Les établissements de réinsertion scolaire sont-ils efficaces ?

Depuis la rentrée 2010, 10 établissements de réinsertion scolaire (ERS) ont été ouverts en France. Objectif : offrir une seconde chance aux élèves âgés de 13 à 16 ans ayant fait l’objet d’exclusions successives. Si de violents incidents ont entaché les ouvertures à Craon (Mayenne) et Portbail (Manche), d’autres établissements démontrent que les ERS peuvent être efficaces.

Bagarres entre élèves, dégradations matérielles… Le scepticisme est de mise après les évènements qui ont eu lieu dans les ERS de Craon (Mayenne) et Portbail (Manche), conduisant à l’expulsion d’une partie des collégiens.  Ces collèges de la « deuxième chance » visent à « combler un vide dans le système scolaire actuel », expliquait Luc Chatel lors de la première ouverture d’ERS. « Concentrer des élèves en difficulté de sociabilité au même endroit, quels que soit les efforts et les moyens déployés, est une évidente prise de risque », a souligné d’emblée le SNPDEN.

ERS : Réinsertion sociale et scolaire

A l’heure actuelle, 150 jeunes âgés de 13 à 16 ans sont scolarisés dans une dizaine d’ERS (1), dont les premiers ont ouvert leurs portes en septembre. Ces établissements s’adressent à des collégiens (de 5e, 4e et 3e) dits « perturbateurs », dont le comportement nuit au bon fonctionnement de la classe et de l’établissement. En difficulté scolaire et sociale, ces jeunes ont fait l’objet de multiples exclusions, mais ne relèvent ni d’un placement dans un cadre pénal ni d’un enseignement spécialisé ou adapté.

Objectif des ERS : par la « délocalisation » dans un nouveau cadre de vie en rupture avec leur cadre habituel, proposer à ces élèves une « scolarisation aménagée » afin de les réinsérer dans un parcours de formation générale, technologique ou professionnelle. L’hébergement en internat est préféré pour une prise en charge suivie. Le programme d’enseignement est identique à celui du collège, mais des méthodes pédagogiques spécifiques (ateliers autour de la citoyenneté, de la santé …) ainsi qu’un parcours de formation personnalisé sont mis en place. Enseignement le matin, activités sportives et culturelles l’après-midi … L’accent est mis sur la maîtrise du socle commun de connaissances et de compétences, le réinvestissement dans une démarche d’apprentissage et l’importance du respect des règles de la vie sociale et scolaire.

Des ERS qui fonctionnent

Les incidents de Portbail et Craon qui ont entaché la renommée des ERS ne sont cependant pas majoritaires. Des proviseurs des autres ERS se félicitent de la mise en place du système. «  Ces jeunes en réinsertion ne posent pas de problème en particulier », selon Bernard Fischer, responsable de la cité scolaire Haute Bruche de Schimerck (Strasbourg). « L’expérience est enrichissante pour tous les élèves », constate Jean-François Gerinia, du collège du Trenze à Montpellier (Hérault) (2). A Sannois (Val d’Oise), les retours des profs et parents d’élèves sont « très positifs », affirme Jean-Pierre Hogneré, qui espère que le dispositif soit élargi à davantage de collégiens en échec scolaire. « Les jeunes sont pleinement intégrés à la vie scolaire du collège. Ils mangent, bavardent, font du sport et dorment à l’internat avec les autres. Ce sera un plaisir de renouveler l’expérience »(2). Au collège Paul-Fort (ERS de Dreux), l’expérience débutée en septembre se déroule bien.

Tirer des enseignements

Aux syndicats (3) qui déplorent l’éloignement des jeunes de leurs quartiers et le manque de concertation avec les équipes enseignantes et les familles, le ministère propose un « dialogue permanent » et « 3 pistes d’amélioration ».

Luc Chatel a suggéré le développement d’un « programme sportif spécifique » dans la mesure où le sport peut permettre « l’apprentissage des règles sociales » indispensable aux élèves et favoriser l’émergence de compétences nouvelles et la prise de responsabilités. « Nous allons également multiplier les travaux d’intérêt général » pour que les jeunes « comprennent mieux la sanction, donc la règle, avec une vocation éducative », a déclaré le ministre. Comme un travail, en dehors des heures de cours, dans des associations à but social ou humanitaire ou le fait de se rendre utile pour la collectivité.

Enfin, 3e piste proposée : celle d’un renforcement des « partenariats », notamment avec la protection judiciaire de la jeunesse et avec l’agence nationale du service civique. L’objectif est de « faire appel à des encadrants sportifs, de jeunes retraités de la police ou de la gendarmerie », a souligné Luc Chatel.
Au total, 20 ERS seront ouverts d’ici la fin de l’année scolaire, avec des effectifs de 6 à 15 élèves.

Note(s) :
  • (1) Liste des ERS ouverts sur www.education.gouv
  • (2) Source l’Express.fr
  • (3) Les syndicats enseignants SE-UNSA et FSU ont parlé de « fiasco » et demandé leur suspension. Christian Chevalier, secrétaire général du Se-UNSA, déplore « un manque de préparation et de réflexion sur la structure la plus adaptée aux élèves, au cas par cas », ainsi qu’une « absence de concertation » avec les syndicats enseignants. Bernadette Groisan, du FSU, rappelle que les équipes enseignantes n’ont pas été consultées : « cet éloignement peut être vécu comme une pénalisation supplémentaire », et « placer ensemble des élèves qui ont à peu près le même profil n’est pas une bonne idée ». Sentiment partagé par le SNPES-PJJ.

1 commentaire sur "Les établissements de réinsertion scolaire sont-ils efficaces ?"

  1. Vincentg  3 février 2011 à 17 h 18 min

    Les ERS sont-ils efficaces, s’interroge-t-on ? Une centaine d’élèves concernés sur un total de 12 millions d’élèves, un taux d’encadrement qui tourne à 3 ou 4 adultes pour un élève, est-ce vraiment-là le signe de l’efficacité ?Signaler un abus

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