Si apprendre la langue de Shakespeare est obligatoire dans plusieurs pays européens, comme aux Pays-Bas ou au Danemark, ce n’est pas le cas en France. L’idée a pourtant été défendue dans l’Hexagone par la commission Thélot (2003-2004). Dans son rapport, le groupe de travail recommandait de classer l’anglais comme un « savoir-faire » faisant partie du « socle des indispensables ». La maîtrise de l’anglais était considérée « comme une compétence essentielle ».

Jacqueline Quéniart, agrégée d’anglais et ex-membre de la commission, soutient cette position : « Je considère que l’anglais fait partie du bagage du citoyen du XXIème siècle. Selon moi, ne pas maitriser l’anglais de communication est handicapant. C’est la troisième langue en nombre de locuteurs, après le chinois et l’hindi, mais la seule langue internationale. »

Une place dominante à l’école

Si la préconisation de la commission n’a pas été suivie, l’anglais est, dans les faits, quasi incontournable. Il occupe ainsi une place très dominante dans l’enseignement. Etudié par 98% des élèves du secondaire, il est également exigé dans de nombreux cursus de l’enseignement supérieur.

« On accorde à l’anglais un statut particulier dans le système éducatif, regrette Claude Truchot (1), sociolinguiste et professeur émérite à l’université de Strasbourg. Ainsi, l’enseignement des langues commence, désormais, dès le primaire. Mais cette extension de la durée d’apprentissage des langues se fait au bénéfice quasi exclusif de l’anglais. Près de 90% des écoliers choisissent cette langue. » Cette prédominance s’explique notamment par une forte demande de la part des parents.

Un rôle surestimé ?

« La pratique de l’anglais est devenue indispensable dans de nombreux domaines », explique Jacqueline Quéniart. « Pour travailler dans l’hôtellerie, le commerce, la finance, ou encore pour faire de la recherche scientifique, il faut parler anglais. » L’anglais est ainsi considéré comme la langue indispensable, ce que conteste Claude Truchot : « Est-ce vraiment l’anglais qui sert le plus sur le marché du travail ? Je n’en suis pas convaincu. Nous surestimons probablement son utilité. Il faudrait faire une évaluation du rôle réel de l’anglais, et des autres langues. Nous pourrions alors mettre en adéquation l’enseignement et la réalité des besoins. »

Favoriser la diversité linguistique

Des associations d’enseignants, comme l’APLV, ou des linguistes, à l’instar de Claude Hagège, militent pour diversifier l’enseignement des langues étrangères : « C’est important pour favoriser l’ouverture sur le monde, souligne Claude Truchot. Ainsi, les manuels d’anglais ne font référence qu’à la Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. C’est réducteur. Le système éducatif, au contraire, doit favoriser la reconnaissance des différences culturelles. »

Mais pour Jacqueline Quéniart, anglais et plurilinguisme ne s’opposent pas, bien au contraire : « Bien maîtriser l’anglais ne suffit pas. Il faut apprendre une, voire deux autres langues. Mais quand vous disposez déjà de compétences linguistiques, vous les apprenez plus vite. »

L’école a d’ailleurs un rôle à jouer dans ce domaine en aidant les élèves à développer des stratégies d’apprentissage : repérer les mots-clés d’un texte, s’appuyer sur ses connaissances dans une autre langue, autant de techniques qui facilitent le travail de l’élève. Finalement la question n’est peut-être pas de savoir quelle langue apprendre, mais comment l’apprendre ?