Pourquoi avez-vous choisi d’adapter le livre de Tatiana de Rosnay ?

Comme des millions de lecteurs à travers le monde, l’histoire m’a bouleversé. Et le fait qu’elle s’inscrive dans un point de vue contemporain était original et passionnant. On ne fait pas que s’attacher aux faits historiques, on étudie aussi leurs conséquences sur les générations futures. Comment notre passé résonne dans le présent pour façonner notre avenir.

Cette histoire a-t-elle une résonnance particulière pour vous ?

J’ai perdu une partie de ma famille dans les camps de concentration. C’est donc un sujet qui me touche particulièrement.

Comment avez-vous travaillé pour reconstituer le Vel d’Hiv et le camp de Beaune-la Rolande, au niveau technique, et au niveau historique (sur quels documents ou témoignages vous êtes-vous appuyé) ?

Nous avons reconstitué le Vel d’Hiv à partir du vélodrome Jacques Anquetil à Vincennes, que nous avons ensuite retouché à l’aide d’effets spéciaux numériques sur la base d’une série de photos. Le résultat est donc très proche de la réalité. Pour Beaune-la-Rolande, nous avons reconstruit une partie du camp en île de France, et l’avons ensuite agrandi en numérique, nous basant sur des photos et des plans que nous avons récupérés au CERCIL, l’organisme spécialiste du lieu. Le résultat est donc également très proche de la réalité. Mais cette partie de mon travail n’était ni la plus difficile, ni la plus intéressante. Ce qui me tenait à coeur était le réalisme des scènes, donner la sensation au spectateur d’être au milieu de cette foule de gens déportés. J’ai donc rencontré des survivants (Annette Muller, Arlette Testyler) pour écouter le récit de leurs souvenirs : le bruit, la chaleur du Vel d’Hiv, le fourmillement permanent de ces gens paniqués qui ne comprenaient pas vraiment ce qui leur arrivait. La vérité du film vient de là, essayer de traduire au mieux ces sensations à l’écran.

Kristin Scott-Thomas est au mémorial de la Shoah devant les murs des noms. Cette scène très forte ne pourrait-elle pas contenir le sens de votre film : aider à donner un nom, un visage à ces milliers d’enfants, incarnés par Sarah et son petit frère ?

Si, à toujours parler des millions de morts, on a fini par oublier les destins individuels qui se cachent derrière le nombre. Je pense qu’il faut parfois savoir sortir de l’abstraction des statistiques pour rendre aux victimes leur humanité. C’est un des buts du film. En suivant le destin d’une famille, on mesure finalement mieux la souffrance de l’ensemble d’une communauté.

Votre film montre les répercussions présentes de la tragédie sur une famille juive, mais également sur des familles non juives. Cet angle original était-il important à explorer pour vous ?

Oui. La guerre a été vécue par tous, et la plupart ont souffert. Il est important de ne pas l’oublier. Certains ont collaboré, d’autres ont été des héros, la majorité essayait avant tout de survivre. Il est temps aujourd’hui d’étudier cela de manière mature pour sortir des schémas manichéens.

Que souhaiteriez-vous que les élèves, qui verront et étudieront votre film en classe, retiennent avant tout ?

S’ils sont émus par le destin de Sarah, qu’ils réalisent qu’il y a malheureusement d’autres Sarah dans les nombreux conflits qui sévissent dans le monde actuellement. Sarah est intéressante sur un plan historique, bien sûr, comme point d’entrée pour étudier la Shoah, mais elle l’est, je crois, encore plus si on la comprend dans toute son universalité. Le passé doit nous aider à éclairer le présent pour construire un meilleur futur.