L’anglais, une langue « trop omniprésente » pour l’APLV

Sylvestre Vanuxem, de l'Association des professeurs de langues vivantes, dresse un bilan de l'enseignement de l'anglais aujourd'hui en France.

Pouvez-vous vous présenter ?

J’enseigne depuis 24 ans. Je suis professeur agrégé d’anglais à l’IUT de Villeneuve-d’Ascq. Je dépends de l’université de Lille-1. J’ai quitté mes fonctions de président de l’Association des professeurs de langues vivantes (APLV) en 2008. Je continue à siéger au bureau de l’association. Comme mes prédécesseurs, j’en suis aujourd’hui président d’honneur.

Depuis quand existe l’APLV ?

Depuis 1903. C’est, je crois, la plus ancienne association de spécialistes de France. Elle compte à peu près 3.000 membres, entre les adhésions individuelles, et les établissements membres abonnés à nos publications.

Pour vous, est-ce que l’anglais est bien enseigné en France ?

Oui. Je pense que la volonté de bien faire les choses est là. Il y a une remise en question permanente de la part des enseignants et des instances officielles, il y a une véritable réflexion pédagogique… Mais sur le terrain, la France doit faire face à des obstacles inconnus du reste de l’Europe. Il y a un vrai « poids » du français. Le français est encore parlé un peu partout dans le monde, c’est l’héritage de la colonisation et de la francophonie notamment. Il nous faut faire cette démarche d’expliquer à l’élève en quoi l’anglais est important, et trouver la place de la langue étrangère vis-à-vis du français. Alors qu’aux Pays-Bas -par exemple- il y a une culture de la version originale, les télévisions et le cinéma n’y sont pas doublés… Là-bas, les élèves intègrent naturellement la nécessité d’apprendre d’autres langues pour se faire comprendre.

Combien d’élèves apprennent l’anglais en France ?

C’est la langue statistiquement la plus étudiée, du primaire jusqu’à l’université. Dans le secondaire par exemple, d’après les chiffres les plus récents de la DEPP, l’anglais est étudié par 5 millions d’élèves, soit 94% de ceux qui étudient une première langue vivante. Il n’y a pas de chiffres précis pour l’enseignement supérieur, mais la médecine est une des dernières filières universitaires où il n’y a pas d’anglais. Ailleurs, il y en a partout…

Est-ce que l’anglais n’est pas trop omniprésent ?

Cela a toujours été le propos de l’APLV. Comme nous sommes une association multilingue, nous estimons que toutes les langues sont intéressantes. D’autant qu’avec cette omniprésence mondiale, l’anglais est aujourd’hui considéré plus comme un vecteur de communication, que comme une langue, avec ses racines culturelles. C’est dommage, ça vide l’anglais de sa substance, et ça rend notre profession moins intéressante.

Il est donc important de ne pas réduire l’apprentissage de l’anglais à l’apprentissage du vocabulaire ?

Je ne vais pas occulter la réalité : dans certaines formations professionnalisantes, il est normal de mettre l’accent sur la communication et sur un anglais « pratique ». Les étudiants auront besoin de l’anglais sur le marché du travail. Mais même les textes les plus techniques nécessitent quelques références culturelles pour être compris dans leur ensemble. Je l’observe tous les jours à l’IUT. Si on n’enseigne que le petit nombre de mots incontournables pour communiquer, pour pouvoir travailler, et aucun élément de civilisation, alors l’élève n’aura qu’une vision partielle de la réalité de son interlocuteur. Par exemple, en anglais, il n’y a pas de futur. Un Français qui s’exprime au futur a une sorte de calendrier dans la tête, alors qu’un anglophone voit le futur comme une supputation sur l’avenir avec plus ou moins de chances de se réaliser… C’est une toute autre vision du monde ! Si on a le vocabulaire mais qu’on n’a pas ce genre de notion culturelle, on ne peut pas aller très loin dans l’échange. C’est le problème avec cette nouvelle espèce de langue, dérivée de l’anglais et totalement orientée sur la communication, le « globish » – un concept qui m’attriste.


Pour en savoir plus sur l’enseignement des langues vivantes en France, découvrez notre Hors-Série.

6 commentaires sur "L’anglais, une langue « trop omniprésente » pour l’APLV"

  1. Secotine  24 septembre 2010 à 14 h 17 min

    L’Anglais bien enseigné en France ? Ce Monsieur doit vivre sur une planette autre que la mienne. Juste un exemple :mon petit fils en primaire n’a pas eu ou presque de cours d’anglais, en 6ème il a eu 4 professeurs différentds pour cause de congé maladie ou maternité avec les périodes « sans profs » que cela comporte sans oublier les jours de grève. En 5ème, depuis la rentrée, son enseignante enceinte a déjà été absente avant de prendre son congé maternité en novembre. Le niveau d’anglais est « lamentable » et c »est le « prof d’anglais retraité »‘ qui assure le rattrapage, mais tout le monde n’a pas un « prof de langue » à la maison. Et annoncer que tant de millions d’élèves « apprennent » l’anglais ne veut pas dire qu’au terme de leurs études ils parlent ou comprennent l’anglais. J’entends plus du « ça sert à rien » que du « c’est utile » chez les élèves.Signaler un abus

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  2. CPLVE  24 septembre 2010 à 14 h 43 min

    Quid de l’enseignement de l’anglais dans les écoles ?Signaler un abus

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  3. Sylvestre Vanuxem  24 septembre 2010 à 18 h 02 min

    Une petite précision concernant les termes employés dans l’article, des établissements scolaires sont abonnés aux publications de l’APLV mais n’en sont pas considérés comme « membres ».L’association est indépendante et ne touche aucune subvention.

    J’en profite pour répondre à « Secotine » que je vis bien sur le même planète qu’elle, mais pas forcément sur celle de nos responsables politiques qui annoncent des réductions du nombre de postes d’enseignants. Les situations qu’elle décrit sont amenées à se généraliser dans les années à venir. L’anglais est « bien enseigné » si les professeurs sont en nombre suffisant et bien formés.
    Quand aux résultats attendus, le problème est toujours le même: la maîtrise totale d’une langue est un art difficile et le fantasme du bilinguisme fait du tort. A titre de comparaison, on ne demande pas à un élève de terminale d’avoir un niveau Master 2 en mathématiques !Signaler un abus

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  4. saintge  27 septembre 2010 à 16 h 59 min

    Il est important de parler anglais mais je pense que parler plusieurs langues est un vrai avantage!
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  5. Krokodilo  28 septembre 2010 à 10 h 07 min

    Pourquoi oublie-t-on la liberté d’étudier la ou les langues de son choix ? Pourquoi cache-t-on que l’anglais est imposé à l’école ? Certes, ce n’est pas officiel, mais organisé dans ce but (au primaire, et souvent pas de choix en 6e), sinon dans les textes du moins en pratique. Libérons les langues à l’école !Signaler un abus

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