André Ouzoulias: Rien de très positif pour les enseignants cette année

Formateur d'enseignants, professeur à l'IUFM de Versailles, auteur de plusieurs ouvrages sur l'apprentissage de la lecture, André Ouzoulias est aussi membre de la Coordination Nationale Formation des Enseignants (CNFDE). Il s'inquiète des signaux négatifs envoyés depuis plusieurs mois par le gouvernement.

Le nombre de postes ouverts aux concours externes vient d’être fixé à 11.600. Qu’en pensez-vous ?

Je suis surtout frappé par la diminution du nombre de postes mis au concours pour les professeurs des écoles : 55%, plus de la moitié ! Cela signifie donc que les effectifs des classes vont augmenter, que l’on accueillera encore moins d’enfants de deux ans en école maternelle, que les réseaux d’aide aux enfants en difficulté seront à nouveau réduits, que des professeurs qui enseignent les langues verront leur poste supprimé et que toutes sortes d’associations importantes pour l’école, qui jouaient un rôle fondamental d’accompagnement éducatif seront tragiquement fragilisées.

De plus, de nombreux étudiants qui se sont inscrits en Master pour préparer les concours d’enseignants vont se retrouver avec des débouchés considérablement réduits. C’est un très mauvais signe envoyé à toute la communauté éducative, qui s’ajoute à la suppression de postes mis à la disposition des mouvements pédagogiques ou aux menaces qui planent sur l’avenir de l’Institut national de la recherche pédagogique.

Pour justifier les diminutions d’effectifs, le ministère met en avant les évolutions démographiques et la présence de 8300 enseignants en « surnombre » dans le primaire. Comment recevez-vous ces explications ?

Dans une sorte d’immense éclat de rire ! La baisse démographique est en partie vraie, mais très légèrement, dans le secondaire – ce qui ne veut d’ailleurs pas dire qu’il faille y supprimer des postes. Mais l’argument est totalement faux pour le primaire, puisque l’augmentation des effectifs y est avérée depuis 2003 et ne s’est pas démentie depuis. De fait, nous aurons encore cette année entre 15.000 et 20.000 élèves de plus dans le primaire.

Quel regard d’ensemble portez-vous sur l’année scolaire qui vient de s’achever ?

L’arrivée de Luc Chatel au ministère, ses premières déclarations et un certain nombre d’annonces laissaient espérer que la politique engagée sous Xavier Darcos serait sinon remise en cause, du moins largement atténuée, assouplie, et que l’on tiendrait compte des oppositions nombreuses et quasi-unanimes sur toute une série de dossiers. Or, au fil des mois, tous ceux qui avaient fondé quelque espoir dans l’action de Luc Chatel ont été déçus. Nous avons finalement eu le sentiment que notre ministre était d’abord soucieux de donner des gages au noyau le plus dur du gouvernement. Les pédagogues ne peuvent se satisfaire du bilan de cette année : rien ne s’est passé de très positif !

Qu’est-ce qui vous avait semblé initialement encourageant ?

L’idée, par exemple, que l’on pouvait essayer de prévenir la violence à l’école par des dispositifs pédagogiques, par un travail de fond, par un effort de formation des enseignants. L’éventualité de renouer le dialogue avec les courants pédagogiques m’avait semblé intéressante aussi. Il y avait également la promesse de consacrer un tiers du service des nouveaux enseignants à leur formation professionnelle. Or toutes les mesures ont ensuite consisté à renoncer à ces premières annonces. La politique de lutte contre la violence scolaire est toujours aussi répressive, et la partie consacrée à la formation des lauréats s’ajoute finalement à un service complet devant la classe. Sur ce dernier point, le comportement du ministre est déloyal : il contourne l’engagement qui avait été pris. Mais surtout, la mesure est hors de tout réalisme ! C’est condamner la formation que de l’organiser en dehors et en plus du temps de travail.

L’année qui vient de s’écouler a pourtant été socialement plus calme que la précédente… Comment l’expliquez-vous ?

L’année 2008-2009 avait été caractérisée par un mouvement sans précédent par son ampleur et sa durée dans l’enseignement supérieur, qui a d’ailleurs été couronné de succès : les enseignants-chercheurs ont obtenu des garanties sur leur statut ou leurs effectifs. Même sur la masterisation, un certain nombre de succès ont été engrangés, dont la promesse du tiers de temps de service consacré à la formation. Les premiers mois de celle qui s’achève ont été vécus dans une raisonnable espérance. Puis, progressivement, une forme de fatalisme, un sentiment d’impuissance se sont installés devant l’avalanche de mesures d’économie, de réduction de moyens, de dispositifs amaigris alors qu’ils visaient au développement de la réussite scolaire… J’évoquerai par exemple la fin de l’éducation prioritaire que laisse dessiner en creux le dispositif Clair [Collège et lycée pour l’ambition, l’innovation et la réussite ndlr] que vient de présenter Monsieur Chatel.


Patrick Lallemant

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2 commentaires sur "André Ouzoulias: Rien de très positif pour les enseignants cette année"

  1. pilou  1 août 2010 à 17 h 31 min

    Bonjour,

    Je suis malheureusement totalement d’accord avec ce constat et, parent de 5 enfants en zone rurale, je constate cette dégradation depuis de nombreuses années : effectifs croissants, remplacements très lacunaires (même s’ils sont programmés), vacance des postes du RASED depuis 8 ans, mais définitivement clos depuis l’an dernier, etc… Inutile de parler des effectifs la médecine scolaire , simplement de constater que 3 de mes enfants n’ont vu qu’une fis l’infirmière, et un n’a jamais vu personne…
    Pour les effectifs, un simple coup d’œil aux statistiques d’eurostat permet de balayer tous les arguments du ministère :
    Ratio élèves/enseignant dans l’enseignement primaire ( http://epp.eurostat.ec.europa.eu/portal/page/portal/education/data/main_tables )Nous sommes majors de promo avec l’Angleterre, avec 19.9 en 2009 (contre 19.6 en 1999) et les seuls en augmentation. La moyenne de l’EU est aux alentour de 16, et il faut aller en Turquie pour passer les 20.Signaler un abus

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  2. caroudel  7 août 2010 à 10 h 08 min

    Bonjour,

    Parfaitement d’accord. Que peut signifier une moyenne pour un maître qui se trouve devant 30 élèves ? La décision ne devrait-elle pas être : aucun maître ne se retrouve devant plus de 25 élèves, sinon on dédouble. Ainsi aucun élève ne serait dans une classe surchargée, n’est-ce pas un objectif républicain ? Jusqu’ici personne n’a songé à supprimer les classes à effectif léger en montagne, mais ça viendra, on inscrira les élèves au CNED !
    Et comment expliquer cette annonce de la baisse des effectifs en primaire ? Comment un Ministre ne peut pas être au courant de l’augmentation des effectifs ? Et il paraît que l’enseignement primaire est élémentaire, à la base de toute une vie intellectuelle… Mais ce n’est pas un problème semble-t-il, continuons à tondre la bête.Signaler un abus

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