Pouvez-vous nous expliquer les raisons de votre démarche pour le moins originale : vous avez collé 359 silhouettes sur les murs de l’inspection ?

C’est un fait historique qu’à la rentrée 2011, alors que 56 000 élèves supplémentaires sont attendus dans les écoles, collèges et lycées, le Ministère persiste dans sa politique de non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, et supprimera 16 000 postes. L’académie de Caen sera proportionnellement en nombre d’élèves une des académies les plus touchées : nous devrions accuser 359 suppressions de postes.
C’est pourquoi lors du CTPD (1), instance paritaire où les élus du personnel siègent, nous avons  « matérialisé » sur le fronton de l’inspection académique ces suppressions de poste en collant 359 silhouettes de collègues, barrées d’un trait, avec ce slogan : « Education nationale académie de Caen : – 359 postes ». Une action qui n’a pas plu à monsieur l’inspecteur d’académie qui est allé au commissariat porter plainte contre la seule FSU, alors qu’il s’agissait d’une action intersyndicale – il y avait 5 représentations syndicales. Il s’adresse à la plus grande force syndicale du département dans l’éducation. Là encore, c’est symbolique.

Autre actualité dans le Calvados, l’inspecteur d’académie a décidé de sanctionner les collèges ayant les plus fort taux de redoublement en attribuant moins d’heures d’enseignement. Luc Chatel a de son côté indiqué que cette décision n’aura pas « vocation à être généralisée »…

A notre très grande surprise, l’inspecteur d’académie du Calvados -et c’est le seul en France, décidément, il se distingue – sanctionnera à la rentrée prochaine les collèges en fonction du taux de redoublement. Et dans une logique qui nous dépasse : on pourrait entendre que lorsqu’un taux de redoublement est important, on mette des moyens conséquents… Lui fait exactement l’inverse. Il pénalise ces écoles en faisant l’impasse sur leurs besoins. Il les pénalise car il considère que les redoublements coûtent très chers (8000 € pour une année). Je crois qu’aucun établissement ne défend le redoublement pour le redoublement. Ce que nous avançons, c’est qu’en mettant des moyens conséquents, qui permettent de faire des petits groupes d’élèves, d’apporter un soutien aux élèves les plus en difficulté (…), l’Education nationale devrait être en mesure de faire réussir tous les élèves.
Avec la gestion comptable qu’a le Ministère et que défend notre inspecteur d’académie, ces élèves devront traîner leurs boulets jusqu’à la fin de leur scolarité. On organise leur sortie du système scolaire de façon précoce, et rien ne sera mis en place pour les aider.

Qu’attendez-vous au niveau des mesures prises par l’académie du Calvados ?

Il ne faut pas se focaliser sur la directrice d’académie ou l’inspecteur. Certes quand ils font atteinte au droit syndical, il faut faire respecter nos droits. Mais il s’agit d’une politique plus générale d’un désengagement toujours plus grand de l’Etat vis-à-vis des services publics, et notamment dans l’Education nationale. Le désastre est programmé : 53 000 élèves en plus, 16 000 postes supprimés …Nous aurons des classes surchargées, des élèves en difficulté qui ne seront plus pris en charge et nous serons dans l’incapacité de les aider. Le gouvernement donne un grande coup de ciseau dans la réussite de tous les élèves. C’est pourquoi nous réclamons à l’échelon national un autre budget, pour l’embauche d’enseignant(e)s qui permette d’assurer notre mission de service public : l’enseignement qui permette la réussite de tous.

Vous êtes convoqué personnellement le 7 mars prochain, pourquoi ?

La plainte est déposée contre la FSU, mais c’est ma responsabilité individuelle en tant que secrétaire départemental qui est engagée, c’est pourquoi la police prendra ma déposition et me fera part des éventuelles poursuites.
L’inspecteur d’académie a souhaité nous mettre au pas, faire en sorte que nous n’ayons plus de moyen d’expression visible et que les suppressions de postes soient indolores et inodores… Il s’est trompé et en prendra la pleine mesure lundi prochain.

Quels soutiens attendez-vous du monde enseignant ?

Le 7 mars l’ensemble des organisations syndicales et associatives de gauche du département seront présentes. Elles ont rédigé un communiqué pour soutenir la FSU, mais aussi pour dénoncer les suppressions de postes et bien entendu s’insurger contre cette atteinte à la libre expression de la force syndicale.
Le jour du collage nous étions des élus du personnel convoqués ! Nous représentions des milliers de collègues et sommes allés rendre public sur le fronton de la maison commune- ce n est pas le maison de l’inspecteur- l’ensemble des dégradations qui nous attendent pour la rentrée. Ce sont des pratiques syndicales ordinaires : des feuilles de papier collées sur mur avec de la colle à papier peint, il n’a eu ni intrusion, ni casse… Cela nous paraît totalement ubuesque ! L’inspecteur n’a pas à intervenir sur nos actions et nos slogans. Que chacun reste à sa place.