Hors-série : L’enseignement des langues vivantes en France (4/8)
« Nous avons perdu l’aspect professionnel de la formation »

Le président d’honneur de l’Association des professeurs de langues vivantes (1) , Sylvestre Vanuxem, dresse un bilan de la formation initiale et continue des enseignants.

La formation initiale des enseignants a été profondément modifiée avec la mastérisation. Que pensez-vous de cette réforme ?

Nous avons perdu l’aspect professionnel de la formation. Il s’agit d’une grande régression. Les jeunes collègues sont précipités devant les classes. Le système de tutorat est censé les aider, mais cet accompagnement ne se fait pas toujours dans de bonnes conditions. Par exemple, le jeune professeur se partage parfois entre plusieurs établissements, ce qui complique le travail du tuteur. De plus, le climat dans le milieu enseignant est tendu. Si les tuteurs ont envie d’aider leurs jeunes collègues, ils ne veulent pas valider une réforme qu’ils désapprouvent.

Quels sont les besoins des professeurs de langues en matière de formation continue ?

Il y a de gros besoins concernant l’intégration du cadre européen commun de référence (CECR) dans les pratiques pédagogiques. Il s’agit évidemment de connaitre le contenu du CECR, mais surtout de savoir l’évaluer. C’est différent de la notation traditionnelle. Il s’agit d’évaluer de manière positive, et non pas de comptabiliser des fautes. La mise en place de la certification A2 en fin de troisième a ainsi créé un certain nombre de difficultés pour les professeurs.

Il existe également une importante demande de la part des professeurs des écoles. Ce sont eux qui doivent prendre en charge l’enseignement de langue vivante, les intervenants extérieurs étant appelés à disparaître. Mais si les jeunes enseignants ont reçu une formation en IUFM, ce n’est pas le cas des professeurs en poste. Ils se retrouvent à enseigner une matière à laquelle ils n’ont pas été préparés.



Les Technologies de l’Information et de la Communication pour l’Enseignement (TICE) offrent de nombreuses possibilités pour la pratique des langues vivantes. Sont-elles bien intégrées dans les programmes de formation ?

La situation est variable selon les académies. Certains inspecteurs académiques sont très impliqués dans ce domaine, d’autres moins. Cela dépend aussi de l’équipement disponible dans les établissements. En parallèle, il y a également des enseignants qui se forment par eux-mêmes. Il reste en tous cas des efforts à faire sur ce sujet. Des formations sur leurs utilisations pédagogiques et sur la législation concernant l’utilisation des contenus sont nécessaires. Ces outils sont encore flous pour beaucoup d’enseignants. Or, les langues ont beaucoup à bénéficier des TICE.

Où en est-on sur la question de la mobilité des enseignants de langues ?

Il existe différents programmes, comme Socrates, qui permettent aux enseignants de se déplacer à l’étranger. Il peut s’agir de formations individuelles ou d’échanges avec les élèves. Ces démarches sont toujours enrichissantes, car elles permettent aux professeurs de pratiquer la langue, mais aussi de discuter de leurs pratiques avec des collègues étrangers. Nous pourrions encourager la mobilité en facilitant l’organisation de ces programmes, même si c’est toujours difficile pour un chef d’établissement d’accepter le départ d’un enseignant, notamment pour des questions de remplacement.

Pour conclure, quelle proposition feriez-vous pour améliorer la formation des enseignants de langues ?

Se former, c’est un plus. Le privé l’a intégré, le public moins. On estime souvent qu’un enseignant n’est pas productif s’il n’est pas avec ses élèves. Il est important que la formation continue soit réellement intégrée à la carrière, et se fasse de manière plus automatique.

Note(s) :
  • (1) Voir le site de l'Association : http://www.aplv-languesmodernes.org

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8 commentaires sur "Hors-série : L’enseignement des langues vivantes en France (4/8)
« Nous avons perdu l’aspect professionnel de la formation »
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  1. Krokodilo  6 novembre 2010 à 10 h 34 min

