« J’ai bien conscience de faire partie d’une minorité, mais, après le stress et la suractivité que représente une année scolaire, j’ai du mal à faire face au vide des grandes vacances. » Après avoir exercé une dizaine d’années dans le secteur médical, Florence est professeur des écoles dans une maternelle de Toulon depuis près de vingt ans. Et la perspective d’une coupure de deux mois ne l’enchante guère.

Les bienfaits de la routine

« Même s’il est fatiguant de se retrouver tous les jours seule au milieu de trente enfants, il est tellement confortable de s’appuyer sur des habitudes, une certaine routine, de ne pas avoir à se demander ce que l’on va faire le lendemain… ».

Depuis une vingtaine d’années également, Marc est à la tête d’une classe de CM2, dans une école de Valenciennes, dans le Nord. Il ne porte pas du tout le même regard sur les vacances. « Cela n’a rien à voir avec le bonheur que j’ai d’être avec les gamins, ni avec l’amour que je porte à mon métier.  Mais deux mois, ça me va ! »

Pour Florence, la principale difficulté peut se résumer en une question : comment remplir les journées pendant deux mois ? « Quand tout va bien, encore, c’est relativement simple. Mais les vacances exacerbent les situations douloureuses. J’ai une collègue qui vient de se séparer et qui se retrouve seule avec un fils difficile. Dans ces conditions, deux mois, c’est long ! » Marc a trouvé la réponse, que ne renierait pas Alexandre le bienheureux : « J’adore pouvoir m’offrir le luxe de me dire que, pendant trois ou quatre jours, je ne fais rien et que cela n’a aucune importance ! De plus, pendant les vacances, je peux enfin vraiment m’occuper de mes enfants. »

Florence, elle, se demande donc comment meubler ces huit semaines, d’autant ajoute-t-elle en souriant, qu’une journée de loisirs exige souvent un budget plus important qu’une journée de travail ! « Même si j’ai conscience que nous ne sommes pas les plus malheureux, les salaires des enseignants sont ce qu’ils sont, et il y a aussi un aspect financier. Tout est plus cher pendant les vacances scolaires… ». Sur ce point précis, Marc est d’accord avec elle. « C’est vrai que se pose souvent un problème de moyens quand il s’agit de partir… »

La déprime du 1er août

De fait, Florence dresse un autre constat : la longueur des vacances isole socialement ou, plus précisément, conforte les enseignants dans leur tendance à vivre en circuit fermé : « Peu de gens ont des vacances aussi longues que les nôtres et, par ailleurs, il n’est évidemment pas question de faire comme les amis qui profitent des promotions de juin ou de septembre. Quand j’étais dans le privé, je n’avais que trois semaines de congés en été, mais j’en profitais un maximum. Aujourd’hui, je côtoie des enseignants qui commencent à déprimer début août parce que la rentrée approche ! »

Si elle s’amuse de ces collègues qui, dès la rentrée, savent précisément le nombre de jours les séparant des vacances de la Toussaint, Florence ne va toutefois pas jusqu’à attendre la reprise avec impatience. «C’est un autre travers de ces vacances trop longues. La coupure est tellement importante qu’il nous est très difficile de reprendre le rythme. Alors que les premières semaines sont pourtant les plus exigeantes».

Pour Marc, qui ne sait jamais quand commencent les vacances, la difficulté à reprendre tient à d’autres causes. « Ce qui pose problème, c’est que tous les ans, il faut s’adapter à de nouveaux élèves, donner les bonnes habitudes à sa classe. Et ce serait exactement pareil si l’on ne s’arrêtait qu’un mois. Cela dit, c’est vrai que les vacances sont sans doute trop longues pour les enfants qui ont du mal à conserver les acquis de l’année précédente, et qui s’ennuient souvent quand leurs parents ne peuvent pas s’occuper d’eux ».

Malgré ses vingt ans d’expérience, Florence appréhende donc toujours la rentrée, après des congés qu’elle subit plus ou moins. Autant dire qu’elle ne voit pas d’un mauvais œil la perspective de modifier les rythmes scolaires, quitte à raccourcir les grandes vacances. « Si cela permet effectivement d’alléger la journée et la semaine de travail, cela ne me dérangera pas. De toute façon, des vacances, il nous en restera ! »