Alain Boissinot a d’abord indiqué que la formation des enseignants est une préoccupation universelle depuis près de 30 ans. La volonté d’améliorer les systèmes éducatifs et les résultats des élèves a généré celle de mieux former les enseignants.

La tendance mondiale actuelle est, pour aller en ce sens, d’augmenter la durée des études des futurs enseignants : globalement, les pays sont passés d’une durée d’études de 3 à 4-5 ans.

Cette formation est devenue un enjeu universitaire majeur. Elle était jadis prise en charge en France par les écoles normales, puis le fut ensuite par les IUFM (instituts universitaires de la formation des maîtres). Ils ont permis de faire le lien entre formation au métier et université, entre professionnalisation et savoir pur, bref d’ « universitariser » la formation.

Le rôle majeur de l’université

Avec la masterisation, la formation repose désormais entièrement sur l’université, or c’est un virage difficile : elle ne délivrait jusque-là qu’un savoir disciplinaire. Mais comment faire la jonction avec la nécessaire acquisition des compétences du métier d’enseignant ? La visée « humaniste » de la discipline peut-elle s’accommoder de la visée « techniciste » ? La revue montre par exemple que la Grande-Bretagne a échoué, en tombant parfois dans un technicisme pur et en réduisant la formation initiale des enseignants à une sorte de bachotage d’items, tandis que la Corée, un des pays les mieux notés par Pisa, a parfaitement réussi à mener de front les deux, en recourant entre autres largement aux TICE.

Masters et concours : une phase transitoire

Pour le recteur, la France est aujourd’hui dans une phase transitoire, le dispositif des masters enseignants étant amené à s’améliorer, et l’université devant s’adapter à ces nouveaux types de formations, parallèlement au système des concours qui demeurent. Ils perdent leur rôle d’évaluateurs des connaissances, rôle qu’ils jouaient encore avant la rentrée 2010 et désormais dévolu aux masters, mais conservent leur rôle d’élément de recrutement. Cette ambiguïté est aujourd’hui difficile à assumer, alors que dans d’autres pays, le diplôme universitaire suffit. Alain Boissinot envisage d’ailleurs qu’à l’avenir, le rôle des masters soit de plus en plus important, et que le concours voit sa place réduite à un simple outil de classement.

Ce qui laisse au concours de l’agrégation une place complexe : où la situer dans un tel contexte ? Elle pourra alors jouer un rôle essentiel d’articulation entre le lycée et la première année d’université, ses lauréats étant affectés exclusivement en lycée et en première année d’enseignement supérieur (université, classes prépa, BTS…).

Des cycles différenciés

Spécialiser davantage les cycles serait d’ailleurs une des pistes à explorer pour améliorer la formation des masters enseignants. Le recteur explique ainsi qu’il serait intéressant de distinguer une formation d’enseignement pour la sixième ou pour la classe de terminale. A ce jour, ce sont les mêmes. Les professeurs des écoles devraient pouvoir aussi se spécialiser plus en maternelle ou en élémentaire. Les métiers ne sont pas tout à fait identiques. Mais pour tous, quel que soit le niveau de classe, la réflexion posée est identique : quels contenus doivent être délivrés dans le diplôme afin d’exercer le métier d’enseignant ? Ce qui sous-tend une autre question : quelle représentation se fait-on du métier d’enseignant ? Un professeur de français doit-il faire étudier uniquement de grandes œuvres classiques à ses élèves ou leur faire acquérir avant tout des compétences de lecture, d’expression orale ou écrite ? Il faut redéfinir ce que l’on juge gratifiant dans le métier.

Des masters bien construits

Alain Boissinot suggère aussi de s’inspirer de certaines méthodes d’enseignement mises en place par l’Académie des sciences notamment, pour arriver à mieux concilier visée scientifique et professionnalisation. Ce que propose La Main à la pâte, où l’expérimentation concrète est centrale, pourrait se généraliser à d’autres disciplines, et faire l’objet de modules pratiques dans le cadre du master.En conclusion, Alain Boissinot voit dans l’allongement du temps de formation des enseignants sur cinq ans, une véritable chance : l’université aura ainsi le temps, dans des masters bien pensés, de délivrer à côté du savoir disciplinaire, un autre savoir, celui des compétences à mettre en œuvre pour délivrer le premier, précisément, dans les meilleures conditions, et quels que soient les élèves.