    Je m’étonne toujours de cette phrase, qui est presque devenue un cliché, « Il y a de gros besoins concernant l’intégration du cadre européen commun de référence (CECR) dans les pratiques pédagogiques. ».
    Le CECRL n’est qu’une échelle pour évaluer le niveau en langue étrangère (donc forcément une approximation), établie pour avoir un outil commun relativement fiable et cesser de débattre sur les sondages douteux d’Eurobaromètre (« quelle langue parlez-vous, à quel niveau, etc.).
    Evidemment, les éditeurs ont tout intérêt à faire croire qu’il s’agit d’une révolution pédagogique justifiant de nouveaux manuels… mais pourquoi les profs tombent-ils dans ce panneau ? Une échelle commune ne modifie ni la langue ni la façon de l’enseigner. On semble toujours à la poursuite de la méthode miracle pour apprendre une langue étrangère, travail long et difficile qui n’est possible que s’il y a une forte motivation.Signaler un abus

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  2. Krokodilo  6 novembre 2010 à 11 h 36 min

    La certification est une des plus ridicules usines à gaz produites par l’UE, un gaspillage insensé enrichissant essentiellement la GB, là où un tampon et le stylo du prof habituel auraient suffi, ou de deux profs au bac si on craint les tricheries.
    Quant aux TICE, elles devraient surtout permettre une plus grande diversité linguistique dans les établissements, la liberté de choisir ses langues étrangères à l’école.
    L’enseignement des langues marche sur la tête sur le plan structurel, et non pédagogique, faute de définir ses buts sans hypocrisie, alors que seules les questions pédagogiques sont discutées !Signaler un abus

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  3. Laure Peskine  7 novembre 2010 à 13 h 33 min

    Pour bien cerner les difficultés dont parle S.Vanuxem, sur la validation A2 de la langue vivante au DNB on peut consulter les deux enquêtes que l’APLV a organisé à ce sujet :

    – en 2008 lors de l’annonce précipitée de cette validation :
    http://www.aplv-languesmodernes.org/spip.php?article1555

    – et fin 2009 pour savoir comment cette validation A2 s’était déroulée sur le terrain:
    http://www.aplv-languesmodernes.org/spip.php?article3229

    Il convient aussi de préciser qu’il s’agit d’une validation (un des items du socle commun à valider obligatoirement pour l’obtention du DNB) et pas d’une certification. Les certifications en LV existent mais c’est autre chose, elles sont gérées par des organismes extérieurs à l’éducation nationale :
    http://eduscol.education.fr/pid24109-cid51189/certifications-en-langues-vivantes-etrangeres.htmlSignaler un abus

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  4. Krokodilo  8 novembre 2010 à 17 h 34 min

    « dans 17 établissements aucun élève n’a eu le DNB sans avoir la validation A2 en LV (dans un établissement les collègues ont dit avoir volontairement été indulgents), dans 1 établissement 85 élèves ont eu le DNB sans avoir la validation A2 en LV » (etc.)
    Tiens, c’est marrant, j’avais écrit il y a quelques années que l’EN avait fixé des objectifs délirants de B2 au bac et B1 au brevet (au tout début), et devrait soit en rabattre un peu soit tordre les critères d’évaluation pour valider les langues…
    Il est temps de jeter aux orties cette montagne sans cesse croissante de production bureaucratique, de coupage des cheveux en quatre, pour revenir à la réalité : une échelle pratique, le CECRL, soit, mais aussi des langues étrangères inchangées, des établissements où des profs font ce qu’ils peuvent, c’est-à-dire une initiation en langues, plus ou moins poussée selon la filière et la motivation des élèves, souvent faible. Il n’y a là aucun problème pédagogique.Signaler un abus

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  5. susofj  13 novembre 2010 à 18 h 56 min

    Je ne comprends pas l’assurance avec laquelle « Krokodilo » affirme que le CECR n’est qu’une « échelle » pour évaluer le niveau en langue étrangère ». Manifestement, il(elle) n’a pas lu le Cadre, ni les divers ouvrages apparus depuis 2001 consacrés à faire voir la portée de ce document. Je ne veux que citer l’un des aspects: c’est un ouvrage unique en son genre (après la série des Niveaux-Seuils), puisqu’un certain nombre de didacticiens de l’Europe (et pas n’importe qui: il suffit de connaître leur trajectoire et l’ensemble de leurs productions) étaient d’accord en quelque chose, au lieu de rester enfermés chacun dans la logique propre à sa ligne de recherche, son groupe de travail, son pays… Je pense que l’attitude de tout relativiser, de tout voir avec un oeil sceptique, finalement de ne rien faire, est bien l’une des causes des carences de la maîtrise en langues étrangères dans divers pays européens, dont la France…Signaler un abus

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