Daniel Boitard : «Les Roms et les gens du voyage sont les groupes les plus fragilisés»

Au sein d’un camion-école, Daniel Boitard fait classe aux enfants des gens du voyage. Il nous fait part de son expérience d’enseignant et porte un regard critique sur l’actualité.

Vous enseignez depuis près de 10 ans auprès des enfants des gens du voyage. Ces élèves ont-ils conscience de l’intérêt de l’école ?

Ils ont compris l’importance de savoir lire et écrire. Ils savent que c’est une question de survie dans ce monde de l’écrit. Aujourd’hui, la grande majorité des enfants suivent une scolarité élémentaire. Ce n’était pas le cas 20 ans auparavant. Cela dit, le fait de passer un diplôme, d’étudier pour préparer un métier, puis de gagner de l’argent, ne rentre pas dans leurs principes. L’important pour eux, c’est la vie au sein de la communauté. Ils apprennent les fondamentaux, mais ne vont pas plus loin. Très peu de jeunes fréquentent un collège ou un lycée.

Quelles sont encore les barrières qui freinent la scolarisation de ces enfants ?

Les gens du voyage sont marqués par différents traumatismes. Ils ont été persécutés à plusieurs reprises dans le passé, jusqu’au génocide de la Seconde Guerre mondiale. Ils gardent en mémoire ces peurs, même de manière inconsciente. Encore aujourd’hui, ils sont souvent victimes d’exclusion. Les parents ont donc du mal à confier leurs enfants à une institution qui les a rejetés.

Les gens du voyage ont souvent des difficultés à trouver un terrain. Ils se déplacent fréquemment ce qui ne doit pas faciliter la scolarité…

C’est vrai qu’il y a un lien direct entre les conditions d’habitat et la scolarisation. Quand les familles sont dans une situation stable et occupent un terrain légalement, elles inscrivent plus facilement leurs enfants à l’école. Or, de nombreuses communes ne respectent pas leurs obligations quant à l’accueil des gens du voyage.

Vous exercez dans une antenne scolaire mobile, un camion école spécialement dédié aux « voyageurs ». Pourquoi est-il important de développer ce type de structure ?

Car il est important de prendre en compte la singularité des « voyageurs ». L’intégration scolaire ne doit pas se faire à n’importe quel prix. L’école peut déstructurer certains enfants, car elle n’intègre absolument pas leur mode de vie. Le système d’enseignement formate les élèves à entrer dans un système économique, un système qui n’est pas celui des gens du voyage.

Il faut se donner les moyens d’aller vers eux, peut être aussi pour les amener à faire un pas vers nous. En tant que groupe majoritaire, nous avons le devoir d’entamer le dialogue et de les protéger. L’initiative du camion école correspond à cet état d’esprit : ouvrir une porte et la garder ouverte.

Les décisions prises en matière d’expulsion des Roms créent de vives polémiques. Quel regard portez-vous sur cette situation ?

Ces expulsions exacerbent le rejet de ces populations. C’est la preuve que les Roms et les gens du voyage sont les groupes les plus fragilisés. Les politiques sont censés être les garants de la paix sociale, or certains attisent les haines et les rancœurs. Comment voulez-vous convaincre les personnes nomades de mettre leurs enfants à l’école si elles sont constamment montrées du doigt ?

 

Coralie Bach

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