Prof : un métier qui plaît toujours ?

Si l'on se fie aux seules inscriptions aux différents masters d'enseignement, le métier de professeur semble attirer moins de candidats que par le passé. Peut-on toutefois parler de véritable désaffection ? Les avis croisés et parfois contradictoires de Josette Théophile, directrice des ressources humaines au ministère de l’Éducation nationale et de Simone Bonnafous, vice-présidente de la Conférence des présidents d'université.

Au vu des chiffres et des tendances de ce début d’année, diriez-vous que les métiers de l’enseignement sont victimes d’une certaine désaffection ?

Josette Théophile : Non. Il n’y a pas de désaffection pour le métier. Deux séries de concours ont été organisées cette année. La première, au printemps, a permis d’affecter des professeurs stagiaires à la rentrée. Nous ouvrons actuellement une nouvelle vague d’inscriptions pour les concours de la fin de l’année. A partir d’un vivier qui reste identique, il est assez normal de constater une baisse du nombre de candidats, qui est par ailleurs également reliée, avec des courbes différentes, à la baisse du nombre de postes que nous avons proposés dans la deuxième série.

Simone Bonnafous : Nous constatons une chute des inscriptions aux préparations dans nos universités, que ce soit pour le premier ou le second degré. C’est un phénomène nouveau, qu’il s’agit désormais d’analyser et d’interpréter, pour savoir si c’est le métier qui n’attire plus, ou si cette baisse est liée aux conditions actuelles. Elle ne tient, en tout cas, pas au calendrier. C’est vrai qu’il y a deux sessions cette année, mais il ne s’agit que de l’année civile. La session de printemps portait sur l’année universitaire 2009-2010. Celle de l’automne concerne l’année universitaire 2010-2011. Il ne s’agit donc pas du même concours.

La chute des inscriptions est donc quand même réelle…

Josette Théophile : Les chiffres ne sont pas comparables. En effet, avec la réforme, tous les masters permettent de s’inscrire aux concours. Les masters spécialisés qui existent aujourd’hui ne peuvent donc pas être comparés à ceux d’hier. Il y a effectivement moins de monde. Mais cela ne signifie pas qu’il y a une désaffection pour le métier, puisqu’il y a désormais plusieurs chemins d’accès.

Simone Bonnafous : Ça c’est vrai, et c’est même ce qui est inquiétant ! Si on estime qu’avec un master de droit notarial, on peut réussir le concours aussi bien qu’en ayant suivi un master d’enseignement, c’est grave ! Cela veut dire que l’on estime inutile de se préparer à ce métier. Que les concours ne soient pas au point, et qu’il faille encore les faire évoluer, nous sommes les premiers à le dire. Tout comme il faut encore faire évoluer la réforme dans son ensemble. Mais quand même… La possibilité existe sur le papier, dans la pratique c’est moins simple. Il y a quand même des contenus aux concours. Vous pouvez effectivement passer un Capes d’allemand avec un master de droit médical…. Le réussir sera sans doute plus difficile ! On peut aussi tenter Polytechnique sans avoir fait de maths…

La politique de suppressions de postes menée depuis plusieurs années ne décourage-t-elle pas bon nombre de vocations ?

Josette Théophile : Décourager des vocations, je ne crois pas. Car le volume global de ces suppressions, rapporté au nombre d’enseignants, ne permet pas de conclure que ce n’est plus la peine d’aller vers ce métier. J’ajoute qu’avec le volume des départs en retraite attendus dans les années qui viennent, nous aurons toujours des possibilités de recrutement et d’embauche importantes.

Simone Bonnafous : Il serait sans doute intéressant de poser la question directement aux étudiants, car nous ne pouvons qu’analyser des chiffres. Mais cette politique constitue probablement l’une des explications majeures à la baisse des inscriptions. Car les étudiants ne sont quand même pas idiots : ils hésitent à se lancer dans la préparation d’épreuves alors qu’ils voient chaque année le nombre de postes baisser… Et, même si les diminutions de postes varient selon les concours, le discours général n’est pas encourageant pour les jeunes. Car l’annonce répétée de suppressions massives dans l’Éducation nationale provoque une inquiétude plus globale sur le devenir de l’enseignement public. C’est là que l’on rejoint cette idée de désaffection éventuelle, qu’il faudrait cependant creuser.

Les syndicats évoquent de nombreuses démissions depuis le début de l’année parmi les stagiaires qui arrivent devant les classes. Qu’en est-il ?

Simone Bonnafous : Très honnêtement, je ne sais pas. Je suis dans l’académie de Créteil, qui est une académie difficile où il y a toujours des démissions. J’ignore si elles sont en hausse cette année. Fin septembre, cela me paraît tout de même un peu tôt pour se faire une idée précise.

Josette Théophile : C’est un point que nous suivons avec beaucoup de vigilance. Il n’y a pas plus de démissions cette année que par le passé. Il n’y en a d’ailleurs, a priori, pas moins non plus ! En outre, bien souvent, ces démissions en début d’année ne sont pas le fait des nouveaux professeurs stagiaires, mais plutôt de stagiaires de l’année précédente qui n’ont pas été titularisés et qui, entre temps, ont décidé pendant l’été de s’orienter vers un autre métier. Mais, encore une fois, les chiffres n’ont pas évolué et tournent toujours entre 300 et 400 par an, tous degrés confondus, sur environ 16.000 personnes.

