Intervenir à plusieurs devant une classe ou un groupe d’élèves : la pratique n’est pas nouvelle. Mais elle est en plein développement depuis 3 ou 4 ans, avec l’arrivée des assistants pédagogiques et des professeurs supplémentaires (ou référents) dans les Réseaux ambition réussite (RAR), ou l’intervention dans la classe des maîtres E (Rased).

Préparation indispensable

Quelle que soit la formule, pour ne pas dérouter les élèves et donner l’impression d’une intervention mal préparée, les coanimateurs doivent s’accorder sur la répartition des rôles, ainsi que sur les grandes lignes d’une « mise en scène » : qui entre en premier puis accueille son collègue ? Qui présente le travail ?… Mais le travail ne s’arrête pas là et la préparation disciplinaire par le professeur doit être aussi soigneuse et approfondie que pour un cours « normal ».

D’une manière générale, le professeur de la classe reste en effet le maître d’œuvre de la séance. C’est lui qui prévoit les activités et leur déroulement, en fonction de ce qu’il connaît de ses élèves, de leur progression et de ses objectifs. L’enseignant en appui agit ensuite, sur la base de la préparation de son collègue, pour accompagner des sous-groupes. Pendant que le professeur pilote sa classe, le co-intervenant peut par exemple s’occuper spécifiquement de quelques élèves, pour les aider, les stimuler, les rassurer…

Quelques écueils à éviter

En tout état de cause, pour produire leurs effets, les séances communes ne doivent donner lieu à aucune confrontation entre enseignants. Anne Armand, inspectrice générale de lettres et spécialiste de l’animation pédagogique, écrit ainsi dans un document de l’académie de Bordeaux consacré à la co-intervention : « si la controverse doit rester possible hors des séances, l’efficacité de la co-intervention repose sur la légitimité des co-intervenants et sur la pérennité du fonctionnement. »

Pourtant, comme l’avoue une enseignante interrogée par Luc Ria et Marie-Estelle Rouve, des chercheurs de l’IUFM d’Auvergne, dans une autre enquête sur le sujet, « les rapports entre adultes sont parfois plus difficiles que ceux avec les élèves. […] Nous observons parfois des comportements d’adolescence professionnelle… »

Anne Armand identifie d’autres écueils à éviter : une « pédagogie de la lenteur et de la dépendance », ou la seule « gestion des problèmes de discipline, sans que cela s’accompagne […] d’une collaboration didactique approfondie ». Enfin, le travail en coanimation doit conserver un caractère exceptionnel et se limiter à deux ou trois périodes courtes dans l’année, pour ne pas devenir routinier.

Mais, quand elle fonctionne, les bienfaits potentiels de cette organisation pédagogique différente sont multiples, notamment auprès des élèves en difficulté, qui constituent le public visé prioritairement.

De multiples avantages

Les enseignants qui y ont recours sont unanimes : la co-intervention se montre particulièrement efficace pour l’acquisition et la pratique du langage oral et de l’écriture, ainsi que pour l’apprentissage de la recherche individuelle et la mise en place d’une démarche d’investigation, notamment dans les matières scientifiques. Elle facilite en outre l’acquisition des compétences à un rythme plus élevé.

Les enseignants tirent également profit de ce partage des rôles, qui leur permet d’observer leurs élèves dans une situation nouvelle, de se faire une autre image d’eux et de mieux comprendre les modes de fonctionnement du groupe.

Plus fondamentalement, il les amène parfois à modifier leurs pratiques pédagogiques. Interrogée par Luc Ria et Marie-Estelle Rouve, une néotitulaire en français n’en fait pas mystère : la co-intervention « m’a appris qu’il était possible de faire autrement, possible d’être plus directive parfois, ce que j’ai essayé dans d’autres classes ensuite… »

De manière plus surprenante, un professeur plus chevronné reconnaît dans la même enquête : « pour le moment, les coanimations apportent plus à ma propre pratique qu’aux professeurs avec qui je collabore, du moins me semble-t-il… »