Alain Bouvier : mathématicien tisseur de liens

Mathématicien brillant, devenu ensuite spécialiste du management et de la gouvernance, Alain Bouvier est, depuis 2005, membre du Haut Conseil de l'Education. Pourtant, quand il raconte sa vie, il parle autant des autres que de lui.

« Ce qui marque toute ma carrière, ce sont des rencontres avec des personnes à qui je dois beaucoup, intellectuellement et humainement. » En une phrase, Alain Bouvier vient de résumer deux de ses principales caractéristiques : humilité et ouverture sur les autres. En revenant sur son parcours, l’actuel membre du Haut Conseil de l’Education aurait pourtant de quoi nourrir une fierté légitime.

La bosse des maths

« Je suis un bon exemple de la méritocratie républicaine. Mes grands-parents étaient maraîchers ; mon père, représentant et ma mère, commerçante. Comme elle possédait un brevet professionnel, elle passait pour l’intellectuelle de la famille. »

Initié par cette mère à la lecture, au théâtre et à la musique, Alain Bouvier s’oriente vers les mathématiques par hasard, parce qu’il n’y avait pas de classe de philosophie dans son lycée, à Lyon. « Je ne me suis vraiment passionné pour les maths qu’en licence. J’ai alors décidé que je serais étudiant à vie ». Étudiant doué, cependant. Au point d’intégrer le corps enseignant dès l’obtention de sa licence et de publier en 1967, à 24 ans, sur les conseils de François Le Lionnais, alors président de l’association des écrivains scientifiques de France, son premier livre, sur la théorie des ensembles. Il vient juste de décrocher son DEA de mathématiques pures avec mention Très bien.

Dix-sept autres livres suivront : traités de mathématiques, ouvrages de vulgarisation scientifique ou de didactique, traités sur le management des établissements scolaires, livres sur la vie scolaire, la gouvernance… dont certains traduits en japonais, allemand, espagnol, portugais, arabe, ou serbe. C’est aussi à l’instigation de cet ami de Raymond Queneau qu’Alain Bouvier s’attaque à l’une de ses œuvres maîtresses : la rédaction pendant dix ans du dictionnaire des mathématiques, qui en est aujourd’hui à sa huitième édition.

Une page se tourne

En 1986, le livre de maths se referme. Maurice Niveau, recteur de l’académie de Lyon, appelle Alain Bouvier à la tête de la Mafpen, la Mission académique à la formation des personnels de l’Education nationale. « J’ai pris des responsabilités managériales à ses côtés. C’est lui qui m’a fait réaliser ce qu’est un grand fonctionnaire de l’État, ce que signifient le sens du service public, l’attention aux autres et le management par la confiance. Je suis très admiratif de tout ce qu’il m’a enseigné par l’exemple ».

Débute ensuite l’aventure à la tête de l’IUFM de Lyon, qui durera dix ans. « J’ai contribué à sa création, en 1990, avant de le diriger pendant près de deux mandats. Dans mon esprit, cette création représentait une étape vers quelque chose d’autre. Mais pas vers la masterisation telle qu’elle nous est présentée aujourd’hui, qui ne constitue, à peine, qu’un très mauvais brouillon ! »

Du rectorat au Haut Conseil

En 2000, Alain Bouvier est nommé recteur de l’académie de Clermont-Ferrand. « Valéry Giscard d’Estaing était président de région. J’arrivais totalement inexpérimenté et travaillais très régulièrement en tête à tête avec l’ancien président de la République ! Face à ce que l’on pourrait appeler une bête intellectuelle, il valait mieux que je prépare avec soin nos séances de travail ! »

Cinq ans plus tard, celui qui affirme aussi « ne pas savoir ce qu’est la pédagogie, mais se sentir profondément pédagogue » est appelé à offrir les fruits de son expérience et sa passion de transmettre au Haut Conseil de l’Education. « Cela ne ressemble à aucune des instances auxquelles j’avais participé jusqu’à présent. Cette expérience m’a notamment montré qu’il n’est pas impossible, entre gens raisonnables qui ne sont pas au départ d’accord entre eux, en se donnant du temps et en s’écoutant, de construire quelques éléments de consensus sur le système éducatif français ».

Membre de plusieurs comités éditoriaux, professeur associé à l’université Sherbrooke, au Canada, Alain Bouvier continue d’enseigner à l’université de Poitiers et n’envisage par ailleurs pas de s’arrêter d’écrire, faire écrire ou donner des conférences sur les cinq continents. « Tant qu’on me sollicitera et qu’on jugera que je ne radote pas trop, je serai toujours très content d’accompagner des personnes ou des groupes, de leur faire découvrir des choses que je trouve intéressantes, de répercuter ce qui me passionne… Je suis véritablement un tisseur de liens. »

Partagez votre avis

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée .

Modération par la rédaction de VousNousIls. Conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. Pour exercer ce droit adressez-vous à CASDEN Banque Populaire, VousNousIls.fr, 91 Cours des roches, Noisiel, 77424 Marne La Vallée Cedex 2.