Abd al Malik : « Je suis le résultat positif de l’Education nationale »

Titulaire d’une licence en lettres classiques et philosophie, le chanteur Abd al Malik a puisé son amour des mots chez ses professeurs. Pour la sortie de son nouvel album (1), il nous confie ses souvenirs d’école et son regard sur l’enseignement.

Quels souvenirs gardez-vous de l’école ?

Que des bons. Ces années comptent parmi les meilleures. J’ai eu la chance de rencontrer des professeurs qui m’ont donné le goût d’apprendre. J’ai pu développer une curiosité et une ouverture d’esprit. Je me souviens par exemple de mon professeur de culture religieuse (2) au collège. Dès la 5ème, il nous parlait de Voltaire et d’Alain. Il m’a fait aimer la philosophie. Aujourd’hui encore, un ancien professeur de latin m’envoie parfois des livres de philosophie, me disant qu’ils peuvent m’inspirer…

Elève attentif à l’école, les cours finis, vous commettiez des vols, des petits trafics…C’est un comportement un peu paradoxal, non ?

J’ai grandi dans un univers plutôt difficile. J’avais besoin d’être reconnu dans ma cité, c’était une façon d’exister. C’est notamment grâce à mes enseignants que j’ai pris une direction positive. Ils m’ont soutenu et conseillé durant toute ma scolarité. J’ai par exemple commencé la musique très jeune. J’aurais pu décider d’arrêter mes études, mais mon professeur de français m’a incité à poursuivre mes études au moins jusqu’au bac. Il m’a expliqué que c’était un bagage nécessaire, et que j’aurais tout le temps de me consacrer au rap par la suite. L’école a réellement été une chance pour moi, je suis le résultat positif de l’Education nationale. Ce serait bien que ce soit le cas pour tout le monde.

Selon vous, que faudrait-il faire pour que l’école soit une chance pour tous ?

L’investissement des politiques dans l’Education nationale est indispensable. Il faut faire en sorte que les enseignants puissent exercer leur métier : affecter les plus chevronnés dans les secteurs difficiles, désengorger les classes… Dans le cas contraire, les professeurs se transforment en surveillants ou en assistantes sociales. Enfin, nous devons arrêter de les dénigrer. J’entends trop de personnes dire que les enseignants sont des fainéants qui ne font pas leur travail… Je trouve cela très grave.

Les médias relaient régulièrement les difficultés rencontrées par certaines écoles de banlieue. Quel regard portez-vous sur le discours tenu sur ces quartiers dits « difficiles » ?

Il faut arrêter d’uniformiser les choses ! On parle de « La » banlieue comme d’une tribu, en pensant que toutes les banlieues fonctionnent à l’identique. Or, les difficultés ne sont pas les mêmes à Strasbourg qu’en région parisienne, par exemple. C’est également vrai pour l’école. Chaque établissement s’inscrit dans un contexte propre qu’il faut prendre en compte.

Vous critiquez le fait d’associer systématiquement l’école à l’emploi. Pourquoi ?

C’est une vision réductrice. L’école ne sert pas qu’à ça ! Elle nous donne les outils nécessaires pour évoluer dans une société de plus en plus complexe. Elle lutte notamment contre les inégalités linguistiques. Certains jeunes souffrent d’une pauvreté de langage. Ils ne possèdent que très peu de mots. Du coup, ils s’expriment autrement, en particulier  par la violence.

Note(s) :
  • (1) L’album Château Rouge est sorti le 8 novembre
  • (2) Abd al Malik a fait sa scolarité en Alsace, où l'enseignement religieux est obligatoire, y compris à l'école publique.

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