Gilles Baillat : « les démissions des deux directeurs d’IUFM ne sont pas du tout les prémisses d’une démission collective »

Gilles Baillat, président de la CDIUFM, réagit à la démission de deux directeurs d’IUFM. Il nous présente son analyse de la situation.

Comment réagissez-vous à la démission (1) de deux directeurs d’IUFM, opposés à la réforme de la masterisation ? N’est-ce pas là l’amorce d’un mouvement plus général ?

Il s’agit de deux démissions individuelles. Patrick Baranger et Paul Busuttil arrivaient tous deux en fin de mandat et ne souhaitaient pas le reconduire. Ce qui n’empêche pas bien sûr qu’ils aient émis des réserves sur la mise en œuvre de la réforme, comme l’ensemble des membres de la CDIUFM, et que la situation ne les ait incités à ne pas poursuivre leur mission. Mais ces deux démissions ne sont absolument pas les prémisses d’une démission collective et les autres directeurs feront leur année universitaire tout à fait normalement.

Cependant, même si ces deux démissions sont à replacer dans leur contexte, ne partagez-vous pas le sentiment d’exaspération engendré par la mise en œuvre de la réforme chez vos collègues ?

Si, bien sûr, le fait de ne pas être entendus crée une lassitude chez bon nombre de collègues. En particulier sur deux points : les dangers de l’intrication du master, du diplôme et du concours. Aujourd’hui, on voit bien les difficultés que posent concrètement la place des épreuves de concours et celle des examens universitaires pour l’obtention du diplôme. Les calendriers des épreuves risquent de se chevaucher et d’être intenables pour les étudiants ! Et second point, le caractère non obligatoire des stages pour l’obtention du concours, qui fait que les recteurs ne se sentent pas tenus d’en organiser pour chaque étudiant dans le cadre du master. Or maintenant, nous sommes sur le terrain, et les difficultés que nous avions prévues se confirment. Nous continuons à penser que dans le principe, la réforme de la masterisation est bonne, mais que les modalités actuelles de sa mise en œuvre ne fonctionnent pas. C’est pourquoi la CDIUFM va proposer, dans la perspective des prochaines échéances politiques, sa vision d’une formation des enseignants et amener à en discuter sérieusement.

Les deux jours de formation (2) organisés à la va-vite dans les académies pour les néo-titulaires avant la rentrée montrent que le besoin de formation est toujours bien présent…

En effet, mais il s’agit là d’une solution de rafistolage, parce que ces étudiants n’avaient, pour la majorité d’entre eux, fait aucun stage lors de la préparation de concours. Il y a eu un mouvement de panique du côté des inspections et des chefs d’établissement, craignant les incidents et les débordements pour ces jeunes enseignants. C’est d’ailleurs le risque majeur qui guette les néo-titulaires cette année, génération d’enseignants véritablement sacrifiée. On revient à la situation qui existait avant les années 80, avant la création des IUFM : les jeunes enseignants étaient envoyés directement devant leurs élèves, sans préparation. Et c’est parce que cela était catastrophique justement que l’on a créé d’abord une formation en alternance, puis les IUFM ! Aujourd’hui, on espère que les tuteurs pourront régler avec le compagnonnage tous les problèmes, ce qui est bien évidement impossible. Sachant que certains néo-titulaires n’ont parfois même pas de tuteur…

Ne craignez-vous pas que beaucoup de jeunes renoncent à être enseignant ?

C’est un métier que l’on assombrit. On assiste par exemple cette année à l’effondrement du nombre d’étudiants préparant au master d’enseignement professionnel. Le vivier de professeurs pour le lycée professionnel risque d’être tari d’ici deux à trois ans. Autre signe inquiétant : un récent sondage de la Société des Agrégés montrait que plus de 50% des agrégés envisageaient de changer de métier. On a l’impression que la réforme de la masterisation, qui visait une augmentation du niveau de qualification et de prestige du métier d’enseignant, aboutit du fait de certaines mesures concrètes –non de son principe même- à un scénario noir, qui pourrait à la longue devenir répulsif.

Malgré tout, conservez-vous un espoir d’être entendu et les choses pourront-elles encore changer ?

Dans la communauté éducative et universitaire, beaucoup pensent que des régulations seront nécessaires. Certaines mesures irréalisables ont déjà été reportées : par exemple l’obligation pour tous les nouveaux enseignants, en plus du reste, d’avoir le CLES, soit un niveau licence en langues. J’ai bon espoir qu’il y ait deux évolutions : reporter la date des épreuves d’admissibilité des concours et rendre obligatoires, comme pour tous les masters professionnels, les stages.

Note(s) :
  • (1) Voir la Lettre Education : https://www.vousnousils.fr/2010/09/09/masterisation-deux-directeurs-diufm-demissionnent-332794
  • (2) Stages de pré-rentrée organisés les 30 et 31 août pour les néotitulaires. Voir l'exemple de l'académie de Versailles http://www.ac-versailles.fr/public/jcms/p1_59286/nouveaux-enseignants-stagiaires

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