Quelle est la spécificité de ‘Word-World’ ?

La série aborde l’anglais de façon inventive et innovante et se fonde sur de nouvelles pratiques d’enseignement émanant des avancées de la recherche. Son originalité repose sur un concept d’apprentissage bilingue. Les émissions proposent d’apprendre une centaine de mots qui sont dits avant d’être écrits ou les deux en même temps, et ce, dans les deux langues. Autre caractéristique de la série : la prise en considération des facteurs affectifs dans le processus d’apprentissage. Les théories et expérimentations en matière d’apprentissage des langues montrent qu’ils sont souvent sources de blocages. En collaborant avec des psychologues, j’ai également découvert que le processus de mémorisation des mots pouvait être bloqué lorsqu’une anxiété trop marquée existait chez la personne. Aussi, dans « Le Monde des mots », aborde-t-on l’anglais de façon décontractée. Quelquefois, un regard adulte (intervention d’un narrateur) moralise un petit peu, mais gentiment, les histoires(3). L’enfant devrait à priori se sentir rassuré, mieux mémoriser, en tous cas ressentir une sympathie pour l’anglais.

Quels sont les principaux points forts de la série ?

La série est ludique et éducative et propose deux niveaux d’apprentissage. L’apprentissage guidé avec l’assemblage des mots qui donne envie de jouer avec eux et la course après les lettres qui leur donne une importance. Avec ces jeux, les petits sont sensibilisés aux sons et à l’orthographe des mots (à la fois en anglais et en français). De plus, les décors, objets ou animaux constitués par des lettres, contribuent à l’apprentissage visuel. Par exemple, on voit de la poussière et il est écrit « dust ». Apprendre en s’amusant, c’est essentiel parce ce que pratiquer une méthode d’apprentissage basée exclusivement sur des aspects sérieux, est une illusion.

Un véritable travail d’adaptation et d’ajustement a été nécessaire pour proposer cette série à un jeune public francophone : quelles ont été vos préconisations en la matière ?


En effet, ‘Word-World’ s’inspire d’un type de programme créé aux Etats-Unis, destiné à aider les enfants anglophones dans l’apprentissage de la lecture et de l’écriture. J’ai donné des conseils pour une adaptation à un public d’enfants français et dû tenir compte des écarts culturels qui existaient entre les deux langues. Au départ, j’ai travaillé la version anglaise, puis la version française. Visuellement, il était important d’utiliser des couleurs différentes pour identifier les mots des deux langues. L’installation d’un bandeau montre [aux petits téléspectateurs] qu’on est à cet instant précis dans un petit moment de réflexion sur ce qui [se] dit, tout en poursuivant l’histoire. En ce qui concerne la prononciation, les acteurs étaient des francophones, mais j’ai vraiment souhaité à ce que les accents toniques soient mis dans la plupart des cas à l’endroit le plus exact possible et que la prononciation ne soit pas déformée. Au niveau de la traduction, nous l’avons adaptée à la situation, c’est à dire à chaque histoire, bannissant une traduction au mot-à-mot.

Comment les enseignants peuvent-ils utiliser la série en classe ?


Je forme notamment les enseignants dans le primaire et j’ai beaucoup observé. Il se trouve que la plupart ne sont pas spécialistes des langues. Pour ces derniers, je crois que certains épisodes peuvent servir de points d’appui mais il serait intéressant qu’ils fournissent un travail de didactisation. Je pense par exemple à l’épisode, vraiment très drôle, qui s’intitule « The Caterpillar »(4). Le maître a la possibilité de faire des liens avec les sciences à condition de bien l’intégrer dans une séquence et le travailler. Les enseignants peuvent également exploiter la série pour réviser gentiment leur vocabulaire d’anglais (oral et écrit) : c’est une façon de regarder les choses et de se les rappeler.