« La dynamique enclenchée dans l’éducation prioritaire est menacée »

Alors que les ZEP fêtent leurs 30 ans, Marc Douaire, président de l'Observatoire des zones prioritaires (OZP), se félicite du bilan « encourageant » des Réseaux ambition réussite que vient de publier le ministère. Il s'interroge cependant sur leur avenir.

Que pensez-vous du rapport que vient de publier le ministère sur les Réseaux ambition réussite (Rar) ?

Il a déjà le mérite d’exister ! Nous en réclamions la publication depuis plusieurs mois. Peut-être parce que la tonalité de ce rapport n’est pas tout à fait dans la ligne ministérielle : il n’entre pas dans le cadre du dépôt de bilan de l’éducation prioritaire, puisqu’il souligne que les Réseaux ambition réussite ont produit des résultats. Pas de façon extraordinaire, bien sûr, et il reste encore beaucoup de travail à faire pour réduire les écarts. Mais le chemin est engagé. Je crois d’ailleurs que cela a un peu surpris tout le monde, y compris au ministère : le bilan apporte une tonalité positive, dynamique, élogieuse, à l’éducation prioritaire.

Quels en sont, pour vous, les points les plus marquants ?

Nous savions que des choses avaient bougé, s’étaient construites, qu’il y avait une dynamique pédagogique. Le rapport le confirme. Il souligne en particulier que les quatre enseignants supplémentaires affectés à ces établissements ont permis de construire des liaisons entre les apprentissages à l’école et au collège, et que ces liaisons sont bénéfiques. Le document évoque ainsi l’émergence d’une culture professionnelle commune dans les Rar, ce qui me paraît très important. Cela signifie que, dans un contexte quand même extrêmement difficile, qu’illustre notamment le rapport de l’Office national des zones urbaines sensibles, toute démarche pédagogique, centrée sur les lieux où l’égalité a du mal à prendre corps, donne son sens à l’école. Il faut donc renforcer cette action, l’encourager, la stimuler.

Quelles sont les clés de cette réussite ? Qu’est-ce qui fait que cela a fonctionné ?

J’y reviens mais, pour moi, la présence des quatre enseignants référents est fondamentale. Issus du primaire ou du secondaire, en partie déchargés de classe, ils prennent en main des groupes de soutien, interviennent à deux dans une classe… Des collègues du second degré viennent à l’école enseigner des mathématiques ou du français, et réciproquement : cela simplifie beaucoup la liaison école-collège, on travaille beaucoup plus précisément sur les difficultés des élèves. Des langages, des évaluations, des livrets de compétences communs se mettent en place… C’est de la qualité supplémentaire offerte aux élèves de ces territoires !

Certains résultats demeurent inquiétants, comme la différence importante dans les compétences de base en 3e

Bien sûr. Il y a encore du chemin à faire et nous sommes loin d’avoir atteint tous nos objectifs. Les progrès ne sont pas uniformes sur tous les réseaux et les écarts demeurent importants. Mais avec quatre enseignants supplémentaires, souvent à mi-temps, on a déjà enclenché une dynamique de progrès. Peut-être faudrait-il mettre un peu plus le paquet ! Et je suis sûr que l’on irait beaucoup plus loin dans les effets bénéfiques. On n’en prend malheureusement pas le chemin.

Que pensez-vous de l’intégration des Rar au programme Clair ?

On peut quand même s’interroger sur la rationalité d’un ministère qui publie un bilan dont il devrait se féliciter, avant de décider de passer à autre chose. Car le programme Clair, ou Éclair maintenant, est un projet politique, différent de l’éducation prioritaire. Depuis 30 ans, cahin-caha, celle-ci poursuit l’objectif pédagogique d’améliorer les résultats et de travailler avec les partenaires, les familles… Le programme Clair est centré sur le climat scolaire et la violence. Cela n’a rien à voir. En outre, tout ceci intervient sur fond de suppression de postes, au moment des opérations de cartes scolaires. Les 856 réseaux d’éducation prioritaire qui n’appartiennent pas aux Rar ne sont, pour la plupart, pas concernés par Clair, et risquent donc purement et simplement de disparaître sans la moindre évaluation.

Que faut-il améliorer dans l’éducation en zones prioritaires ?

Marc Douaire livre son analyse dans le Blog Invités.

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