Sébastien Sihr : « Ces évaluations sont mal ficelées, mal ciblées et mal placées »

Cette semaine, c’est d’une même voix que les syndicats enseignants se sont élevés contre les évaluations des élèves en CM2 en dénonçant un « outil politique » destiné à mettre « en concurrence des écoles entre elles ». Mercredi, c’est toujours unanimement qu’ils ont boycotté les vœux du président de la République. Retour sur ces évènements avec Sébastien Sihr, secrétaire général du SNUipp-FSU, premier syndicat du primaire.

Pourquoi contester ces évaluations des élèves en CM2 ?

Depuis la mise en place de ces évaluations en 2009, nous sommes passés d’outils professionnels au service des enseignants à une évaluation statistique au service du pilotage du système par le Ministère. Ces évaluations sont mal ficelées,  mal ciblées et mal placées.

Mal ficelées puisque par exemple le mode de correction « juste ou faux » ne permet pas de comprendre les erreurs qu’ont pu effectuer les élèves, ni de repérer les réussites partielles. L’outil est donc peu exploitable par les enseignants.

Mal ciblées car si elles doivent permettre de  repérer les difficultés des élèves, elles permettent aussi au système d’avoir des informations sur les acquis des élèves à tous les niveaux, départemental, académique et national. Nous estimons qu’un même outil ne peut avoir ces deux fonctions.

Mal placées car celles de CM2 tombent en milieu d’année. Trop tôt pour avoir un « outil cohérent », les points du programme n’ayant pas tous été consolidés. Et trop tard s’il s’agit de faire une évaluation sur le niveau des élèves, car les enseignants ont besoin de ces éléments au début de l’année pour mener un travail d’équipe, mettre en place des dispositifs d’aide, des re-médiations, dans et hors la classe avec les Rased par exemple.

Que préconisez-vous ?

Des évaluations doivent être de vrais outils professionnels, au service de la réussite des élèves. Dans ce but, elles doivent être placées en début d’année pour fournir une feuille de route aux enseignants, un outil de « diagnostic » qui les aide dans leurs pratiques. Ces évaluations ne sont pas là simplement pour dire ce que les élèves savent ou non mais quels sont leurs points forts ou faibles, quelle est la diversité de leurs pratiques, pour cerner au mieux leurs besoins. Ce type d’outil est positif car il permet aux enseignants de créer dans leur cadre quotidien un réflexe qui n’est pas celui de dire tu as juste ou faux, mais pourquoi as-tu fait cela, et ainsi comprendre ce qui a pu faire obstacle.

Ce principe d’évaluation pourrait être mis en place au collège, quelle est votre position ?

Nous sommes favorables au principe de l’évaluation car elle est consubstantielle à l’acte d’enseigner. L’évaluation doit même faire partie de la formation enseignante, pour apprendre à porter un regard professionnel sur les difficultés et réussites des élèves pour les aider à progresser. Mais nous ne sommes pas d’accord sur la finalité de cet outil qui a été conçu comme un outil de pilotage du système éducatif. Si on veut avoir une évaluation du système éducatif, autant faire ce travail à partir d’un échantillonnage comme Pisa.

Y a-t-il un lien entre les évaluations des élèves, l’évaluation du système et l’évaluation des enseignants ?

Le ministère dément qu’il y ait un lien entre ces évaluations des élèves par académie et l’évaluation de enseignants. Le risque cependant n’est jamais écarté il faut rester vigilant. Ces évaluations ne portent un regard que sur le français et les mathématiques alors que le travail de l’enseignant est beaucoup plus riche, polyvalent, pluriel.  Relation aux parents, socialisation, développement moteur, découverte du monde, des sens, travail d’équipe …Utiliser ces données brutes pour évaluer le monde enseignant serait incohérent et contre-productif.

Quels sont les enjeux du boycott ce mercredi des vœux de Nicolas Sarkozy ?

Le boycott ne fait pas partir de nos pratiques courantes, nous sommes attachés au principe républicain de discussion avec le gouvernement. Mais cette position symbolique correspond à une situation exceptionnelle : 60.000 suppressions de postes, réforme de la formation des maîtres -dont Nicolas Sarkozy a reconnu l’échec-, dialogue social de plus en plus difficile, comme sur les évaluations de CM2. Nous avons voulu marquer d’une pierre blanche ce rendez-vous pour montrer notre désaccord et notre volonté de porter une autre politique éducative qui ne soit pas la réussite de quelques uns au détriment des autres, mais la réussite de tous les élèves.

Le président de la République a déclaré être prêt à une « remise à plat » de la réforme des enseignants…

Il avoue l’échec de sa propre politique en matière de formation des maîtres. Que de temps perdu et de gâchis ! Il a fallu attendre que les stagiaires soient en difficulté professionnelle lors de cette première année. Nous attendons avec impatience qu’il communique le calendrier et le contenu des discussions, nous avons des propositions concrètes. Car la formation des enseignants est un levier indispensable pour faire réussir tous les élèves, y compris ceux issus des milieux les plus fragiles, premières victimes d’un système éducatif devenu trop inégalitaire.

Quelles sont ces propositions ?

Nous souhaitons un parcours de formation professionnelle dès le Master 1 qui articule à la fois des temps de stage, et un contenu didactique et pédagogique qui prenne en compte toutes les dimensions du métier de professeur du premier degré : la maternelle, la psychologie de l’enfant, la scolarisation des enfants en situation de handicap, l’apprentissage de la lecture, du langage…Cette articulation entre stages et contenus pédagogiques doit se faire au sein des IUFM intégrés aux universités. Ensuite, nous souhaitons que lors de l’année d’entrée dans le métier, les stagiaires soient 60% du temps encore en formation et 40% du temps en stage devant élève, et non l’inverse.

Élise Pierre

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