Boycott de la 9ème Journée mondiale de la philosophie en Iran

De nombreux intellectuels contestent la décision de l'Unesco d'organiser la Journée mondiale de la philosophie le 18 novembre prochain à Téhéran, craignant que l'Iran ne s'en serve comme d'un terrain de propagande.

La Journée mondiale de la philosophie a discrètement vu le jour en 2002, au siège de l’Unesco à Paris. Elle vise notamment à échanger par delà les barrières nationales, pour consolider les « fondements de la coexistence pacifique », et s’interroger sur l’état du monde(1). L’événement a lieu, chaque année, le troisième jeudi de novembre. Dès 2005, ce rendez-vous a acquis suffisamment de notoriété pour être organisé hors de France – au Chili d’abord, puis au Maroc, en Turquie, en Italie et en Russie au fil des ans.

Cette année la directrice de l’Unesco, Irina Bokova, a choisi une destination controversée : l’Iran. La communauté intellectuelle craint que Téhéran ne cherche à se blanchir de ses crimes, en devenant pour un jour le centre de la pensée philosophique mondiale. De nombreux intervenants ont donc annoncé leur décision de boycotter la manifestation.

A commencer par le philosophe allemand Otfried Höffe, qui a renoncé en juillet à prononcer le discours d’ouverture. Dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung, il a critiqué la nomination de Gholam Ali Haddad Adel en tant que président des débats. Haddad Adel a été nommé directeur de l’Institut Iranien de Philosophie sur décision du président iranien Mahmoud Ahmedinejad. Titulaire d’un doctorat en philosophie, Haddad Adel est surtout un homme politique radical et influent. Sa fille est mariée au fils de l’ayatollah Ali Khamenei, le très puissant Guide de la Révolution islamique. « C’est comme si on avait décidé d’organiser une conférence de philosophie à Berlin en 1938 – avec Goebbels comme président de la conférence ! » fulmine Ramin Jahanbegloo, un philosophe iranien qui a échappé de peu à la mort dans les prisons de Téhéran, en raison de ses « contacts avec l’étranger ».

Mais le boycott divise. Pour certains, le gouvernement iranien se verrait inutilement conforté dans son impunité si un « blocus culturel » venait accroître l’isolation du pays. D’autant que l’Iran semble respecter le droit de chacun à la parole : à la connaissance de l’Unesco, aucun participant ne s’est vu refuser de visa.

La Journée ne se limite bien sûr pas à l’Iran. De nombreuses manifestations locales sont prévues dans près de 80 pays, en particulier un « événement spécial » à Paris, en présence de la directrice de l’Unesco, Irina Bokova. Un colloque sera aussi organisé autour de l’enseignement de la philosophie, et de l’impact de l’approche pédagogique actuelle centrée sur des compétences plus que sur des savoirs.

Quant aux partisans du boycott de Téhéran, ils se sont réunis en septembre à New-York pour planifier leur propre Journée de la philosophie, qui aura lieu à la même date, en ligne.

Note(s) :
  • (1) Pourquoi une journée de la philosophie ? http://www.unesco.org/new/fr/social-and-human-sciences/themes/human-rights/philosophy/philosophy-day-at-unesco/why-a-philosophy-day/
Source(s) :
  • The New York Times - 25 octobre

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