Oliver Schmitz : « Le sida n’est pas pris au sérieux »

Dans le film "Le Secret de Chanda"(1), une jeune Sud-Africaine fait face au rejet superstitieux qui entoure le sida quand la maladie frappe au coeur de sa famille. Le film sort aujourd'hui, Journée mondiale de la lutte contre le sida. Entretien avec le réalisateur Oliver Schmitz.

Comment avez-vous découvert l’existence du livre, et qu’est-ce qui vous a poussé à l’adapter pour le cinéma ?

Le producteur Oliver Stoltz, que j’ai rencontré à Berlin, voulait réaliser un projet avec moi. Il m’a offert le livre d’Allan Stratton, Chanda’s Secrets. J’ai vraiment été ému par l’histoire de cette jeune fille, qui se bat sans relâche pour comprendre ce qui ne va pas avec son quartier, et le monde en général… J’ai eu une réaction très émotionnelle, particulièrement vis-à-vis de la relation entre Chanda et sa mère(2). C’est comme cela que tout a commencé. Après avoir rencontré l’auteur pour obtenir son accord, j’ai commencé à travailler sur un script avec le scénariste canadien Dennis Foon, et le projet a pris forme très rapidement.

Vous avez fait le choix de tourner en décor naturel et non en studio. Avez-vous recruté vos acteurs sur place ?

La plupart des adultes de l’histoire, comme la mère, le beau-père, la voisine,… sont des acteurs professionnels. Mais les enfants n’avaient jamais joué de leur vie, et sont originaires du lieu de tournage : un endroit appelé Elandsdoorn, à 300 kilomètres au nord de Johannesburg, en direction du Mozambique. C’est assez isolé, pourtant on ne dirait pas que c’est à la campagne. Nous avons fait le choix de ne pas tourner dans un bidonville, pour nous détourner du cliché qui veut qu’en Afrique tout soit lié à la pauvreté. Le but du film n’est pas d’illustrer combien les choses vont mal en Afrique. Le sida joue un rôle majeur dans l’histoire, mais le sida n’est pas un problème exclusivement sud-africain…

Vous avez longtemps vécu en Afrique du Sud, avant de vous installer en Allemagne. Que pensez-vous de l’état de la prévention aujourd’hui dans ces pays ?

Je pense que beaucoup d’erreurs ont été commises par le passé, et que des informations déroutantes sur les traitements sont encore à l’origine de beaucoup de désespoir et de confusion en Afrique du Sud. Mais les campagnes d’information sur le sida et l’utilisation des préservatifs se sont multipliées ces vingt dernières années, et l’attitude envers la maladie change un peu plus à chaque génération. La génération de la jeune actrice qui joue Chanda est très consciente de ce problème. Lors de la première du film à Cannes, elle a souhaité parler du sida en public, et de la nécessité de briser le silence. Il est très clair qu’elle ne compte pas détruire sa vie à cause d’une erreur avec un garçon, lorsqu’elle sera plus grande. En Allemagne par contre, le taux d’infection augmente à nouveau. Parfois, j’ai l’impression qu’on oublie le sida. Les gens le rejettent comme une chose du passé, appartenant à la fin des années 1990… C’est un problème qui n’est pas pris au sérieux. Bien sûr, des médicaments existent, mais le sida reste le sida !

Votre film est marqué par la mort et les mensonges, la superstition et le désespoir… Avez-vous forcé le trait, ou pourrait-il s’agir d’une histoire vraie en Afrique du Sud ?

Je n’ai rien créé pour rendre ce film plus intéressant, cela pourrait tout à fait être une histoire vraie. Naturellement, des gens diront que c’est exagéré, tandis que d’autres diront que c’est en dessous de la réalité… Cela dépend vraiment de votre perspective et de votre vécu. Mais il y a plus de 800.000 enfants sud-africains qui ont perdu leurs parents à cause de maladies liées au sida, et beaucoup d’entre eux n’ont aucun soutien, personne n’ose prendre soin d’eux. Nous en avons rencontré. Ils doivent se débrouiller tout seuls pour faire leur vie, ce qui est plutôt dur quand on a quatorze ans ou moins. Et ce n’est pas à ça que la vie d’un enfant devrait ressembler.

Quel message souhaiteriez-vous transmettre aux élèves qui verront votre film ?

J’espère que ces jeunes gens ne rejetteront pas l’histoire de Chanda comme quelque chose de trop étranger, de si différent que ça ne pourrait pas leur arriver. Les conséquences du tabou, du silence, et de l’incapacité de cette famille à admettre ce qui lui arrive sont peut-être portées à l’extrême dans le film, mais je voudrais qu’ils se rendent compte à quel point tout peut être bouleversé si on ne parle pas d’une chose aussi importante.

Sortie aujourd’hui au cinéma, Journée mondiale de la lutte contre le sida.
La recette du 1er décembre sera intégralement reversée à la Fondation Desmond Tutu, pour soutenir les Tutu Testers. Ces cliniques ambulantes permettent aux habitants de se faire dépister grauitement.

Bande-annonce :
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Propos recueillis et traduits de l’anglais par

Pour travailler en classe

La fiche pédagogique du film donne des pistes et des informations pour exploiter le film avec des élèves.

Note(s) :
  • (1) SYNOPSIS : « Dans la poussière d’un township proche de Johannesburg, Chanda, douze ans, découvre, à la mort de sa soeur à peine née, qu’une rumeur enfle dans le voisinage, détruit sa famille, et pousse sa mère à fuir. Devinant que ces commérages se nourrissent d’à-priori et de superstition, Chanda part à la recherche de sa mère et de la vérité… ». Le film est adapté du célèbre roman du même nom.
  • (2) Chanda se bat pour le retour de sa mère, après qu'elle a fui leur village sous la pression des rumeurs sur son état de santé.

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1 commentaire sur "Oliver Schmitz : « Le sida n’est pas pris au sérieux »"

  1. sylvain  25 novembre 2010 à 15 h 55 min

    Superbe projet, félicitation à Olivier SchmitzSignaler un abus

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