Hors-série : L’enseignement des langues vivantes en France (5/8)
Les langues vivantes en primaire

L’enseignement des langues vivantes se généralise progressivement à tous les niveaux de l’école élémentaire. Si cet apprentissage précoce est louable, sa mise en place soulève des difficultés pour les enseignants.

Depuis 2007, l’enseignement des langues vivantes en primaire est officiellement inscrit au programme à raison de 54h par an. L’objectif visé : atteindre le premier niveau du CECRL (Cadre européen commun de référence pour les langues ), le niveau A1, en fin de CM2 : « Les élèves mènent un travail sur les règles de communication, le vocabulaire, la prononciation, et voient les premières formes grammaticales », explique Sébastien Sihr, secrétaire général du SNUipp-FSU.

Une généralisation progressive

Pour l’heure, l’enseignement des langues vivantes concerne tous les élèves du cycle 3 (CE2 à CM2), soit plus de 80% des élèves de CE1 et 47% des CP selon le ministère : « Nous sommes actuellement en phase de généralisation du CE1 », précise René Macron, directeur du bureau des écoles à la DGESCO. « En 2013, tous les écoliers bénéficieront de cours de langue dès le CP. »

Une langue : l’anglais

La majorité des écoles ne proposent qu’une seule langue, à savoir l’anglais. Il n’est donc pas possible de choisir : « la taille des établissements est souvent réduite, ce qui ne permet pas de proposer plusieurs langues », justifie René Macron. « Or, il est difficile d’imposer une autre langue que l’anglais à l’ensemble des élèves. » Résultat : plus de 90%(1) des écoliers apprennent l’anglais. « C’est vrai que l’offre de formation n’est pas très diversifiée, mais elle est en accord avec la demande des familles », confirme Sébastien Sihr.

La polyvalence du professeur des écoles

Que ce soit l’anglais ou une autre langue, l’enseignement est assuré par les professeurs des écoles dans 90% (2) des cas. L’Education nationale prévoit en effet une suppression progressive des assistants de langue et autres intervenants : « dans le premier degré, il y a un attachement à la polyvalence du maître. L’objectif est de permettre au professeur des écoles d’enseigner lui-même les langues vivantes, comme n’importe quelle autre matière », indique René Macron.

De nombreuses formations en langue ont ainsi été dispensées afin d’habiliter les enseignants déjà en poste. De plus, les candidats au concours de professeur des écoles doivent désormais être titulaires du Certificat de compétences en langues de l’Enseignement supérieur (Cles).

Une formation insuffisante ?

Quid des compétences pédagogiques ? « Enseigner une langue vivante à des enfants nécessite des compétences spécifiques », souligne Sébastien Sihr. « Or, les enseignants reçoivent peu de formation pédagogique, que ce soit durant leur cursus initial ou dans le cadre de la formation continue. Ils manquent également d’une approche réflexive sur le fonctionnement de la langue. Du coup, de nombreux enseignants éprouvent des difficultés », dénonce-t-il.

Enfin, l’enseignement des langues vivantes à l’école élémentaire se heurte aux mêmes difficultés que dans le secondaire. Manque de temps pour finir les programmes, des conditions de classe qui limitent la pratique orale, un équipement informatique parfois insuffisant, autant d’éléments qui compliquent le travail des professeurs des écoles.

Note(s) :
  • (1) Source : Enquête 2009 de la DGESCO. 8,67% des élèves apprennent l’allemand et 1,59% apprennent l’espagnol. Les effectifs restants se partagent entre l’italien, le portugais, le chinois, le russe et l’arabe.
  • (2) Source : Enquête 2009 de la DGESCO

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3 commentaires sur "Hors-série : L’enseignement des langues vivantes en France (5/8)
Les langues vivantes en primaire
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  1. Blandine  20 novembre 2010 à 10 h 27 min

    Comme le souligne René Macron, les enseignants du primaire doivent être polyvalents et capables d’enseigner l’anglais. Pour autant le niveau de langue exigé pour les futurs professeurs des écoles, à savoir le CLES2 (niveau B2), me semble démesuré…et inaccessible pour beaucoup.Signaler un abus

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  2. Krokodilo  20 novembre 2010 à 13 h 31 min

    Article presque pertinent, en tout cas moins mensonger que ce qu’on lit habituellement sur le sujet.
    Manque les langues régionales, qui sont pourtant parfois enseignées au primaire.
    On retrouve les habituelles déformations et manipulations, mais qui ne sont pas le fait de l’auteur :
    (…) mais elle est en accord avec la demande des familles » : certes beaucoup de familles choisiraient l’anglais, mais c’est malgré tout une présentation biaisée de la réalité, car on ne peut savoir quel serait le choix des familles au primaire, puisqu’il n’y a jamais eu de choix organisé !
    « Or, il est difficile d’imposer une autre langue que l’anglais à l’ensemble des élèves. » Non, il serait très simple de proposer, par exemple, quatre options : anglais of course, langue régionale, initiation aux langues européennes (différents alphabets, reconnaissance passive, programme type Evlang), autre « grande langue » selon disponibilité locale des PDE, et perso j’ajouterais l’option espéranto.Signaler un abus

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  3. Krokodilo  20 novembre 2010 à 13 h 34 min

    Ce choix réel serait plus facile à mettre en place que l’enseignement de l’anglais précoce, car les programmes type Evlang seraient basés sur des supports pédagogiques et il suffirait d’un enseignant volontaire pour trois écoles primaires proches, un peu comme les langues régionales.
    Inversement, l’anglais précoce est difficile à mettre en place, mal enseigné, imposé, et aberrant car initier à une langue très difficile sur le plan phonétique (taux de dyslexie plus élevé) à un âge où la plupart des enfants peinent déjà avec le français est une folie.
    « L’enseignement des langues vivantes se généralise progressivement à tous les niveaux de l’école élémentaire. Si cet apprentissage précoce est louable(…) »
    Dès l’introduction vous posez en dogme quelque chose qui est loin d’être prouvé : pour profiter de l’oreille des enfants, une initiation au CM1 ou CM2 aux différentes langues, alphabets et sons (notamment ceux qui n’existent pas en français) serait largement suffisante.Signaler un abus

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