Valérie Pécresse : « J’ai l’impression d’avoir construit quelque chose »

En exclusivité pour VousNousIls, Valérie Pécresse a accepté de se prêter au jeu du portrait. Durant un long entretien, elle évoque sa famille, son parcours et l'influence qu'il a pu avoir sur son action ministérielle, le regard qu'elle porte sur la politique. Sans éluder non plus le souvenir d'une année 2008 marquée par l'opposition du monde universitaire à ses réformes.

« Au départ, je voulais être actrice, ou psychiatre, comme mon grand-père. Spécialiste de la dépression, il s’est battu pour qu’elle soit reconnue comme une maladie, et je l’admirais beaucoup. Je trouvais très beau de soigner l’âme des gens. Mais les études de médecine m’ont rebutée ».

Pas toujours si simple

Bachelière à 16 ans, major finances de HEC à 21, sortie deuxième de l’Ena à 25, Valérie Pécresse se défend en effet d’avoir eu un parcours scolaire sans embûches : « J’ai connu des difficultés scolaires, comme tous les enfants et adolescents. J’ai notamment beaucoup souffert en première parce que, littéraire contrariée, j’avais un gros problème avec les maths. Ensuite, j’ai eu un gros coup de blues en intégrant HEC, parce que ce n’était pas du tout ce à quoi j’aspirais. »

Au point de préparer l’Ena en cachette de ses parents et de son frère. « J’avais tellement peu de chances de réussir que je ne voulais pas qu’on se moque de moi, ni qu’on me décourage. Et puis, c’était l’époque des golden boys, où l’on qualifiait l’État et le service public de ringards. Or, j’ai toujours rêvé de projeter mon pays dans le futur ».

En tant que ministre, Valérie Pécresse avoue donc vouloir corriger des travers vécus douloureusement dans son enfance. « La revalorisation des filières littéraires est un combat qui me tient beaucoup à cœur. Je ne comprends pas, par exemple, que les études de médecine soient inaccessibles aux littéraires à cause de l’hypersélection par les maths, qui peut même transformer des jeunes brillants en élèves médiocres ».

L’université dans le sang

A sa sortie de l’Ena, la future ministre enseigne le droit constitutionnel à l’IEP de Paris, puis entre au Conseil d’État, comme commissaire du gouvernement. En 1998, elle rejoint l’Élysée, et l’équipe des conseillers de Jacques Chirac, qu’elle initie aux nouvelles technologies. « C’était juste après la dissolution. Tout le monde lui tournait le dos, persuadé qu’il avait son avenir derrière lui. Lui voulait acquérir une vraie vision du monde qui l’entourait. Le premier sujet sur lequel il voulait travailler, c’était Internet et les nouvelles technologies. J’étais spécialisée dans le droit de l’Internet, qui balbutiait encore. Mon premier travail a donc été de lui faire manier le mulot ! »

Fille d’un professeur d’économie à la fac, Valérie Pécresse « biberonne l’université » depuis qu’elle est toute petite. Elle n’hésite donc pas une seconde lorsque François Fillon lui propose le ministère de l’Enseignement supérieur, auquel elle fait d’ailleurs rattacher la recherche. « Mon père est fils de merciers de Gap. C’est le dernier d’une famille de sept enfants, le seul qui est monté à Paris. Quand sa fille est devenue « sa » ministre, ça a été un moment très fort ».

La suite est moins paisible. Sitôt nommée, Valérie Pécresse fait adopter sa loi sur l’autonomie des universités, et se trouve confrontée au mouvement le plus important qu’aient connu les campus depuis bien longtemps. « Quand on fait de la politique, on ne peut pas avoir d’états d’âme. Je savais que nous allions dans la bonne direction, puisque tous les autres pays avaient ouvert la voie. Je savais aussi que ce serait très dur et que, si on m’avait proposé le portefeuille, c’était peut-être parce que personne n’en voulait ! Mais, pour moi, un politique, c’est avant tout quelqu’un qui a le pouvoir de changer le visage du pays. »

« C’est difficile, mais j’aime ça… »

Une fois la loi votée, la ministre s’est donc accrochée à son fauteuil. « Je me suis battue pour le conserver. Car, contrairement à ce que l’on dit souvent, une réforme est tout entière dans son application. Et là, après trois ans et demi, j’ai le sentiment d’avoir construit quelque chose. Si on me laisse encore deux ans, je me dis qu’entre l’autonomie, les opérations campus, le rapprochement avec les grandes écoles… on aura vraiment changé l’université. »

Politique dans l’âme et jusqu’au bout des ongles, l’élue des Yvelines reconnaît par ailleurs prendre un certain plaisir dans ces joutes. Battue lors des dernières régionales en Ile-de-France, elle a fait de cette élection son prochain objectif. « La violence du monde politique est abominable. Ça défouraillait au moins autant dans mon camp que dans l’opposition. Mais, en réalité, au fond de moi, j’adore ça. Même quand je rentre détruite, après deux évacuations de facs, deux manifs, ou deux attaques en dessous de la ceinture sur Internet ».

Le repos, Valérie Pécresse le trouve en famille, auprès de son mari et de leurs trois enfants de 14, 13 et 7 ans. « Nous sommes extrêmement soudés et organisés. Je m’appuie sur les deux grands-mères, nos frères et sœurs, les amis… Nous avons une organisation presque villageoise, et nous essayons de nous préserver un week-end à cinq de temps en temps. Pour le reste, j’ai dû renoncer à tout ce que j’aimais faire : la cuisine, du sport, aller au théâtre… » Car la ministre ressort toujours très vite du village, pour repartir en campagne…

Valérie Pécresse en cinq dates

1983 : bache­lière, à 16 ans
1992 : sort 2ème de l’Ena
1998 : entre à l’Élysée comme char­gée de mis­sion auprès de Jacques Chirac
2007 : nom­mée ministre de l’Enseignement supé­rieur et de la Recherche
2008 : adop­tion de la loi LRU

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