Précarité des enseignants : la réponse du ministère

L’Éducation nationale évalue à environ 20.000 le nombre d'enseignants non titulaires qui exercent du primaire au lycée. Josette Théophile est la Directrice des ressources humaines du ministère. Elle répond aux critiques, interrogations ou craintes exprimées dans les précédents articles.

La précarité constitue-t-elle, à vos yeux, un sujet préoccupant dans l’Éducation nationale ?

C’est bien sûr un thème qui nous préoccupe et qui fait l’objet d’un travail de notre part. En même temps, la précarité demeure relativement marginale, de manière quantitative. Nous avons, en effet, besoin de recourir à des personnels non titulaires, en particulier pour occuper un certain nombre de postes qui peuvent devenir vacants en cours d’année. Certaines disciplines, notamment dans l’enseignement professionnel, nous imposent également de faire appel à l’expérience de spécialistes qui ne sont pas susceptibles d’intégrer l’Éducation nationale. Mais leur volume reste, en proportion, très faible par rapport au nombre d’enseignants : nous comptons au total 20.000(1) contractuels, dont 15.000 en CDD, rapportés à 850.000 enseignants. Il y a, par ailleurs, une notion assez relative de la précarité : peut-on vraiment considérer qu’elle commence quand on n’est pas fonctionnaire ? Si tel est le cas, il y a beaucoup de précaires en France…

Des enseignants doivent tout de même se déplacer parfois loin de chez eux, sur plusieurs établissements… Vous les considérez donc comme des cas marginaux ?

Non. Ce que je vous dis, c’est que leur volume est marginal. Je n’ignore évidemment pas les situations individuelles. Quand il faut faire face à une absence dans un établissement éloigné, les gens doivent parfois accepter de se déplacer et de répartir leur service sur plusieurs établissements. Je n’élude pas la question pour les personnes concernées.

Les syndicats réclament des épreuves allégées dans les concours internes, afin que les enseignants qui ont déjà prouvé leur compétence dans des classes bénéficient d’une forme de validation des acquis. Cela vous semble-t-il envisageable ?

Ce qui peut l’être, c’est effectivement de travailler à une formule comme celle de la Reconnaissance de l’expérience professionnelle (Rep). Ce dispositif est trop récent dans la Fonction publique pour qu’il y ait une possibilité de mise en œuvre immédiate. Mais nous allons certainement proposer aux organisations syndicales d’engager une réflexion à ce sujet, avec pour horizon la rentrée 2011. Par ailleurs, la notion « d’allégée » ne pourrait s’appliquer qu’à la charge de travail, pas aux épreuves elles-mêmes. L’accès au concours, par une voie ou par une autre, doit en effet conserver la même valeur.

Les opposants à la réforme de la formation craignent qu’elle n’entraîne une augmentation de la précarité. SLU explique même que des personnes qui auront réussi le concours et fait l’année de stage pourront en perdre le bénéfice, parce qu’elles n’auront pas validé le M2 à la session de juin et que celle de septembre n’aura pas été organisée au moment de la rentrée scolaire. Qu’en est-il ?

Ce dernier point a déjà été réglé. Les étudiants qui échoueront aux examens du Master l’année où ils réussissent le concours en garderont le bénéfice et disposeront d’une année supplémentaire pour obtenir leur diplôme. Quant à ceux à qui il resterait des épreuves à passer en septembre, ils prendront leur poste et bénéficieront d’une validation au moment de la titularisation. Pour le reste, la réforme va effectivement augmenter la durée de la formation, mais, à supposer que l’on considère la situation d’étudiant comme précaire, je ne vois pas en quoi la masterisation augmenterait la précarité. Nombre des étudiants qui passaient les concours étaient en effet déjà titulaires d’un Master. Je pense, d’autre part, qu’il faut avoir une vision à un peu plus long terme. Car le fait de miser sur un haut niveau d’éducation et de formation est le propre de tous les pays développés.

Quels sont les dispositifs dont les non titulaires peuvent bénéficier pour ne pas rester dans cette situation toute leur vie ?

Les contractuels de droit public peuvent accéder aux concours internes (2). Un certain nombre le font d’ailleurs. La situation est effectivement un peu plus compliquée pour les vacataires, puisqu’ils n’ont pas accès aux concours internes² et doivent passer par des parcours de formation.

Note(s) :
  • (1) La dernière note annuelle sur le personnel du secteur scolaire publiée par le ministère chiffrait à 16.552, pour un total de 715.599 enseignants, le nombre de non titulaires dans l'enseignement public. S'y ajoutaient 21.318 non titulaires sur 141.661 enseignants dans le secteur privé sous contrat.
  • (2) Parmi les non titulaires, figurent des contractuels, employés en C.D.D. ou C.D.I. Leur statut est régi par les décrets 86-83 du 17/01/1986 et 81-535 du 12/05/1981, des vacataires, employés de façon temporaire et rémunérés sur la base du nombre d'heures travaillées. Leur statut est fixé par le décret 89-497 du 12/07/1989

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2 commentaires sur "Précarité des enseignants : la réponse du ministère"

  1. adoque  13 juin 2010 à 10 h 35 min

    Je constate comme d’habitude que la langue de bois est un spécialité française. La gestion des ressources humaines est absolument calamiteuse, calquée sur le même modèle que celle de l’armée rouge dans l’ex URSS. L’objectif à atteindre par l’administration est « pas de vagues ». Celui par les proviseurs et principaux « que ça tourne au mieux avec les moyens du bord » celui
    des professeurs qui encadrent élèves et vacataires « Stabiliser les équipes pour que les élèves en bénéficient ». Savez vous que lorsque l’on (nous les professeurs) forme un vacataire, que l’on a eu beaucoup de mal a trouver, on nous le change sans même nous consulter, ni même l’intéresse. le pouvoir, le pouvoir, le pouvoir n’est pas un objectif, mais un moyen au service des autres. A méditer dans les hautes sphères.Signaler un abus

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  2. sisisi  14 juin 2010 à 14 h 52 min

    Espoir et ……..déception, une réponse – réaction mais pas une réponse – solution.
    Il y a le concours interne, mais le nombre (réduit) de poste réduit d’autant les chances de titularisation.
    Il n’y a pas toujours de préparation au concours interne dans les PAF.
    Le concours réservé était une solution : ça restait un accès par concours mais avec prise en compte des acquis d’expérience.Signaler un abus

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