Lorsqu’il arrive rue de Grenelle, Gilles de Robien possède déjà une solide expérience parlementaire et gouvernementale. Député de la Somme depuis 1986, maire d’Amiens depuis 1989, vice-président de l’Assemblée nationale de 1993 à 1998, il a notamment signé la loi du 11 juin 1996, qui porte son nom, sur l’aménagement et la réduction du temps de travail. Comme ministre de l’Équipement, des Transports et du Logement, il a décidé l’installation des premiers radars automatiques et créé un dispositif de défiscalisation de l’immobilier locatif.

Nomination surprise

Pourtant, le 31 mai 2005, lorsque Dominique de Villepin lui demande de prendre les rênes de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, le député maire d’Amiens passe par plusieurs sentiments. « C’est un ministère auquel je m’étais peu préparé et dont on m’avait fait une description absolument terrible. A la surprise ont succédé l’appréhension, puis finalement une certaine joie ».

Parmi les convictions du nouveau ministre, celle qu’il faut revenir à l’essentiel, moins se disperser et se concentrer sur les fondamentaux, en particulier l’apprentissage du français. « Je me suis inscrit dans la continuité de la loi Fillon, qui définissait un socle minimum de savoirs à maîtriser, auquel je me suis attaché à donner un contenu, en appliquant des méthodes éprouvées et utilisées dans la quasi-totalité des pays. »

Quand il jette un coup d’œil dans le rétroviseur, Gilles de Robien semble relativement satisfait de son bilan. :« J’ai engagé 36 réformes. Certaines ont malheureusement été abandonnées en route, mais il en reste 34 aujourd’hui entrées dans les faits. Il semble notamment que l’on ait un peu progressé pour ce qui est des apprentissages de base ». La mise en place des collèges « Ambition Réussite » figure également en bonne place au rang des fiertés qu’il affiche.

L’échec de la bivalence

En revanche, sa tentative d’imposer la bivalence aux professeurs des collèges se solde par un échec, que Gilles de Robien déplore encore aujourd’hui : « Dans tous les pays d’Europe, les professeurs sont bivalents. Du coup, les élèves passent plus facilement du primaire au secondaire. Ce n’est quand même pas compliqué de connaître le français et une langue étrangère, ou d’enseigner les sciences et les mathématiques ! Cela règlerait également les problèmes d’effectifs, mais les syndicats ne veulent pas entendre parler de bivalence… » Au chapitre des regrets aussi, ne pas avoir eu le temps d’organiser un véritable Grenelle de l’Éducation.

L’ancien ministre, dont le goût pour le dialogue et la concertation est généralement reconnu, conserve d’ailleurs une impression partagée de ses rapports avec les représentants syndicaux :« Je garde un souvenir plaisant et positif des discussions avec eux. Leur expression publique, au sortir de ces séances, était en revanche beaucoup plus désagréable. Il y avait une vraie contradiction entre la qualité du discours tenu pendant les négociations et la posture de principe, souvent hostile, affichée ensuite, qui m’apparaissait parfois comme un acte de déloyauté vis à vis de notre ambition commune. »

« Si on m’appelait… »

Désormais officiellement retiré de la vie politique, il reste passionné par tout ce qui concerne son ancien portefeuille. « La réforme de la formation des enseignants va exactement à l’encontre de ce qu’il faut faire. On n’est pas obligé d’avoir étudié dix ans après le bac pour être un excellent professeur. Mais il faut apprendre à transmettre le savoir, à acquérir de l’autorité sans basculer dans l’autoritarisme… Et puis, nous sommes l’un des pays qui paie le moins bien ses profs. Ce n’est pas bien. En contrepartie, les enseignants doivent assurer davantage de temps d’enseignement et de présence dans l’établissement. »

Finalement, cette plongée dans des dossiers que l’on devine pas tout à fait refermés amène une conclusion inattendue : « Chaque ministre qui passe pense avoir la solution, ajoute des réformes aux réformes, et l’ensemble ne semble pas s’améliorer. C’est décourageant. Mais je ne suis pas découragé. Et je crois que je comprends encore mieux le système depuis que je l’ai quitté. Au point que si l’on me proposait une mission ponctuelle d’un an ou dix-huit mois, je serais partant sans hésiter ! Alors que la première fois, j’y suis allé parce qu’on me l’avait demandé. Mais ce n’est pas un appel… »