Alain Bourgarel : un pionnier de l’éducation prioritaire

Confronté très tôt à la misère sociale, Alain Bourgarel a milité pour que l’Education nationale tienne compte des difficultés de certains territoires. Un combat qui a abouti à la création des ZEP.

L’histoire de l’éducation prioritaire, il la connaît par cœur. Alain Bourgarel est comme toutes ces personnes passionnées et engagées : intarissable. Les décisions politiques, les initiatives prises à l’étranger, les recherches pédagogiques sur le sujet, il les suit depuis toujours, d’un regard tantôt critique tantôt encourageant.

Instit en cité d’urgence

Cet ancien instituteur a tourné tout son parcours vers les enfants défavorisés. Pourtant, l’enseignement n’était pas une vocation. S’il a choisi cette voie, c’est un peu par hasard … « Au début des années 60, on manquait cruellement d’enseignants. L’Education nationale recrutait largement. Au lendemain des résultats du bac, je me suis donc inscrit comme suppléant. »

Une matinée de formation plus tard, Alain Bourgarel fait face à ses premiers élèves, et commence une série de remplacements. Rapidement, il obtient un poste fixe, dans une école perdue au milieu d’une cité d’urgence de banlieue parisienne : « C’était un ensemble de baraques de bois, en voie de pourrissement. Tout tombait en ruine. La cité datait de 1954 et ne devait, au départ, être utilisée qu’une seule année. »

A son arrivée, le jeune enseignant n’a que 19 ans : « Je me suis retrouvé dans une situation totalement inattendue pour moi » raconte-t-il pudiquement. « Le plus choquant c’est que ces conditions de vie ne dérangeaient personne. Les autorités ne s’en préoccupaient pas. Les habitants étaient abandonnés. »

Une expérience pilote

Cette expérience marque le début de son engagement. L’équipe pédagogique en place dresse un bilan des 10 années écoulées : « Seul un quart des enfants avaient réussi leur scolarité tandis qu’un autre quart sortait du système scolaire sans même savoir lire. »

Engagé au sein d’un réseau d’enseignants, Alain Bourgarel cherche des pistes pour mieux tenir compte des difficultés de ces territoires. Il expérimente le principe de projet de zone dans un groupe scolaire de Gennevilliers. « L’idée des zones d’éducation prioritaire est de repérer les territoires les plus en difficulté et de mettre en place un dispositif particulier. Pour ces territoires, une intervention sur un point précis ne sert à rien. Le travail pour la réussite scolaire doit s’accompagner d’une amélioration des conditions de vie. »

Le principe d’éducation prioritaire fait son chemin. En 1981, Alain Savary, alors ministre de l’Education nationale, crée les Zones d’éducation prioritaire. L’organisation des ZEP est précisée dix ans plus tard par Lionel Jospin.

En 1990, Alain Bourgarel participe à la création de l’Observatoire des zones prioritaires : « Nous voulions proposer un lieu de concertation et d’échange entre les acteurs de l’éducation prioritaire. »

Bien qu’il ait désormais quitté l’association, Alain Bourgarel continue de suivre les débats sur l’éducation prioritaire. « Mon combat visait à sortir certains territoires d’une spirale négative afin que l’exclusion ne se reproduise pas de génération en génération. Et ce combat-là n’est pas terminé. »

L’ancien professeur regrette la multiplication des ZEP qui ont, selon lui, perdu leur signification initiale : « Les ZEP sont devenues synonymes d’immigration et de violence pour les parents, et de moyens supplémentaires pour les enseignants. L’idée d’éducation prioritaire se démantèle progressivement au profit d’un programme de lutte contre la violence. »

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