Pourquoi avoir choisi ce thème « savoir contre pauvreté » ?

Réduire de moitié le nombre des affamés en 2015 était le premier des objectifs du Millénaire adoptés par les chefs d’Etats aux Nations Unies en 2000. Honte à nous tous ! Malgré l’opulence, les nouvelles technologies et les extraordinaires découvertes scientifiques, un milliard de personnes environ souffre aujourd’hui de la faim. L’obstacle majeur n’est pas la production, mais l’accès à cette nourriture, tout en faisant face à l’augmentation quantitative de la population et en veillant à ce que le contenu nutritionnel demeure satisfaisant. Et, ceci avec les mêmes ressources naturelles en terre et en eau, largement sujettes aux méfaits du changement climatique. L’adhésion des décideurs et des hommes politiques à une pensée moins consensuelle sur cette question est essentielle. Il faut transporter les nouvelles technologies « du laboratoire au terrain » et veiller à ce que les ressources financières de la recherche soient mobilisées pour s’attaquer aux problèmes des plus pauvres, c’est-à-dire aux problèmes de la majorité de l’humanité.

Sur quels aspects du savoir comptez-vous particulièrement mettre l’accent ?

Au XIXe siècle, un groupe de personnes a conçu l’esclavage comme un vice monstrueux et démesuré, et opté pour son abolition. Nommées Abolitionnistes, ces personnes ont mené leur combat non sous prétexte de leur propre intérêt économique, mais en raison de leur indignation morale. Aujourd’hui, il nous revient de devenir les nouveaux Abolitionnistes. Nous devons combattre les sentiments de complaisance pouvant aveugler le monde, et ne pas détourner notre regard de ce silencieux holocauste qu’est la faim. Nous avons besoin pour cela d’une initiative mondiale, menée par les communautés scientifiques, médicales et académiques en faveur d’une alimentation saine. Et nous devons convaincre les gouvernements de la nécessité de maintenir des réserves en aliments afin de faire face aux situations d’urgence. Le but essentiel de mon cours sera de souligner que la faim dans le monde n’est pas inéluctable, et qu’il existe des solutions.

Quels bénéfices les enseignants peuvent-ils tirer de vos leçons pour leurs classes ?

L’approche pluridisciplinaire à travers laquelle nous abordons le sujet servira sans doute un large public dont font partie les enseignants de primaire et de secondaire. Le discours qu’ils doivent tenir aux enfants doit être simple, à mon avis, vivant, actuel et surtout instructif et optimiste. Nous avons le devoir de remettre aux enfants d’aujourd’hui le flambeau du savoir car ils seront, eux, les décideurs de demain. Enseigner la méthode scientifique, le pluralisme, la tolérance et l’espoir est mon conseil aux éducateurs d’aujourd’hui. Il est temps d’utiliser notre savoir scientifique et les avancées technologiques pour pouvoir relever les défis du futur.

 

Nadia Gorbatko