Langue française : défenseurs et pourfendeurs

Sous le titre "Débat : Langue française, la polémique"(1), Le Point publie la tribune de Frédéric Martel face à Claude Hagège et François Taillandier, sur l’usage de l’anglais et le rayonnement de la langue française.

Pour Frédéric Martel, fondateur du site nonfiction.fr, animateur de « Masse critique » sur France Culture, et auteur de « Mainstream » (Flammarion 2010), « si les Français veulent exister dans le monde d’aujourd’hui, ils doivent parler anglais. En Europe, ils ont perdu la bataille de leur langue car il est acquis que l’anglais est devenu, de fait, la langue commune de l’Union européenne (47 % des citoyens de l’Union le parlent). »

Le problème fondamental pour lui, c’est que le français n’est pas créateur de mots. Il cite l’exemple des Américains, qui « chaque année, créent des milliers de termes et de buzz-word ». En France, il faudrait « libérer les mots », « au lieu d’exercer un contrôle continu sur eux ». Mais cela n’est évidement pas possible, avec des « fossoyeurs de la langue française » tels que « l’Académie française, la Délégation générale à la langue française et la Commission générale de terminologie et de néologie », qui ne permettent pas les innovations et figent la langue française. A cause d’eux, elle n’est pas vue comme « néologie », mais comme « nécrologie ».

Il propose ainsi de « valoriser » des mots en verlan « dans les dictionnaires et les écoles « . Il suggère aussi de « tirer profit des mots inventés dans les blogs, les SMS, les posts et sur Twitter ». Cela redonnerait un dynamisme à la langue pour le moment en train de se momifier.

Par ailleurs, le rayonnement de la France dans le monde ne peut se faire qu’ »en anglais »: « la France doit se mettre à parler anglais pour exister partout dans le monde ».  C’est la seule façon pour la France d’affirmer son rôle au niveau économique, culturel, scientifique… mondial. En conséquence, l’apprentissage de l’anglais doit être considérablement amélioré. Il estime que cela « est urgent dans les collèges et les lycées et prioritaire dans les universités, véritables déserts linguistiques français ».

Ses arguments, plutôt provocateurs, sont contrés par l’écrivain François Taillandier, administrateur de l’association Défense de la langue française. Il pose en outre une pertinente question : « M. Martel ne nous dit pas si son programme prévoit également l’éradication plus ou moins rapide de l’allemand, de l’italien, du polonais, du grec moderne et des autres langues de l’Europe. Le silence qu’il observe à ce sujet est assourdissant.  » La problématique soulevée est de taille…

Claude Hagège, professeur honoraire au Collège de France, répond à son tour qu’ »une brève visite montrerait à l’auteur que l’anglais est omniprésent dans les universités, tout comme dans la quasi-totalité des domaines de la vie quotidienne. » L’anglais est donc appris, pratiqué, courant.

Une fois ces éléments posés, Claude Hagège demande « pourquoi diable la France devrait-elle, dès lors, exalter l’anglais, au lieu de développer sa politique de soutien du français […] ». Il demande aussi « où l’auteur voit […] aujourd’hui, le culte de la distinction et d’une langue châtiée ». Claude Hagège juge cet « argument ringard » et  » fondé sur des faits d’il y a plus de deux cents ans ». Et de souligner que le verlan, la langue des cités, les innovations lexicales des blogs ou des SMS font de nos jours absolument florès.

Alors qui croire ? Peut-on préserver notre langue, en y introduisant des néologismes fréquemment, en faisant circuler les idées en anglais uniquement, et en supprimant les institutions telles que l’Académie française ?

D’un autre côté, est-ce qu’un peu plus de liberté et de souplesse dans l’utilisation de notre langue ne serait pas souhaitable ?

Note(s) :
  • (1) Lire l'intégralité du débat : http://www.lepoint.fr/societe/langue-francaise-la-polemique-08-08-2010-1223162_23.php

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