Professeur en prison

Après avoir été professeur des écoles en maternelle et en primaire, Ines Chabagno enseigne depuis quatre ans à la maison d'arrêt de Bayonne. Sans illusion excessive, elle nous livre son regard sur son métier de professeur… pas tout à fait comme les autres.

Comment devient-on enseignante en milieu carcéral ?

L’un des deux enseignants attachés à la maison d’arrêt de Bayonne prenait sa retraite. Un mois après avoir postulé, j’ai passé un entretien, avant de suivre trois semaines de formation. La première, à l’école de l’administration pénitentiaire d’Agen, avec un juge d’application des peines, un psychiatre, des surveillants, permettait de découvrir le monde de la prison ; les deux dernières, à Paris, concernaient la pédagogie. Car le public auquel on s’adresse impose évidemment d’adapter ses méthodes, ses supports, sa façon de parler…

A quel type de détenus avez-vous affaire ?

En maison d’arrêt, nous n’avons affaire qu’à des prisonniers en attente de jugement, ou qui ont été condamnés à des peines relativement courtes, ne dépassant jamais deux ou trois ans. Les élèves ont entre 18 et 60 ans, mais la grande majorité d’entre eux se situe entre 25 et 30 ans. J’ai deux groupes le matin et un ou deux groupes l’après-midi, avec un maximum de dix personnes par groupe. Les détenus sont amenés par les gardiens, et je suis enfermée à clé avec eux. J’ai un téléphone, qui me permet d’appeler en cas de problème. Mais tout se passe bien, car seuls les volontaires suivent des cours. Malgré tout, la première semaine a été très particulière. Il faut s’habituer à un univers impressionnant : on circule au milieu de toutes ces portes alignées, en sachant que des gens sont enfermés derrière… Finalement, je me suis quand même sentie assez vite à l’aise. La salle de classe où j’interviens est vaste, lumineuse, agréable.

Comment se déroulent vos cours ?

J’enseigne le français et un peu d’informatique. Les séances durent une heure et demie et sont très individualisées, pour tenir compte du niveau de chacun. Cela dit, j’essaie quand même, à chaque fois que je peux, de les faire travailler à plusieurs sur un même thème. Disons qu’il peut, au cours d’une même séance, y avoir deux ou trois personnes qui apprennent l’accord du participe passé, deux autres qui sont sur la ponctuation et trois autres qui s’exercent au traitement de texte sur un ordinateur.

Quelles sont les difficultés auxquelles vous êtes confrontée ?

En plus de cette hétérogénéité, la principale réside sans doute dans l’évolution incessante des effectifs et la rotation permanente des élèves : des détenus arrivent, d’autres quittent la prison et les groupes changent de façon continue. Chaque semaine, avec mon collègue, nous commençons donc par nous entretenir avec les nouveaux détenus qui ont demandé à venir. Nous leur demandons de répondre à un questionnaire sur leur cursus scolaire et professionnel et d’écrire un petit texte sur leur projet. Cela nous permet de voir leur niveau et de les intégrer dans nos groupes.

Quels retours les détenus vous renvoient-ils ?

Globalement positifs. Certains nous font part de leur satisfaction, nous disent qu’ils ont fait des progrès. Honnêtement, je n’en suis pas toujours persuadée et je ne me fais pas trop d’illusions. Pour la plupart des élèves, les cours représentent surtout une occasion de sortir de leur cellule. Il y en a quand même qui passent des examens : le Certificat de formation générale, équivalent du certificat d’études, pour ceux qui n’ont aucun diplôme, le Brevet des Collèges, le Diplôme d’initiation à la langue française (Dilf), le B2i (brevet d’initiation à l’informatique). A Bayonne, nous n’avons rien à proposer à la très petite minorité de ceux qui ont un niveau au-dessus du Bac. Nous les orientons vers des cours par correspondance. L’an dernier, nous avons quand même accompagné un détenu qui préparait le DAEU (Diplôme d’accès aux études universitaires, équivalent au bac).

1 commentaire sur "Professeur en prison"

  1. celestine  26 août 2011 à 23 h 01 min

    Bonsoir, actuellement en dernière année de licence de SVT (Sciences de la Vie et de la Terre), je souhaite me tourner vers le métier d’enseignante. Cependant, je souhaite travailler avec des publics en difficulté car c’est l’aspect pédagogique et social de l’enseignement qui m’attire en premier lieu. Ce type de poste, professeur en prison, est-il accessible aux professeurs détenteurs du CAPES ou de l’agrégation ? Faut-il suivre une formation autre qu’un master enseignement ?Signaler un abus

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