Les musiciens sous dictature communiste

La Cité de la Musique à Paris propose jusqu’au 16 janvier une exposition passionnante : "Lénine, Staline et la musique". Elle offre de nombreuses pistes pédagogiques pour les enseignants du secondaire.

Dans le cadre de l’Année France-Russie 2010, le Musée de la musique présente « Lénine, Staline et la musique » , une exposition consacrée à la création musicale soviétique de la révolution d’octobre 1917 à la mort de Staline en 1953.

Le parcours en deux parties de l’exposition retrace, en la replaçant dans le contexte historique et politique, cette vie artistique, d’abord foisonnante, puis devenant l’instrument de la propagande soviétique. Deux figures majeures dominent toute cette période : Chostakovitch et Prokofiev.

Les deux parties de l’exposition opposent les utopies révolutionnaires (1917-1929) et la mise au pas stalinienne (1930-1953), au travers de près de 400 œuvres : partitions, instruments de musique, décors de scènes, peintures, dessins, photographies, photomontages, affiches, extraits de films, à côté d’archives audio-visuelles (documents de propagande, concerts filmés). Grâce à un casque, le visiteur peut écouter de nombreux extraits musicaux, la bande-son des films et la biographie des grandes figures rencontrées dans l’exposition.

Une vie culturelle foisonnante

Jusqu’en 1917, la vie culturelle russe, portée par l’élan révolutionnaire, est très riche : Kazimir Malévitch, Marc Chagall ou Alexandre Scriabine en sont les emblèmes. Cet élan se poursuit sous Lénine, mais les œuvres s’adaptent à l’idéal prolétarien : on voit ainsi apparaître des œuvres d’inspiration industrielle telles que « Le pas d’acier « (1927) de Prokofiev écrit pour les Ballets russes ou la même année, « Les Fonderies d’acier » de Mossolov. Dans les années 20-30, de grands spectacles révolutionnaires de masse sont également donnés en extérieur, à l’occasion par exemple de la commémoration du 1er mai. L’exposition permet d’écouter dans ce contexte « La Marseillaise russe »…

En 1929, une œuvre peut symboliser la création artistique de cette période, car elle réunit tous les plus grands noms : « La Punaise », opéra de Chostakovitch, texte de Maïakovski, mise en scène de Meyerhold, et décors de Rodtchenko.

La rupture

A partir de 1930, l’art doit être conforme à une seule esthétique : celle du réalisme socialiste. Les films d’Alexandrov, « Le Cirque » en 1936 et « La Voie lumineuse » en 1940, sont ainsi emplis de chansons patriotiques. Dans son ballet « Le Boulon » (1931), Chostakovitch s’attaque au capitalisme et à l’impérialisme occidental, tandis qu’Eisenstein dans ses films « Alexandre Nevski »(1938) et « Ivan le Terrible » (1944) vante les mythes fondateurs de l’identité slave. Quant à Alexandre Rodtchenko, il ira photographier pour en vanter les mérites le canal de la mer Blanche à la mer Baltique : ce gigantesque chantier a été réalisé par les prisonniers du goulag, 25 000 d’entre eux y ayant laissé leur vie.
Suite à une partie consacrée à son apothéose en tant que vainqueur des nazis, l’exposition se termine sur la mort de Staline. Après sa mort souffle un nouveau vent de liberté sur les arts et après quarante-huit ans d’exil, Stravinsky, en 1962, revient dans son pays…

Cette exposition extrêmement riche sera un support de cours idéal pour les enseignants de collège et de lycée, en musique, en histoire, en histoire des arts, en français…

Et pour tout un chacun, elle est l’occasion de découvrir un pan essentiel de l’histoire artistique et de comprendre quels types de relations les artistes peuvent bien entretenir avec un pouvoir tyrannique.

Pour travailler en classe

Un dossier enseignant sur l’exposition est disponible.

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