Quelle est la nature du projet montpelliérain ?

C’est un projet qui essaie de fédérer les forces des trois universités de Montpellier, ainsi que de Perpignan et de Nîmes, et qui est consacré à l’Homme dans un univers en évolution, en mouvement (2). Il touche donc à la fois le domaine agronomique, très développé chez nous, mais aussi les domaines de la biologie, de la chimie, toutes les technologies modernes, en particulier l’informatique, et bien sûr également les sciences humaines avec toute la partie sociale et la réflexion sur l’évolution. Deuxième orientation, autour de laquelle nous travaillions déjà : la Méditerranée comme laboratoire d’expériences et élément d’application de ces recherches. Ces deux directions donnent une unité au projet, sur lequel tous nos chercheurs peuvent se retrouver.

Concrètement, qu’est-ce qui va changer avec ce projet ?

Ce projet va se mettre en place sur plusieurs années, voire plusieurs dizaines d’années. En outre, la collaboration entre toutes ces universités, ces centres de recherche, existait déjà. Pratiquement, il ne faut donc pas attendre de bouleversement immédiat. Tout dépendra également de la somme qui sera attribuée, et de la façon dont elle pourra être répartie. En effet, l’Idex, ce n’est pas uniquement de l’argent que l’on reçoit. C’est un engagement réciproque, ce qui fait d’ailleurs la force du projet mais nourrit aussi nos inquiétudes. Car, finalement, les universités mettent autant d’argent dans le projet que l’Etat. Nous engageons nos forces, et cela oriente énormément les recherches à venir. Je crois malgré tout que l’Idex donnera un coup d’accélérateur et une unité aux projets. Il va fédérer et renforcer des domaines dans lesquels nous commencions à nous structurer, comme celui de l’eau, par exemple.

Vos inquiétudes étaient tellement vives que vous vous êtes, un temps, retirée du projet. Qu’est-ce qui vous a amené à le réintégrer ?

Trois points posaient problème. D’abord, les lettres et sciences humaines n’apparaissaient pas en tant que telles dans le projet. Comme d’habitude, nous servions de complément aux sciences dures. Et, en tant que chercheur, je ne me considère pas simplement comme quelqu’un qui doit avoir un regard sur ce que font les autres ! J’ai mon propre champ de recherche, mon propre fonctionnement et mes propres sujets. Ensuite, la version initiale demandait à Montpellier 3 un investissement trop important sur des projets qui ne nous concernaient pas. Enfin, il fallait nous mettre d’accord sur un mode de gouvernance. Ces trois domaines ont été revus. Par ailleurs, il est difficile de résister à un argument qui vous reproche d’être sur le point de faire perdre un milliard d’euros à Montpellier !

Vous semblez faire contre mauvaise fortune bon cœur… Est-ce une vision excessive ?

C’est peut-être un peu fort, mais j’ai effectivement beaucoup de réticences envers cette démarche, que je trouve artificielle et qui risque de faire monter certains sites au détriment des autres. Il y a toutefois une part d’obligation pour les universités. Quand elles ont la possibilité d’être intégrées à un Idex, elles ne peuvent pas se faire hara-kiri ! Donc, une fois que le processus est lancé, il faut essayer d’en tirer le meilleur pour tout le monde : ne pas se montrer manichéen, prendre les avantages et faire en sorte qu’il n’y ait pas d’inconvénients. C’est vrai qu’on nous force un peu la main. Mais l’exemple montpelliérain nuance mon propos : d’un projet imposé politiquement, nos sommes parvenus à faire quelque chose d’intéressant pour notre site. J’espère que c’est le cas pour les autres.

Le projet a été officiellement présenté début janvier. Quelles sont les prochaines échéances ?

Il y a plusieurs étapes. Fin mars, des projets feront l’objet d’une première sélection par un jury international. Ils devront alors être retravaillés pour un avis définitif en juillet. Certains projets non sélectionnés en mars pourront peut-être quand même être retravaillés pour un avis en décembre, mais ce n’est pas encore sûr.