Quel regard global portez-vous sur la formation des enseignants telle qu’elle est dispensée  aujourd’hui ?

Depuis six mois, nous sommes dans la mise en œuvre de la réforme. Et, malheureusement, nos prédictions se vérifient. Nous avons par exemple dit dès le début que les masters allaient être trop lourds pour les étudiants, qui auraient beaucoup de mal à faire face à toutes leurs exigences et à celles du concours. C’est le cas. La mise en stage se révèle également, comme prévu, très difficile : des incertitudes planent sur le nombre de places réservées par les services académiques, qui change pratiquement tous les jours. Je pourrais aussi évoquer la difficulté à faire revenir en formation les professeurs stagiaires ou citer beaucoup d’autres écueils annoncés de longue date et qui ne cessent de se confirmer. Tout ceci nous amène à nous interroger sérieusement sur la pérennité de la réforme.

D’autant que Nicolas Sarkozy lui-même s’est prononcé pour une remise à plat et un renforcement de la formation pratique…

Les propos du président de la République représentent pour nous la reconnaissance officielle que la mise en place de la réforme ne se passe pas comme souhaité et que des éléments de blocage sont apparus. Ce que le chef de l’État appelle la formation pratique renvoie pour nous à la professionnalisation, liée à l’existence de stages, mais aussi à la manière dont ces stages sont articulés avec le reste de la formation. Ce n’est pas seulement en faisant effectuer des vacations aux étudiants que l’on va les transformer en enseignants. C’est un peu plus compliqué que cela. Mais, pour nous, la déclaration de Nicolas Sarkozy annonce en effet clairement la réouverture du chantier.

Dans ce contexte, vous proposez donc trois modèles de formation en alternance…

En réalité, cette question de l’alternance est évoquée depuis plusieurs mois au sein des directions ministérielles, qui avaient pris conscience, avant le président de la République, que les difficultés liées à la professionnalisation allaient constituer un réel problème. L’alternance est un scénario avec lequel on ne peut être que d’accord ! La CDIUFM y a toujours été favorable. L’alternance était d’ailleurs la règle pour les futurs professeurs de collège et de lycée qui, en deuxième année d’IUFM, passaient chaque semaine deux jours en formation et trois jours en établissement scolaire. Mais si l’alternance représente la seule manière de former les professionnels, il y a plusieurs modalités possibles, chacune présentant ses avantages et ses inconvénients.

Lesquelles ?

La première formule concerne la seule année de M2 et inclut une ou deux journées par semaine en établissement scolaire, assez proche finalement de ce qui existait auparavant pour le second degré. Il nous paraît en effet fondamental que les établissements accueillant des stagiaires puissent prévoir et programmer leurs périodes de formation. Deuxième possibilité : dédoubler l’année de M2, à l’image de ce qui se fait déjà pour certains DUT. L’étudiant pourrait alors étaler les périodes de formation et consacrer plus de temps aux périodes d’activité professionnelle. La troisième option étendrait le bénéfice de l’alternance à l’ensemble des deux années de Master, avec sans doute une charge en stages plus légère en M1 qu’en M2.

Parmi ces trois modèles, vous n’avez vraiment aucune préférence ?

Cette dernière option est celle qui correspond le plus à notre stratégie globale. Son gros avantage est qu’elle permettrait de se rapprocher de ce que l’on appelle en Europe les formations simultanées, c’est-à-dire des formations où le projet professionnel de l’étudiant est enclenché assez tôt. On pourrait même imaginer que les étudiants effectuent des premiers stages de sensibilisation en L3, pour conforter leur projet. A condition de modifier la place du concours, la première piste nous paraît également intéressante, à la fois pour les étudiants et pour l’Éducation nationale.

Propos recueillis par Patrick Lallemant