Enseigner ? Non merci !

Le quotidien La Croix publiait le 12 septembre dernier un article intitulé : "Le métier d'enseignant semble moins attractif", chiffres à l’appui. Plusieurs articles dépeignent par ailleurs les déconvenues des jeunes enseignants.

Les masters enseignement ne font pas le plein, loin s’en faut, et le nombre d’inscriptions aux concours de recrutement des enseignants est en forte baisse. Le quotidien La Croix étaye ce constat avec des chiffres parlants. Pour ce qui est du nombre d’inscrits aux concours, « la chute avoisine les 50 % dans plusieurs académies », indique Joël Péhau, secrétaire national du SE-Unsa. Au niveau de la direction des ressources humaines du ministère de l’Education nationale, on fait part d’une baisse de 25% du nombre d’inscrits pour le CAPES et d’un tiers pour les concours de l’enseignement professionnel.

Simone Bonnafous, vice-présidente de la Conférence des présidents d’université, note elle, toujours dans le même article, qu' »en moyenne, le nombre d’étudiants inscrits dans les spécialités enseignement des masters disciplinaires est inférieur d’au moins 25 % à celui de ceux qui, l’an dernier, préparaient en IUFM les concours du secondaire ». Elle met en cause les nombreuses suppressions de postes, qui découragent les jeunes de s’engager dans cette voie.

Auxquelles s’ajoute bien entendu le flou artistique régnant autour de l’organisation de cette première année pour les jeunes enseignants…

La presse quotidienne régionale se fait le relais de ce qui se passe concrètement dans les académies. Sud-Ouest, dans un article publié le 14 septembre intitulé « Les enseignants refusent« , donne l’exemple du collège Edgar-Quinet à Saintes (Charente-Maritimes) où les enseignants stagiaires ne trouvent pas de tuteurs.  « On nous a demandé de suivre le stagiaire six heures par semaine en plus de nos cours. Ce n’est pas pensable » explique clairement Christine Do Nascimento, professeur de physique-chimie au collège Edgar-Quinet, ayant refusé de devenir tutrice.
Dans Le Progrès, un article du 15 septembre consacré à la situation dans l’académie de Lyon s’intéresse aux « enseignants débutants [qui] n’ont pas tous un tuteur ». Du coup, les tuteurs volontaires sont désignés…d’office ! Le Midi Libre de son côté titrait hier, dimanche, « On demande un prof« . L’académie de Montpellier est en effet submergée par le nombre de néotitulaires : il y en a 100 de plus que prévu, qui ne prendront en charge leur classe qu’après les vacances de Toussaint. Plusieurs classes de l’académie se retrouvent ainsi pour le moment sans prof…

L’amoncellement de ces difficultés peut conduire à terme à un tarissement général du vivier d’enseignants. Joël Péhau, secrétaire national du SE-Unsa, dit « craindre, d’ici à trois ans, une pénurie de candidats aux métiers de l’enseignement »(La Croix, article déjà cité). Et Gilles Baillat, directeur de la CDIUFM, dit redouter, dans une interview qu’il nous a accordée, que « le vivier de pro­fes­seurs pour le lycée pro­fes­sion­nel [ne soit] tari d’ici deux à trois ans ».

Pierre Claustre, chargé du dossier masterisation au Snes de Créteil, lors d’une conférence de presse jeudi 16 septembre (source AEF) ose donc la question : « Quel étudiant, sachant ce qui se passe après le concours, voudra embrasser la carrière enseignante ? ». Et de dénoncer l’emploi du temps surchargé des néotitulaires : « L’an dernier, les stagiaires donnaient huit heures de cours, désormais ils en donnent 18, voire 20 et leur décharge de deux heures est payée en heures supplémentaires. Il faut ajouter à cela une journée de formation hors temps de service ». De plus, d’après le SNES Créteil, certains néotitulaires ont même été nommés « professeurs principaux »!

Il s’agit certes d’une année transitoire, il est donc permis d’espérer que le dispositif à l’avenir sera mieux aménagé. Sans quoi, l’on prend le risque d’entendre très souvent, parmi les jeunes qui auraient eu la vocation, qu’ils veulent tout sauf être profs…

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