Pierre Tapie : « L’enseignement supérieur doit d’ouvrir sur le monde »

Polytechnicien, multi-diplômé, Pierre Tapie préside depuis une dizaine d'années aux destinées du groupe Essec. Depuis juin 2009, il est également à la tête de la Conférence des grandes écoles, qui vient de présenter son Livre Blanc de l’ouverture sociale. Portrait d’un défenseur de la mixité sociale et de la langue française dans l'enseignement supérieur français.

Fils d’un père ingénieur et d’une mère au foyer, Pierre Tapie passe plus de la moitié de son enfance en Martinique et au Maroc. Il intègre Polytechnique à vingt ans, en 1977, en sort diplômé trois ans plus tard, et entre dans le groupe Elf-Sanofi. « J’y ai d’abord fait de la recherche fondamentale au Centre d’études nucléaires, avant de me consacrer aux biotechnologies solaires ».

Une première expérience

Également titulaire d’un DEA de biochimie et d’un doctorat d’Etat ès sciences naturelles, il décroche ensuite un MBA à l’Insead, prestigieuse Business school de Fontainebleau et quitte la région parisienne pour sa première expérience de directeur d’école, en l’occurrence l’École supérieure d’agriculture de Purpan, près de Toulouse. Nous sommes en 1990, il y passera onze années. « J’y ai découvert la passion d’un métier, et ses différentes facettes : la pédagogie, puisqu’à l’époque j’enseignais moi-même l’éthique des affaires, le management des hommes, l’implication dans le milieu professionnel… C’est le caractère pluriel de ce métier qui m’a passionné ! »

En 2001, Pierre Tapie ouvre une nouvelle page, en prenant les rênes du groupe Essec. Administrateur de la Conférence des grandes écoles depuis plusieurs années, il y franchit aussi une étape supplémentaire en accédant à la vice-présidence, plus particulièrement chargé des relations avec l’État. « Je me suis notamment beaucoup occupé de toutes les questions de délivrance des diplômes, de tout ce qui tournait autour des masters… Quand, en 2009, il a fallu trouver un président, les collègues se sont tournés vers moi. » Malgré les réticences que lui inspire la charge de travail inhérente à ces fonctions, il finit par se laisser convaincre.

Une notion dépassée

Depuis, il est au cœur de tous les débats qui agitent  l’enseignement supérieur français. Mais le rapprochement entre université et grandes écoles, n’en fait, pour lui, pas partie. « Ce sont des mots très français, opérant une distinction obsolète : aux États-Unis, le terme université recouvre 4000 organisations. Certaines s’appellent Harvard ou Stanford, d’autres accueillent 500 ou 1000 étudiants. Aujourd’hui, des grandes écoles, à l’image de celle que je dirige, sont pleinement des universités. A l’inverse, des campus comme Dauphine ou l’UTC sont de véritables grandes écoles. Seules les contraintes administratives diffèrent ».

Les chevaux de bataille ne manquent cependant pas, à commencer par les quotas d’élèves boursiers que le gouvernement entend imposer dans l’enseignement supérieur. « C‘est une très mauvaise solution pour un problème réel. Aux États-Unis, les gens d’origine afro-américaine ont déjà reconnu que cette obligation entraînait une situation plus difficile encore, dans la mesure où les employeurs savent très bien qu’il y a deux façon d’intégrer les écoles, selon que vous faites ou non partie du quota ».

Pour le patron de l’Essec, les clés de l’ouverture sociale se situent ailleurs. « Même si les choses se sont améliorées grâce aux classes préparatoires qui font un travail extraordinaire, les enfants des cadres supérieurs et professions libérales représentent encore  51% des bacheliers avec mention bien ou très bien. Il faut donc agir de manière systémique,  et pousser dans le secondaire les élèves brillants d’origine modeste. La CGE vient d’ailleurs de présenter un livre blanc de l’ouverture sociale. Il regroupe un grand nombre d’expériences et propositions, dont l’objectif est de tirer tout le monde, et tous les gens d’origine modeste, vers le haut, plutôt que d’agir de façon spectaculaire et ponctuelle ».

Optimiste quand même

Pierre Tapie milite également pour une plus large ouverture sur le monde. Au cœur de ses griefs, l’obligation de dispenser les cours en français, en partie responsable à ses yeux de la perte de compétitivité de la France sur la scène mondiale de l’enseignement supérieur. « On est regardé comme un mauvais français si l’on veut donner des cours en langue anglaise à des étudiants dont 80% sont étrangers. Mais on fait davantage pour la langue française en attirant vingt jeunes francophiles, qui deviendront francophones, qu’en sélectionnant un seul étudiant, qui doit parler français avant de venir chez nous ! Multiplier par trois le nombre d’étudiants étrangers peut rapporter 5 milliards d’euros à l’enseignement supérieur français, si on nous autorise à leur demander des frais de scolarité significatifs ! »

Malgré ces obstacles, Pierre Tapie porte un regard globalement optimiste sur la situation. « D’une manière générale, l’enseignement supérieur français fait un travail de qualité exceptionnelle par rapport aux contraintes qui sont les siennes ! » Il juge de surcroit son évolution positive : « Si j’avais tenu ces propos en 2001, je me serais fait lyncher. Aujourd’hui, la réponse est plutôt : nous ne sommes pas tout à fait mûrs, mais comprenons bien que vous parlez d’un sujet important... »

Pierre Tapie en cinq dates

1977 : entre à Polytechnique
1980 : débute sa carrière comme chercheur au sein du groupe Elf-Sanofi
1990 : nommé directeur de l’École supérieure d’agriculture de Purpan (Esap)
2001 : devient directeur général du groupe Essec et vice-président de la Conférence des grandes écoles
2009 : accède à présidence de la CGE

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