La formation initiale des enseignants a été profondément modifiée avec la mastérisation. Que pensez-vous de cette réforme ?

Nous avons perdu l’aspect professionnel de la formation. Il s’agit d’une grande régression. Les jeunes collègues sont précipités devant les classes. Le système de tutorat est censé les aider, mais cet accompagnement ne se fait pas toujours dans de bonnes conditions. Par exemple, le jeune professeur se partage parfois entre plusieurs établissements, ce qui complique le travail du tuteur. De plus, le climat dans le milieu enseignant est tendu. Si les tuteurs ont envie d’aider leurs jeunes collègues, ils ne veulent pas valider une réforme qu’ils désapprouvent.

Quels sont les besoins des professeurs de langues en matière de formation continue ?

Il y a de gros besoins concernant l’intégration du cadre européen commun de référence (CECR) dans les pratiques pédagogiques. Il s’agit évidemment de connaitre le contenu du CECR, mais surtout de savoir l’évaluer. C’est différent de la notation traditionnelle. Il s’agit d’évaluer de manière positive, et non pas de comptabiliser des fautes. La mise en place de la certification A2 en fin de troisième a ainsi créé un certain nombre de difficultés pour les professeurs.

Il existe également une importante demande de la part des professeurs des écoles. Ce sont eux qui doivent prendre en charge l’enseignement de langue vivante, les intervenants extérieurs étant appelés à disparaître. Mais si les jeunes enseignants ont reçu une formation en IUFM, ce n’est pas le cas des professeurs en poste. Ils se retrouvent à enseigner une matière à laquelle ils n’ont pas été préparés.



Les Technologies de l’Information et de la Communication pour l’Enseignement (TICE) offrent de nombreuses possibilités pour la pratique des langues vivantes. Sont-elles bien intégrées dans les programmes de formation ?

La situation est variable selon les académies. Certains inspecteurs académiques sont très impliqués dans ce domaine, d’autres moins. Cela dépend aussi de l’équipement disponible dans les établissements. En parallèle, il y a également des enseignants qui se forment par eux-mêmes. Il reste en tous cas des efforts à faire sur ce sujet. Des formations sur leurs utilisations pédagogiques et sur la législation concernant l’utilisation des contenus sont nécessaires. Ces outils sont encore flous pour beaucoup d’enseignants. Or, les langues ont beaucoup à bénéficier des TICE.

Où en est-on sur la question de la mobilité des enseignants de langues ?

Il existe différents programmes, comme Socrates, qui permettent aux enseignants de se déplacer à l’étranger. Il peut s’agir de formations individuelles ou d’échanges avec les élèves. Ces démarches sont toujours enrichissantes, car elles permettent aux professeurs de pratiquer la langue, mais aussi de discuter de leurs pratiques avec des collègues étrangers. Nous pourrions encourager la mobilité en facilitant l’organisation de ces programmes, même si c’est toujours difficile pour un chef d’établissement d’accepter le départ d’un enseignant, notamment pour des questions de remplacement.

Pour conclure, quelle proposition feriez-vous pour améliorer la formation des enseignants de langues ?

Se former, c’est un plus. Le privé l’a intégré, le public moins. On estime souvent qu’un enseignant n’est pas productif s’il n’est pas avec ses élèves. Il est important que la formation continue soit réellement intégrée à la carrière, et se fasse de manière plus automatique.