N’avez-vous pas le sentiment que l’image du métier d’enseignant s’est quand même dégradée, qu’il s’agisse des conditions de travail ou du statut social ?

Simone Bonnafous : Là encore, il faudrait mener des enquêtes auprès des jeunes, mais l’analyse me semble un peu plus compliquée que cela. Tous les jeunes ne sont pas des traders en herbe. Nous sommes en présence d’une génération qui est aussi celle du développement durable, de la responsabilité sociale, de l’engagement, du bénévolat… Elle n’est donc pas complètement soumise au regard extérieur et au dictat de l’argent. Les métiers de la santé ou du social attirent toujours beaucoup, alors qu’ils ne sont pas forcément les plus rémunérateurs. C’est vrai que le métier d’enseignant n’est pas valorisé par certains. Mais on voit aussi aujourd’hui des jeunes issus d’écoles de haut niveau, de commerce ou d’ingénieurs, qui font ensuite le choix de venir dans l’enseignement, pour vivre dans un autre monde de valeurs, exercer un métier plus fondé sur le service à l’autre…

Josette Théophile : Je pense surtout que le métier d’enseignant est en train de vivre une importante évolution dans son contenu… Les classes sont devenues plus hétérogènes, avec des élèves et des niveaux d’investissement très différenciés. Aujourd’hui, la transmission d’un savoir reste l’essentiel du métier. Mais il faut tenir compte des capacités d’apprentissage, et cette transmission va désormais de pair avec un accompagnement plus personnalisé de chaque élève et la nécessité de faire régner une certaine discipline dans la classe. Tout cela peut susciter un certain retrait et des difficultés d’adaptation, plus fréquents toutefois chez les anciens que chez les jeunes enseignants.


Patrick Lallemant

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7 commentaires sur "Prof : un métier qui plaît toujours ?"

  1. Falagar  1 octobre 2010 à 16 h 05 min

    Bonjour,

    j’ai passé le CRPE cette semaine, la session 2008, la nouvelle mouture du concours. Les épreuves ne paraissaient pas tellement différentes des années précédentes, hormis qu’il n’y a plus de pédagogie. Par contre l’absentéisme était remarquable, je dirais entre 1/3 et 1/4 des concourants dans la salle où j’ai buché , étaient présents, soit 2/3 à 3/4 d’absent ! si il ne s’agit pas de désaffection, de quoi doit on donc parler ?

    Je remarque beaucoup d’hypocrisie dans les propos que j’ai pu lire. Le concours CRPE a toujours était ouvert à toutes les licences avant la réformes. De plus cette année les femmes ayant trois enfants et les athlètes de haut niveau ne semble plus pouvoir passer le concours sans titre de diplôme. Les syndicats se sont bien gardés d’en parler.Signaler un abus

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  2. claudia75  1 octobre 2010 à 23 h 38 min

    Les 2 personnes qui répondent appartiennent aux structures de l’état……… elles essaient d’être objectives mais on se rend compte de la difficulté que cet exercice de style leur oppose, car on peut facilement voir que leur position dominante ne les autorise pas à tirer à boulet rouge en dénigrant les nouvelles formations proposées……réponses empruntées plus ou moins alambiquées et pas vraiment persuasives.Signaler un abus

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  3. dubonsens  2 octobre 2010 à 11 h 23 min

    Connaissez-vous un métier où l’on travaille 7 ans de moins que les autres (2 mois x 42 ans),tout en étant bien payé, sûr de ne pas être viré et de percevoir une bonne retraite? Une majorité de Bac+5 sont prêts à s’engager. Il suffirait de leur avouer que l’on peut être admis aux concours (CAPES, CAPET, Agreg) avec 5 de moyenne dans sa spécialité(Voir rapport des jurys). Ainsi ils seraient mis en confiance!!Signaler un abus

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  4. poirier49  2 octobre 2010 à 13 h 02 min

    Professeur retraitée, je déconseille, sans états d’âme, à tout jeune qui l’envisge d’,opter pour cette carrière qui hélas, ne présente plus les attraits qu’elle possédait….il y a déjà assez longtemps. Elèves devenus si difficiles qu’il faut passer une bonne partie du temps à « faire la police », élèves refusant le moindre effort,administration peu compréhensive, parents d’élèves envahissants et tout puissants…etc.Signaler un abus

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  5. pilou  4 octobre 2010 à 18 h 42 min

    Beaucoup vivent avec l’imagerie du prof assis sur sa chaise avec les élèves se taisant et écoutant sans broncher…Aujourd’hui, avec mes 30 élèves, j’ai fait la discipline pendant 30 à 50 minutes, géré les conflits à chaque retour de récréation, admis les leçons non sues, les mots indignés des parents (que 4 aujourd’hui) car 10 mots à apprendre c’était trop dur (classe de ce2).Enseigner est presque devenue une lubie certains jours… Que ceux qui ne me croient pas viennent, sans souciSignaler un abus

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