Que souhaitez-vous montrer dans votre film ?

Il existe aujourd’hui une foule de documentaires sur la déforestation et ses conséquences, multipliant les images de destruction. Avec Luc Jacquet, nous souhaitons aller à contre-courant en révélant au grand public ce que nous sommes en train de perdre : l’extraordinaire beauté et l’intérêt des forêts. Il ne s’agit pas d’un film documentaire ou scientifique, ni d’un film de fiction. C’est un long-métrage sensuel et sensible avec la forêt comme personnage principal. On pourra également croiser des êtres humains, ceux qui vivent dans ce milieu.

Pouvez-vous nous donner une définition des forêts tropicales primaires ?

Ce sont les forêts tropicales intactes, qui n’ont pas du tout été abîmées et exploitées par l’homme. On en trouve encore quelques-unes dans le bassin du Congo, en Amérique latine dans la partie ouest du massif amazonien, en nouvelle Guinée et en Indonésie. Ce sont d’extraordinaires réserves de vie. Elles abritent 75 % de la biodiversité mondiale et assurent la survie et l’existence des populations qui y vivent. Bien entendu, elles sont indispensables à la préservation de l’eau, des sols, de certaines espèces… et sont d’une beauté à couper le souffle. Il y a urgence à les montrer.

Où en est votre projet ?

Nous avons déjà réalisé un prologue, intitulé « C’était la forêt des pluies », tourné en Guyane, dans la réserve naturelle des Nouragues. Nous le diffuserons le 24 mars prochain à Lyon, puis à Marseille et à Paris devant à la fois le grand public et des financeurs potentiels. Actuellement, Luc Jacquet est en quête de financements pour le tournage. De mon côté, je viens de rentrer d’Afrique où j’ai effectué des repérages plus précis. Petit à petit, le projet prend forme.

Ce film est-il un message d’espoir ?

Ce film ne donnera pas de réponse. Il laissera entrevoir deux messages totalement opposés. Première hypothèse – hélas, selon moi, la plus plausible : considérées comme de simples ressources économiques, ces forêts continuent d’être exploitées de manière crescendo. Résultat : à ce rythme, elles auront totalement disparu d’ici une dizaine d’années. Ce film constituera alors pour les générations futures, une trace de leur splendeur passée, une archive de ce qui existait et que nous avons perdu à jamais. Deuxième scénario, malheureusement plus utopique, mais auquel je continue pourtant de croire : les décideurs politiques et économiques prennent enfin pleinement conscience de ce désastre écologique et agissent en conséquence. Avec Luc, nous espérons que ce film déclenche cette prise de conscience. Tant qu’il est encore temps…