h 02 min

    Bravo à cet enseignant qui trouve le temps de se mettre à distance pour théâtraliser son métier.
    Son expérience plaide pour une réelle formation des enseignants notamment à la conduite d’une classe, aux relations interpersonnelles et aux différents moyens utilisables pour donner aux élèves le gout d’apprendre. La théâtralisation en est un. Tous les enseignants n’étant pas acteurs, et / ou ne souhaitant pas le devenir ils doivent pouvoir puiser dans la profesthèque d’autres compétences.
    Le spectacle « Silence dans les rangs ». Est il encore en tournée ? Peut on avoir le calendrier. Merci.Signaler un abus

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  2. Silence dans les rangs !  13 mars 2011 à 10 h 52 min

    « Silence dans les rangs! » sera cet été au festival d’Avignon du 8 au 31 juillet à 15hau Théâtre des Corps Saints. Bienvenue à tous les fous de pédagogie qui aiment rire !Signaler un abus

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  3. Silence dans les rangs !  13 mars 2011 à 18 h 14 min

    @ Akenaton
    Agenda : http://www.silencedanslesrangs.be
    Avignon : http://www.facebook.com/event.php?eid=128411000564996
    Merci pour votre intérêtSignaler un abus

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