Quel futur pour les années collège dans les quartiers sensibles ?

Dans le cadre de sa mission sur l’avenir des années collège dans les quartiers sensibles, Fabienne Keller organisait jeudi au Sénat un atelier de prospective. De nombreux intervenants ont livré leurs analyses, qui s’intègreront au rapport définitif que présentera d’ici peu la Délégation sénatoriale à la prospective.

La sénatrice UMP Fabienne Keller présidait jeudi dernier deux tables rondes, dans le cadre de son étude sur les années collège, intitulées « Etre adolescent dans les quartiers sensibles », et « Répondre aux défis pour éviter le scénario du pire ».

Parmi les nombreuses interventions de cet atelier, dont une partie est visible sur Public Sénat, des suggestions très précises -à côté de celles sur la rénovation urbaine, l’emploi ou de la réflexion sur une future évolution de l’image des quartiers-ont été faites pour l’école.

L’école doit se « réapproprier les élèves »

Le philosophe et écrivain Vincent Cespedes a, lors de son intervention, dénoncé le fait que l’école actuelle cherche à « normaliser » et qu’elle trie pour normaliser, ce qui peut s’avérer d’une extrême violence. L’école et la République pour lui doivent se « réapproprier  » les élèves, et non l’inverse. L’école se doit de transmettre à tous la  » gourmandise intellectuelle » plutôt que de vouloir faire apprendre à tout prix dans le cadre d’interminables programmes. Il souhaite la généralisation de la philosophie à toutes les disciplines : le questionnement philosophique doit être présent en maths, en histoire, aussi bien qu’en français…

Enfin, la difficulté actuelle de l’école est qu’elle est en contradiction absolue avec le mode de vie clefs en mains que propose aujourd’hui la propagande commerciale aux élèves. Un mode de vie basé sur le « fun », le goût de l’argent facile… C’est un véritable endoctrinement contre lequel l’école, qui du coup paraît insupportablement sérieuse, se heurte.

Quelles pistes alors pour sortir de ce conflit ? D’après Vincent Cespedes, les enseignants doivent être perçus par les élèves comme des personnes « bienveillantes », qui offrent aux élèves chaque jour un moment de « bonheur », en sport, en culture etc. Les années collège doivent être des années « bonheur ». Enfin, les enseignants doivent absolument miser sur internet, formidable source de culture quand on sait s’y orienter. A eux justement de guider les élèves, très réceptifs à cet outil.

« Une école du socle commun »

Gilles Kepel, sociologue, professeur à Sciences Po, insiste lui sur le fait qu’il faut agir dès la maternelle, que là déjà des élèves ont des signes annonciateurs de difficulté. Il met en avant aussi le véritable choc que représente le lycée pour les élèves des zones sensibles : au collège, on peut « déconner », le lycée par contre est le premier lieu où ils sont confrontés aux réalités d’une société à laquelle ils sont étrangers. L’orientation en fin de troisième peut également être vécue pour certains comme un véritable traumatisme, d’autant que malheureusement, souvent, pour les élèves des quartiers, on a vite fait de les orienter en BEP, sans chercher plus avant à valoriser leurs compétences.

Pour Jacques Grosperrin, député UMP du Doubs, le collège en France, surtout dans les quartiers, est un lieu de souffrance : pour les élèves, pour les enseignants, pour les parents.

La spécificité de la France est de faire peser la responsabilité de l’échec uniquement sur l’élève. S’il rate, s’il a de mauvaises notes, c’est qu’il est nul. En Finlande par exemple, c’est l’enseignant et l’équipe pédagogique qui se remettent en question. Mais en même temps, en Finlande, les enseignants sont très respectés. Il faudrait en France que l’on aille en ce sens, que l’on fasse plus confiance aux enseignants.

Le socle commun est selon lui une piste porteuse d’amélioration : depuis son instauration en 2005, les élèves sont davantage évalués sur leurs compétences, et non plus uniquement sur le savoir purement scolaire. Mais note le député, le collège a été oublié dans cette réforme : il faudrait désormais penser à une véritable école du socle commun, du CP à la 3e. C’est la clef de la cohérence. Avec peut-être un chef d’établissement qui piloterait le collège et les écoles primaires y étant rattachées, ou alors un inspecteur à la tête de cet ensemble.

Des moments de bonheur

Martin Hirsch, Président de l’Agence du service civique, est revenu lui sur la place essentielle des parents : la mallette des parents a d’après lui donné de très bons résultats. S’ils sont plus impliqués, leurs enfants réussissent mieux et sont moins absents.

Les intervenants ont également tous souligné la difficulté rencontrée par les collégiens des quartiers difficiles pour trouver un stage en entreprise pour leur stage obligatoire de 3e. Ils n’ont donc pas l’occasion de découvrir véritablement une grande entreprise et il faudrait là aussi œuvrer pour les aider.

En conclusion de ces tables rondes, Maurice Leroy, ministre de la Ville, a insisté sur deux axes : développer les internats d’excellence et promouvoir les cordées de la réussite. Il a donné le chiffre de 20 000 jeunes méritants qui pourront être accueillis en internats pour 2013. Pour mieux faire le lien entre éducation et emploi, le ministre insiste sur le rôle fondamental de l’apprentissage, et cite un chiffre : dans les quartiers sensibles, seuls 12% des jeunes sont en apprentissage. C’est nettement insuffisant.

Fabienne Keller a en quelques mots proposé une synthèse générale. Le collège du futur dans les quartiers sensibles devra offrir des moments de bonheur réguliers, prendre plus en compte les compétences des élèves, faire plus confiance aux enseignants, le tout dans un contexte plus favorable à l’emploi. L’objectif est très simplement l’accès à la normalité pour ces quartiers, dans tous les domaines.

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