Michael Davidson, Soojin Park : « en Corée, les professeurs sont deux fois mieux payés »

Les résultats de Pisa 2009 confirment la place de la France dans la moyenne des pays de l'OCDE, mais aussi une baisse des performances des élèves en mathématiques. Ils consacrent également l'efficacité de certains systèmes asiatiques. Regards conjoints de Michael Davidson, qui a conduit l'ensemble de l'enquête Pisa, et Soojin Park, coréenne et co-auteur de l'enquête.

Shanghai et la Corée du Sud devancent désormais la Finlande en tête du classement. Vous attendiez-vous à cette émergence des pays asiatiques ?

MD : Il faut d’abord préciser que tous les systèmes éducatifs asiatiques n’obtiennent pas d’aussi bons résultats que Shanghai ou la Corée. Taipei, Macao ou la Thaïlande se situent autour ou en-dessous de la moyenne. Plutôt que de considérer la répartition géographique, nous préférons étudier les  caractéristiques communes aux pays qui arrivent en tête du classement.

Nous constatons par exemple que les pays qui, grâce à des parcours éducatifs personnalisés, parviennent à inclure l’ensemble des élèves dans toute leur diversité obtiennent les meilleurs résultats. A l’inverse, ceux qui multiplient les filières selon les capacités et/ou affichent de forts taux de redoublement sont moins performants.

Comment expliquez-vous les progrès coréens, constants depuis une dizaine d’années ?

MD : L’enquête Pisa permet d’obtenir une photographie. Il est ensuite difficile d’attribuer les bons résultats à telle ou telle mesure, et nous devons rester prudents. Ce qui est certain, en revanche, c’est que les progrès coréens sont avant tout le fruit d’une volonté politique. Dès le début des classements Pisa, les autorités coréennes ont décidé qu’elles obtiendraient la plus forte proportion d’élèves possible parmi les meilleurs.

SP : Je pense que ce qui explique les progrès, c’est aussi que les Coréens ne sont jamais satisfaits de leur système scolaire, et s’en plaignent en permanence ! Ils attendent énormément de l’éducation. En conséquence, les autorités ne cessent d’étudier ce qui se fait de mieux ailleurs pour s’en inspirer.

Concrètement, comment cette volonté politique se traduit-elle ?

SP : Les enseignants coréens sont, par exemple, beaucoup mieux payés que leurs collègues français. Après 15 ans de carrière, si l’on rapporte leur salaire au PIB par habitant, un professeur gagne deux fois mieux sa vie à Séoul qu’à Paris. Cela permet d’attirer les meilleurs éléments vers l’enseignement. En Corée, seuls 5% des étudiants, les meilleurs, ont une chance de devenir professeurs. Bien payés, ils sont aussi très qualifiés. Le gouvernement subventionne également des cours de soutien au sein des établissements scolaires pour les élèves les plus défavorisés, qui ne peuvent recourir à des soutiens privés.

MD : Autre exemple : pour améliorer les résultats en lecture, le gouvernement a imposé aux écoles de consacrer une part déterminée de leur budget à cet enseignement. Des programmes d’entraînement ont été élaborés pour les professeurs de lecture, les parents ont été invités à s’impliquer davantage, on leur a appris à épauler le travail scolaire de leurs enfants… En neuf ans, le taux d’élèves obtenant les meilleurs résultats possibles en lecture est passé de 5,7 à 12,9 %.

En revanche, les classes sont surchargées…

SP : C’est vrai que l’effectif moyen est de 36 élèves par classe. Ceci est rendu possible par l’ambiance très studieuse et disciplinée qui règne dans les établissements scolaires. Mais les relations entre élèves et enseignants en souffrent, et  les élèves ne se sentent pas toujours très écoutés par leurs professeurs, qui donnent leurs cours de façon très magistrale. Ces relations profs-élèves s’améliorent mais, comparées aux autres pays, elles ne sont pas encore très bonnes. C’est sans doute l’un des points sur lesquels les Coréens peuvent encore progresser.

Comment les rythmes scolaires s’organisent-ils en Corée ?

SP : Nous sommes en train d’expérimenter la semaine de cinq jours. Tout récemment, les Coréens allaient encore à l’école six jours par semaine. Pour le reste, je ne pense pas que le nombre d’heures d’enseignement par jour soit très différent en France et en Corée. En revanche, les cours de soutien dont je vous parlais tout à l’heure peuvent allonger considérablement les journées des élèves Coréens.

MD : Les journées des écoliers sont longues et les semaines chargées, pourtant si vous comparez le nombre d’heures de cours suivies par un élève de 15 ans, vous arrivez pratiquement au même résultat en Corée et en France. Par ailleurs, en additionnant toutes les heures de cours reçues entre 7 et 14 ans, vous arrivez à un chiffre légèrement inférieur à 6000 en Corée, alors qu’il atteint presque 8000 en France. N’observer que les rythmes quotidien ou hebdomadaire n’est donc pas forcément très significatif.

3 commentaires sur "Michael Davidson, Soojin Park : « en Corée, les professeurs sont deux fois mieux payés »"

  1. jpb1603  21 décembre 2010 à 0 h 53 min

    Les résultats de cette étude montrent à quel point notre « Education nationale » a cessé d’être et un facteur de cohésion sociale et un des moteurs du défunt ascenseur social. On aimerait que les hommes politiques, les enseignants, les parents, en bref, les français l’utilisent pour faire progresser notre système éducatif. Mais, je crains que l’esprit partisan, les corporatismes, et notre incroyable « talent » de donneur de leçons ne nous privent de cette opportunité.
    C’est malheureusement l’avenir de nos enfants et celui de tout un pays que nous sommes en train de compromettre. Si l’expression n’était usée jusqu’à la corde, voire bien au-delà, j’aimerais que l’on parle, enfin, du « Grenelle de l’éducation ». Il n’y a pas d’autre priorité que celle-là, c’est la clé de tout.Signaler un abus

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  2. sicnarf  23 décembre 2010 à 13 h 16 min

    je ne retiendrai que ce point : « C’est vrai que l’effectif moyen est de 36 élèves par classe. Ceci est rendu pos­sible par l’ambiance très stu­dieuse et dis­ci­pli­née qui règne dans les établis­se­ments sco­laires. ». C’est sûr qu’avec nos 36 élèves par classe, dont une bonne moitié de démotivés et bavards (échanges de leurs dernières prouesses en tout genre, par exemple), ce n’est pas la même ambiance et la fatigue de l’enseignant est facilement multipliée par un gros coefficient !Signaler un abus

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  3. coralie  24 décembre 2010 à 14 h 14 min

    Et oui! « ambiance studieuse »… Est-il normal qu’au nom de la paix élèves/parents/administration/profs on laisse les baladeurs, les portables fonctionner pendant les cours ? qu’on laisse les élèves sortir pendant le cours, manger en classe comme sur une terrasse de café ? qu’on surévalue afin soit disant de ne pas frustrer mais d’encourager ? Résultat : il n’y a plus d’exigence… Quel que soit le niveau, l’enseignant doit se faire tout petit…. il faut choisir.Signaler un abus

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